Actualisé 14.04.2015 à 14:39

GenèveUn élu veut sabrer le salaire des magistrats de la Ville

Simon Brandt (PLR) exige que les rémunérations de l'Exécutif soient massivement baissées pour faire face à la crise. Les municipaux pourraient aussi être visés. Vives réactions.

de
David Ramseyer
Les occupants du Palais Eynard gagnent 254000fr. brut par an, hors indemnités.

Les occupants du Palais Eynard gagnent 254000fr. brut par an, hors indemnités.

Et hop, un quart du salaire en moins: c'est le sort que Simon Brandt souhaite réserver aux cinq magistrats de la Ville. Le municipal PLR prévoit de soumettre cette baisse drastique à ses collègues en juin prochain, lors de la première séance de la nouvelle législature. La loi sur l'administration des communes leurs donne en effet le pouvoir de fixer les rémunérations de l'exécutif. L'élu est têtu: il avait déjà exigé la même chose en décembre dernier, lors du débat sur le budget.

Il estime qu'en temps de crise, la Conseil administratif «qui propose des économies largement insuffisantes devrait donner l'exemple en diminuant son propre salaire». En outre, Simon Brandt juge anormal que l'exécutif de la Ville gagne presque autant que celui du Canton: 19'532 fr. brut par mois, contre 20'405 fr., selon les chiffres fournis par les deux administrations (les indemnités sont par contre près de trois fois plus importantes à l'Etat).

Enfin, mais sans que cela ne figure dans son projet écrit, il souhaite baisser les défraiements des membres du parlement communal. Mis à part le PLR, qui suivra le mouvement? A priori, pas grand monde. «Je m'en fous, ce n'est pas de l'électoralisme, assure Simon Brandt, qui est candidat aux élections municipales du week-end prochain. Je pose une question de fond et j'espère enfin faire changer d'avis mes pairs.»

Un projet démago?

«C'est du populisme de bas étage», répond le Maire de Genève, Sami Kanaan, pour qui les horaires et les lourdes responsabilités de cette charge justifient un tel salaire. «Le diminuer affaiblira aussi la fonction de conseiller administratif face aux lobbies privés», avertit le maire.

Sami Kanaan rappelle que, si le salaire brut en Ville est sensiblement pareil à celui fixé pour les membres de l'exécutif cantonal, les indemnités perçues font la différence (1000 fr. mensuels contre 2875 fr. pour le Conseil d'Etat; un peu plus pour le maire et le président du gouvernement cantonal). Agacé, le socialiste fustige le PLR, «un parti qui a défendu les rémunérations de top managers et s'est opposé au salaire minimum».

Face à ce projet qu'il qualifie lui aussi de «populiste», le chef de groupe MCG, Pascal Spuhler, estime que l'actuel traitement salarial de l'exécutif est justifié. Même son de cloche au sein d'Ensemble à Gauche: «Ce n'est pas un emploi habituel», note Brigitte Studer, qui souligne que le Conseil administratif a déjà fait des efforts en quasi doublant sa cotisation à la retraite il y a un peu plus d'un an.

Un débat à mener

La cheffe du groupe des Verts, Sandrine Burger, se dit de son côté empruntée. Mais elle craint qu'une baisse de salaire ne remette en cause toute la grille salariale de l'administration de la Ville. Et elle défend le défraiement des élus du Municipal: «C'est un job à 30%, un engagement important qui doit être compensé», estime-t-elle.

Côté PDC et UDC, on se tâte: selon eux, le débat sur le salaire de l'Exécutif mérite d'être posé, mais pas avec une baisse aussi importante que le souhaite le PLR. «Pour faire des économies au Conseil Municipal, il vaudrait mieux le moderniser et améliorer son efficacité plutôt que de diminuer les émoluments», ajoute Eric Bertinat. De plus le timing n'est pas bon, estime l'élu UDC, pour qui le débat devrait sans doute avoir lieu après la mise sur pied définitive de la nouvelle répartition des tâches entre communes et Canton.

Fiches de paie presque identiques pour les édiles genevois et vaudois.

Il est quasi impossible d'établir des comparaisons valables entre villes ou cantons suisses car les prérogatives, la taille des départements ou encore le nombre d'habitants varient de cas en cas. La Ville de Lausanne navigue dans les mêmes eaux salariales que sa voisine lémanique: si le syndic Daniel Brélaz gagne 12'000 fr. de plus par an que les conseillers administratifs genevois (soit 266'000 fr. brut, contre 254'000 fr.), ses collègues de l'Exécutif touchent 6000 fr. de moins que leurs confrères du bout du lac. A 517 fr. près, les salaires mensuels des conseillers d'Etat vaudois et genevois sont les mêmes. Les indemnités sont en revanche plus importantes à Genève.

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