Actualisé 01.07.2020 à 11:48

Riviera vaudoise

Un galeriste-escroc écope de 18 mois avec sursis

Le Tribunal correctionnel de l’Est Vaudois a condamné un Montreusien de 73 ans qui avait, entre 2007 et 2013, écoulé plusieurs copies en bronze d’une fausse sculpture d'Hodler. Il avait aussi pris part à d’autres affaires frauduleuses.

Le retraité est aussi condamné à verser au total environ un million de francs de dommages et intérêts à ses victimes.

Le retraité est aussi condamné à verser au total environ un million de francs de dommages et intérêts à ses victimes.

Keystone

Le galeriste d’art retraité, ayant vendu frauduleusement plusieurs copies d’un faux bronze de Ferdinand Hodler, est fixé sur son sort. Mercredi matin à Vevey (VD), le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de l’Est vaudois l’a condamné à 18 mois de prison avec quatre ans de sursis. Soit exactement la peine requise la veille par le procureur.

Le Vaudois de 73 ans, ayant officié à Vevey et Genève, est reconnu coupable des chefs d’accusation d’abus de confiance et d’escroquerie par métier. A l’énoncé du verdict, il est apparu impassible. Le retraité est aussi condamné à verser au total environ un million de francs de dommages et intérêts à ses victimes.

Le doute profite à la co-accusée

Son avocat se laisse le temps de réfléchir quant à un éventuel appel de cette condamnation auprès du Tribunal cantonal. La présidente du Tribunal a estimé que le septuagénaire «savait depuis 2009 qu’il y avait des doutes sur l’authenticité de l’œuvre». Elle a retenu l’astuce dans ce cas et juge que globalement la culpabilité de l’accusé est «lourde», d’autant qu’il n’a fait montre d’«aucune prise de conscience».

La compagne du prévenu, une Zurichoise d’origine de 22 ans sa cadette, a de son côté bénéficié de la clémence du Tribunal. Elle est libérée, alors qu'elle comparaissait pour complicité de banqueroute frauduleuse et fraude dans la saisie. Mardi dans son réquisitoire, le procureur avait finalement abandonné les charges à son encontre car le doute profitait à la quinquagénaire dans ce dossier.

Les sculptures seront détruites

Quant aux bronzes et aux plâtres du faux-Hodler, séquestrés par la justice, ils seront détruits. «Leur intérêt culturel est insuffisant pour les préserver et il est presque certain qu’ils se retrouveraient sur le marché de l’art comme des authentiques Hodler dans 50 ou 60 ans sinon», a relevé la présidente.

Le galeriste malhonnête avait vendu comme authentiques ses copies numérotées des «Bûcherons», une soi-disant sculpture de Ferdinand Hodler représentant deux hommes tirant une bille de bois. Et ce successivement pour des sommes de 60'000, 400'000 et 250'000 francs alors que de sérieux doutes planaient sur l’authenticité de l’œuvre.

Un plâtre acheté 30 francs

Enfermé dans le déni, le Montreusien dit rester convaincu de l’authenticité de cette œuvre. Il avait aussi placé certaines de ses copies en garantie de prêt pour des montants de 15'000, 40'000, 30'000 et 110'000 francs.

Il s’était de plus livré à diverses autres ventes frauduleuses de peintures dans le cadre de la faillite qui l’avait contraint à fermer boutique en 2013 laissant derrière lui six millions de francs de dettes. Tous ces faits s’étaient étalés de 2007 à 2013.

Fausse dédicace de Hodler

La genèse de cette affaire est rocambolesque. En 2001, un anonyme achète pour 30 francs sur un marché de Villeneuve (VD) le plâtre des «bûcherons». Il le revend le mois suivant 100 francs à un escroc, reconnu depuis comme tel par la justice dans cette même affaire en 2014.

C’est ce dernier qui fait passer l’œuvre pour un Hodler en y apposant la dédicace : «À mon ami O.Pilloud / F.Hodler / Breitfeld 1897». En 2003, un premier «certificat d’authenticité en forme de rapport d’expert» pour ce plâtre obscur est établi.

Diverses copies seront réalisées par la suite, certaines par le prévenu. Lequel obtient en 2008 puis 2009, deux expertises d’authenticité de l’Institut suisse pour l’étude de l’art qui seront révoquées en 2014.

(ATS)

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