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IsraëlUn employé consulaire inculpé pour trafic d'armes

Un Français a été écroué par les autorités israéliennes. Il est soupçonné d'avoir fourni des armes à des Palestiniens.

La vieille ville de Jérusalem.

La vieille ville de Jérusalem.

AFP/Image d'illustration

Un agent consulaire français a été inculpé lundi par la justice israélienne pour avoir participé à un trafic d'armes dans les Territoires palestiniens en se servant des privilèges associés aux activités diplomatiques, a constaté un journaliste de l'AFP au tribunal de Beer-Sheva (sud).

Un juge de Beer-Sheva a prolongé la détention de Romain F., arrêté mi-février, jusqu'au 28 mars, dans un premier temps. Cinq Palestiniens, membres présumés du même réseau, ont également été inculpés.

Romain F., jeune contractuel de 23 ans officiant comme chauffeur pour le consulat général français à Jérusalem, est accusé par Israël de s'être servi des privilèges pour faire sortir des dizaines d'armes de la bande de Gaza vers la Cisjordanie, pour le compte d'un réseau de trafiquants palestiniens, a indiqué la sécurité intérieure israélienne dans un communiqué.

Il aurait agi pour l'argent et à l'insu du consulat général, dit le Shin Beth.

Il se servait du véhicule consulaire, soumis à un régime d'inspection peu strict de la part des Israéliens à la sortie de la bande de Gaza, précise le Shin Beth.

La bande de Gaza est gouvernée par le mouvement islamiste Hamas, considéré comme une organisation «terroriste» par Israël, qui lui a livré trois guerres depuis 2008. L'enclave est soumise par ce dernier à un rigoureux blocus depuis dix ans, mais l'intérieur des véhicules diplomatiques est généralement exempt de contrôle.

Romain F. recevait les armes d'un Palestinien employé au Centre culturel français à Gaza, franchissait le poste frontière d'Erez avec Israël, parcourait à travers le territoire israélien les quelques dizaines de kilomètres jusqu'en Cisjordanie, autre territoire palestinien, sous occupation israélienne, indique le Shin Beth.

«Pour l'argent»

Là, il remettait les armes à un individu qui les revendait à des trafiquants, selon la même source.

En tout, ce sont environ 70 pistolets et deux fusils automatiques qui auraient été transférés au cours de cinq voyages de Gaza en Cisjordanie. Neuf personnes en tout, dont un agent de sécurité palestinien du consulat général, ont été arrêtées, dit le Shin Beth.

Six d'entre elles, dont Romain F., doivent être présentées lundi à un juge de Beer-Sheva (sud) qui devrait leur signifier leur inculpation.

Romain F. avait été recruté au consulat général de Jérusalem comme «volontaire international», un statut qui permet à de jeunes adultes de bénéficier généralement d'un contrat d'un an, éventuellement renouvelable, pour une expérience professionnelle de terrain à l'étranger.

Le Shin Beth ne fait mention d'aucune motivation politique pro-palestinienne de sa part.

«L'enquête fait clairement apparaître que l'employé du consulat français a agi pour l'argent, de son propre chef et à l'insu de ses supérieurs», dit-il.

Cependant, ajoute-t-il, «c'est une affaire très grave, dans laquelle on a exploité de manière cynique l'immunité et les privilèges accordés aux représentants étrangers, pour se livrer au trafic de dizaines d'armes susceptibles d'être employées contre des civils et des membres des forces de sécurité israéliens».

Dans un contexte de persistance du vieux conflit israélo-palestinien et d'attentats anti-israéliens, Israël déploie beaucoup d'énergie pour démanteler les trafics d'armes, détruire les ateliers de fabrication et empêcher le Hamas, enfermé dans la bande de Gaza, de porter la lutte en Cisjordanie.

Discrétion israélienne

Le Hamas et Israël observent depuis 2014 un cessez-le-feu tendu de part et d'autre de la barrière de sécurité qui ferme hermétiquement les frontières. Les dernières semaines ont vu se raviver les crispations autour de Gaza.

L'affaire est potentiellement gênante pour la diplomatie française, une semaine avant la visite attendue du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Le consulat général de Jérusalem n'a pas seulement une tâche consulaire, mais assure aussi une mission sensible de représentation diplomatique auprès de l'Autorité palestinienne, embryon d'Etat palestinien indépendant.

Sans avoir de contact avec le Hamas, considéré comme «terroriste» par l'Union européenne, les diplomates français se rendent régulièrement dans la bande de Gaza pour leur travail, à la différence par exemple des Américains.

Le Centre culturel français est la représentation étrangère la plus visible dans l'enclave. Les autorités israéliennes sont cependant restées extrêmement discrètes sur le sujet jusqu'à lundi. Tout en soulignant la gravité des faits présumés, un responsable israélien a remercié les Français pour leur coopération.

«Les relations avec la France sont excellentes et ne seront pas affectées par cette affaire», a-t-il dit sous le couvert de l'anonymat

«Nous prenons cette affaire très au sérieux et sommes en lien étroit avec les autorités israéliennes», a indiqué de son côté un porte-parole de l'ambassade de France à Tel-Aviv. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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