Suède: Un «flingueur d'immigrés» rode à Malmö
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SuèdeUn «flingueur d'immigrés» rode à Malmö

La police suédoise a révélé qu'elle était sur la piste d'un tireur isolé qui prend pour pour cible les personnes d'origine étrangère.

La police suédoise est sur les dents.

La police suédoise est sur les dents.

La nuit est tombée sur Malmö, Naser Yazdenpaneh termine sa journée en repassant un dernier pantalon, dans la vitrine de son échoppe il ne voit que son reflet...quand un claquement le fait sursauter en même temps que le panneau de verre se fracasse. En colère, ce repriseur iranien se précipite dans la nuit noire et saisit l'individu qui, pense-t-il, vient de jeter une pierre. Mais un puissant coup de tête dans les dents lui fait lâcher prise.

Quelques minutes plus tard, un policier extrait deux balles de fusil de l'encadrement de la vitrine et M. Yazdenpaneh, 57 ans, comprend: il a peut-être échappé au tireur qui, selon la police, semble s'en prendre depuis plus d'un an à la population immigrée de cette ville du sud de la Suède.

La scène se passe vendredi dernier, deux jours après que la police suédoise a révélé étudier la piste d'un tireur isolé qui, mû par la haine raciale, aurait pris pour cible une quinzaine de personnes d'origine étrangère: une a été tuée et beaucoup d'autres blessées. Les enquêteurs pensent que l'individu qu'ils recherchent pourrait également être l'auteur d'un certain nombre de meurtres non élucidés remontant jusqu'à 2003.

Depuis cette révélation, la population de Malmö est sous tension. «J'ai si peur. Je ne sors plus de chez moi après 16h00. Toutes mes amies ressentent la même chose que moi», confie une Somalienne de 31 ans, Hodan Imi, rencontrée dans sa banlieue à forte population immigrée, Rosengaard, où elle vit depuis une dizaine d'années.

«En Somalie, il y a la guerre, mais j'ai encore plus peur ici», avoue Naima, 56 ans, vêtue d'un hijab rouge et arrivée en Suède il y a sept mois.

«Là-bas, je savais qui était dangereux, alors qu'ici, cela pourrait être n'importe qui. Je passe mon temps à me retourner», explique-t-elle. Cette affaire rappelle aux Suédois le cas survenu à Stockholm au début des années 1990, lorsqu'un tireur baptisé «Laserman» avait pris pour cibles onze immigrés, certains à l'aide d'un fusil à visée laser.

De son nom John Ausonius, il avait ainsi tué une personne et a été condamné à la perpétuité en 1994. A Malmö, au cours du seul dernier mois, plusieurs cas, dont ceux de deux hommes touchés dans le dos à une semaine d'intervalle alors qu'ils attendaient à un arrêt d'autobus, semblent ne constituer qu'une seule et même affaire.

Si bien que le tireur de Malmö a été surnommé «le nouveau Laserman». Dans sa boutique, qu'il a refusé de fermer après son agression, M. Yazdenpanah, en Suède depuis 21 ans, écrase une larme en montrant les bouquets de fleurs reçus depuis la terrible soirée. «Je ne pourrai jamais remercier assez les Suédois pour leur soutien», lâche cet homme avec un sourire laissant apparaître la dent cassée durant sa lutte la semaine dernière.

La police a mis en place une équipe spéciale et une unité de profilage pour tenter d'élucider l'affaire, mais en dépit de centaines de renseignements recueillis auprès de la population, les enquêteurs ne parviennent pas à définir précisément le profil du suspect car il n'a eu que très peu de contact direct avec ses victimes.

Et parallèlement aux efforts semble-t-il assez vains jusque-là de la police, les rumeurs se multiplient sur des groupes qui auraient lancé une chasse à l'homme pour retrouver «le nouveau Laserman». Sans confirmer ces rumeurs, le chef de la police régionale Börje Sjöholm a mis en garde la population contre l'envie de faire soi-même justice en soulignant que «le danger vient du fait que de tels groupes n'auront pas le même niveau d'exigence que nous en ce qui concerne les preuves (...) des innocents pourraient être blessés». (afp)

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