Actualisé 02.08.2018 à 16:15

Sécheresse en SuisseUn éleveur saint-gallois forcé d'abattre son bétail

Un agriculteur est face à un cruel dilemme: pour ne pas laisser ses bêtes mourir de soif sur l'alpage, il devra sans doute se résoudre à les mener à l'abattoir.

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cht/nxp
Avec cette chaleur, une vache a besoin de 200 litres d'eau par jour.

Avec cette chaleur, une vache a besoin de 200 litres d'eau par jour.

Keystone

La sécheresse qui frappe la Suisse a des conséquences dramatiques pour certains agriculteurs. Comme le paysan Köbi Büsser, qui s'occupe de 12 vaches et chèvres sur un alpage dans le canton de St-Gall. Il va peut-être devoir se résoudre à abattre son bétail pour qu'il ne meure pas de faim et de soif, révèle le Blickjeudi.

Depuis deux semaines, il n'a pas plu une goutte dans la région et il fait très chaud. Les vaches doivent donc boire de grosses quantités d'eau, presque 200 litres par jour et par tête. D'autant que l'herbe, d'habitude fraîche, s'est transformée en paille. Même garder les bovins «au frais» à l'étable la journée ne suffit pas. Conséquence: ce paysan bio doit monter plusieurs fois par jour à 1450 mètres d'altitude pour abreuver ses bêtes.

«S'il ne pleut pas bientôt, ce sera dramatique», explique Köbi Büsser. Et pourtant, il jouit presque d'une situation privilégiée par rapport à ses confrères puisqu'il arrive à accéder à son alpage par la route. La situation est pire, dit-il, pour les agriculteurs qui doivent acheminer l'eau par hélicoptère. Ces derniers doivent dépenser plusieurs centaines de francs par vol, surtout quand il s'agit d'un vol privé, même si parfois l'armée offre ses services gratuitement.

Une semaine de pluie minimum

Du coup, les agriculteurs se tournent vers le ciel et prient pour qu'il pleuve au moins durant une semaine. «Mais on n'en prend pas le chemin», soupire l'agriculteur qui gère depuis 1984 sa ferme. Jamais, il n'a connu pareille sécheresse, même durant le fameux été de 2003, dit-il.

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La sécheresse continue de déployer ses effets. Pour acheminer de l'or bleu sur les hauteurs, les agriculteurs doivent parfois avoir recours à un hélicoptère.

Köbi Büsser explique au Blick: s'il ne pleut pas avant la mi-août, comme l'annonce déjà MétéoSuisse, il va devoir descendre ses bêtes de l'alpage un mois plus tôt. Hic: les prés autour de sa ferme en plaine sont grillés également par le soleil, et l'herbe n'a pas poussé depuis 5 semaines. Du coup, sa récolte de foin est d'un tiers inférieur aux autres étés. En outre, s'il puise déjà dans ses réserves maintenant, il n'aura plus de quoi nourrir ses vaches cet hiver et il devra donc acheter, au prix fort, du foin.

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Grosses pertes attendues

Du coup, le paysan saint-gallois songe sérieusement à emmener ses bêtes à l'abattoir. Mais il redoute de ne pas gagner autant d'argent que d'habitude. Beaucoup d'agriculteurs pensent à faire pareil en ce moment. Ce qui signifie que les prix vont baisser, explique-t-il. Autre problème: s'il abat ses vaches, il ne pourra plus vendre du lait cet hiver. Il y aura de toute façon des grosses pertes financières cette année, soupire-t-il.

Et Köbi Büsser est un brin amer: «Je comprends que les gens de la ville se réjouissent de l'été. Mais ce temps devrait nous faire réfléchir. Car nous, agriculteurs, sommes les premiers à en souffrir», dit-il. «Et les consommateurs finiront par se rendre compte que tout n'est pas toujours disponible en abondance.»

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