France: Un eurodéputé FN compare les musulmans aux nazis
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FranceUn eurodéputé FN compare les musulmans aux nazis

Marine Le Pen a démis Aymeric Chauprade de ses fonctions de chef de la délégation frontiste au Parlement européen après plusieurs propos scandaleux.

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cga/afp

La sanction, qui semblait inéluctable, a fini par tomber: après plusieurs jours de conflit autour d'une vidéo évoquant l'islam, Marine Le Pen a retiré jeudi ses responsabilités à Bruxelles à l'eurodéputé Aymeric Chauprade, au risque d'alimenter les tensions internes au FN. A son élection, en mai 2014, ce chef de file du parti en Île-de-France était l'une des étoiles montantes du FN, propulsé à la tête de la délégation de 23 eurodéputés FN à Bruxelles.

«La France est en guerre»

Mais ce spécialiste des relations internationales au bon CV, certes entaché par des «doutes» sur la version «officielle» des attentats du 11 septembre 2001, n'en avait pas moins continué à produire des analyses géopolitiques, son cœur de métier, qui ont irrité en interne car elles ne collaient pas parfaitement à la ligne FN et parce que M. Chauprade n'entendait pas les soumettre au préalable à la direction du parti. Son ultime dérapage en vidéo, après plusieurs autres depuis l'été (voir encadré), lui aura donc été fatal.

«C'est tout le problème du traitement de la récidive», ironisait récemment un ténor du parti au sujet de la vidéo (voir ci-dessus) diffusée la semaine dernière qui aura coûté son poste à M. Chauprade. «La France est en guerre avec des musulmans. Elle n'est pas en guerre contre les musulmans, mais avec des musulmans (…) Une 5e colonne puissante vit chez nous et peut se retourner à tout moment contre nous en cas de confrontation générale (…) On nous dit qu'une majorité de musulmans est pacifique, certes. Mais une majorité d'Allemands l'étaient avant 1933 et le national-socialisme», jugeait Aymeric Chauprade dans ce message contesté.

«Le nazisme était allié avec l'islam radical»

Jeudi, l'homme en a rajouté une couche sur la Chaîne Parlementaire. «Cette vidéo est parfaitement équilibrée. Je parle de l'islam acclimaté aux nations, qui est l'islam majoritaire. Mais je parle (aussi) de cet islam global, djihadiste, qui se développe. Il ne faut pas se voiler la face: on a un problème avec une partie de l'islam», a ajouté le député européen. L'homme n'hésite d'ailleurs pas a affirmer que «le nazisme était allié avec l'islam radical». «Himmler lui-même avait deux objets fétiches sur son bureau, Mein Kampf et le Coran.»

Visé par des plaintes, notamment de la part de l'association SOS Racisme, M. Chauprade, qui a fait part de son «incompréhension» face aux tensions internes provoquées par sa vidéo, va tout de même bénéficier du soutien juridique du FN. Mais il ne gardera pas ses responsabilités à Bruxelles, remplacé par un proche de Marine Le Pen, Édouard Ferrand, comme l'a annoncé celle-ci par un communiqué laconique. Il avait déjà perdu récemment son titre de conseiller international. «S'il refuse toute concertation préalable à ses prises de positions et qu'il souhaite privilégier sa liberté totale de parole, il ne peut plus prétendre représenter et donc être la voix des 23 députés», avait expliqué Mme Le Pen mercredi à l'AFP.

Marine contre Jean-Marie et Marion

La patronne du FN, en conférence de presse à Bruxelles lorsque le communiqué a été envoyé, a assuré que M. Chauprade «reste bien entendu un député européen. Les différends que nous avons pu avoir ne lui retirent pas ses qualités de géopoliticien, il est à la commission Affaires étrangères, et il a du travail à faire, il n'y a aucune difficulté là-dessus.»

Mais rien ne dit que la polémique s'éteigne ainsi. Car si M. Chauprade, adepte de l'idée d'un «choc des civilisations», se voit reprocher des carences sur la forme, le fond de ses analyses plaît à un certain nombre de frontistes. Ceux-ci sont partisans d'une ligne «identitaire», plus dure sur l'islam, alors que Mme Le Pen a distingué plus nettement les fondamentalistes islamistes du reste des Français musulmans, après le traumatisme des trois jours d'attentats parisiens de début janvier.

M. Chauprade avait d'ailleurs reçu le soutien des deux autres Le Pen du parti, le patriarche Jean-Marie et surtout la jeune députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, première au vote des militants fin novembre dont il est proche. Alors même que sa tante avait demandé de ne pas diffuser la vidéo, celle-ci a tweeté mardi le lien vers l'analyse de M. Chauprade qu'elle «partage». Assurant toutefois au Parisien qu'il n'y a dans ce tweet «aucune volonté de contester l'autorité de Marine Le Pen».

Un récidiviste de la boulette

Le premier recadrage a annoncé les suivants. En plein été, il publie une tribune sur la politique internationale. Au menu, «élimination des 1000 jihadistes» français se trouvant en Syrie et en Irak ou inquiétude face au «remplacement de la population historique (en France) par une population en majorité africaine et musulmane». Une «vision personnelle (...) qui n'engage pas le FN», avait répondu la patronne du FN. M. Chauprade avait aussi tranché, contre l'avis exprimé par Mme Le Pen en 2011: l'islam n'est «pas assimilable» en France.

Mi-décembre, il s'était attiré la foudre de plusieurs cadres du parti en critiquant lors d'une réunion interne la présence d'un lobby gay au sein du FN, juste après l'arrivée médiatisée de Sébastien Chenu, ex-cadre UMP et militant homosexuel, et l'outing du numéro deux du parti, Florian Philippot.

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