Libye: Un fils de Kadhafi condamné à mort
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LibyeUn fils de Kadhafi condamné à mort

Seif al-Islam Kadhafi, fils du défunt dictateur libyen, et huit proches de l'ancien dirigeant, ont été condamnés à mort mardi à Tripoli.

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05.08 Human Rights Watch a demandé mardi louverture dune enquête après la diffusion dune vidéo montrant une scène de torture et d'humiliation de Saadi, un des fils de Mouammar Kadhafi, dans sa prison à Tripoli.

05.08 Human Rights Watch a demandé mardi louverture dune enquête après la diffusion dune vidéo montrant une scène de torture et d'humiliation de Saadi, un des fils de Mouammar Kadhafi, dans sa prison à Tripoli.

28.07.2015 Un tribunal libyen a condamné à mort mardi un fils de Kadhafi, Seif al-Islam, et huit autres proches de l'ex-dictateur.

28.07.2015 Un tribunal libyen a condamné à mort mardi un fils de Kadhafi, Seif al-Islam, et huit autres proches de l'ex-dictateur.

Stringer
Ils étaient jugés pour leur rôle dans la répression meurtrière de la révolte dans ce pays il y a quatre ans.

Ils étaient jugés pour leur rôle dans la répression meurtrière de la révolte dans ce pays il y a quatre ans.

AP/Ammar El-darwish

La sentence est intervenue après un procès de seize mois éclipsé par des violences et des divisions politiques. Les condamnés peuvent encore faire appel.

L'ONU, le Conseil de l'Europe et des organisations de défense des droits de l'Homme ont déploré ce verdict, dénonçant l'absence de procès équitable. Seif al-Islam et 36 autres prévenus étaient jugés pour leur rôle dans la répression meurtrière de la révolte ayant mis fin à l'ancien régime en 2011.

Souvent présenté comme le successeur potentiel de l'ex-dictateur, Seif al-Islam était absent à l'audience, parce qu'il n'est pas aux mains des autorités contrôlant Tripoli. Depuis son arrestation en novembre 2011, il est détenu à Zenten, au sud-ouest de Tripoli.

Un ex-Premier ministre

Parmi les condamnés à mort figurent le dernier Premier ministre de Kadhafi, Baghdadi al-Mahmoudi, et son ex-chef des services de renseignements, Abdallah Senoussi. Seuls les condamnés à mort peuvent faire appel du verdict, les peines de prison étant applicables immédiatement, selon le procureur général.

Outre les neuf accusés condamnés à mort par peloton d'exécution, huit ont été condamnés à la prison à perpétuité. Quatre ont été acquittés et les poursuites ont été abandonnées pour un accusé qui sera transféré dans un hôpital psychiatrique. Les autres prévenus ont été condamnés à des peines allant d'un à douze ans de prison.

Vingt-neuf accusés étaient présents dans la salle du tribunal dans le centre de Tripoli. De strictes mesures de sécurité avaient été prises à l'occasion de cette audience.

Différend avec la CPI

Le procès a débuté en avril 2014, avant que les combats à Tripoli ne forcent le gouvernement reconnu par la communauté internationale à se réfugier dans l'est du pays. La capitale est tenue depuis août dernier par les miliciens de l'Aube libyenne, qui ont mis en place un gouvernement rival.

A Genève, le Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies s'est déclaré «profondément inquiet» par ces condamnations à mort. «Nous avons suivi de près la détention et le procès et avons conclu que les normes internationales d'un procès équitable n'avaient pas été respectées», indique l'organisme onusien dans un communiqué.

A Strasbourg, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland, a condamné la décision de la justice libyenne. Il estime que l'affaire aurait dû être portée «devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour un procès équitable».

«Procès spectacle»

Saïf al Islam fait parallèlement l'objet de charges émises par la CPI pour la violente répression qui s'est abattue sur les manifestants au début de la révolution de 2011. Mais la CPI, qui ne peut aller au-delà d'une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, dépend du bon vouloir des Etats pour l'exécution des mandats d'arrêt qu'elle délivre.

A Amsterdam, l'avocat britannique de Saïf al Islam Kadhafi devant la CPI a dénoncé un «procès spectacle. (...) Ce procès a été jugé illégal par le propre ministre libyen de la Justice», a dit John Jones à l'agence Reuters. «Du début à la fin, tout ceci est illégitime. C'est une exécution sous couvert de justice», a-t-il ajouté.

Amnesty International (AI) estime que la procédure «est entachée de sérieux vices qui mettent en évidence l'incapacité de la Libye à rendre justice efficacement». Human Rights Watch a notamment appelé à un «réexamen approfondi et indépendant du verdict» par la Cour suprême saisie en cas d'appel. L'organisation signale que Seif al-Islam n'a plus été vu depuis plus d'un an.

Pays livré au chaos

Plus de trois ans après la chute du régime Kadhafi, la Libye est en proie au chaos. Le pays compte deux Parlements rivaux - et deux gouvernements - l'un basé à Tripoli sous la coupe de la coalition de milices Fajr Libya, et l'autre dans l'Est, le seul reconnu par la communauté internationale. (ats)

L'ONU déplore

Le Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a déploré mardi la condamnation à mort de Seif al-Islam et d'autres proches de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi. Le procès n'a pas respecté les normes internationales, a argumenté l'ONU. «Nous sommes profondément troublés par les jugements prononcés aujourd'hui à Tripoli, en particulier l'imposition de la peine de mort contre plusieurs proches de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi», a affirmé à Genève une porte-parole du Haut Commissariat, Ravina Shamdasani. Parmi les lacunes, l'ONU dénonce l'incapacité à établir la responsabilité individuelle des inculpés pour des crimes précis ainsi que des questions graves comme l'accès des détenus aux avocats, des plaintes de mauvais traitements, des audiences tenues in absentia.

«L'ONU s'oppose à la peine de mort en toutes circonstances. Dans ce cas, où les conditions d'un procès équitable n'ont clairement pas été remplies, nous déplorons fortement l'imposition de la peine de mort», a déclaré la porte-parole. Le Haut Commissariat exhorte les autorités libyennes à faire en sorte que des réformes soient d'urgence adoptées dans le domaine de la justice de manière à respecter pleinement les droits de l'homme. Il demande que les verdicts du tribunal de Tripoli puissent être soumis à un appel et non pas seulement à cassation.

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