«La police se tourne vers le peuple» - Un groupe d’agents anonymes se met en scène avec les anti-mesures

Publié

«La police se tourne vers le peuple»Un groupe d’agents anonymes se met en scène avec les antimesures

Des coronasceptiques qui se présentent comme policiers disent leur refus des mesures décidées par la Confédération. Le syndicat des policiers fulmine.

par
Noah Knüsel
Yannick Weber

Un groupe de policiers présumés, principalement alémaniques, fait de plus en plus parler de lui. Baptisé «Wir für euch» («Nous pour vous»), il se présente comme «une association de policiers de tous les cantons de Suisse» qui «se posent des questions quant au bien-fondé des restrictions».

L’épique défense de la liberté

Cette semaine, le groupe a publié une vidéo bien léchée, digne d’une bande-annonce de film d’action. Des hommes, jamais filmés de face, sont rassemblés, devant le lac de Walenstadt. Ils échangent ensuite des poignées de main avec des personnes qui entrent en scène, comme s’ils concluaient un pacte, rappelant celui, mythique, du Grütli en 1291.

Avec qui? Les désormais bien connus «sonneurs de cloches» (Freiheitstrychler), opposants aux mesures Covid présents lors des manifestations. Un homme parle dans la vidéo: «Nous avons choisi cette profession pour protéger la liberté», dit-il, après avoir jugé les mesures sanitaires disproportionnées et «discutables d’un point de vue de l’État de droit».

Publiquement anonymes

Ni la vidéo ni même l’existence du groupe ne sont du goût de la Fédération suisse des fonctionnaires de police. «Ces personnes violent l’éthique de la police. Nous nous en distancions et n’éprouvons aucune compréhension face à ces actes», dit-elle. La Conférence des commandants des polices cantonales va dans le même sens. «Nous trouvons choquant que des policiers fassent publiquement ce genre de déclarations en étant anonymes. D’ailleurs, si des policiers refusent de faire appliquer la loi, ils sont passibles de poursuites», rappelle-t-elle.

Pause pour les collègues

Les agents membres de ce groupe n’en restent pas moins solidaires de leurs collègues policiers qui font appliquer les mesures, conformément aux ordres de leur hiérarchie. Certains sont notamment mobilisés chaque jeudi pour encadrer les manifestations non autorisées à Berne. «Nous voulons donner une pause à nos collègues en uniforme. Nous invitons tout le monde à ne pas aller à Berne jeudi soir, mais plutôt samedi, où une manifestation est autorisée», dit le groupe «Wir für euch» dans une lettre publiée mercredi sur leur site.

Un motif récurrent

«Les forces de l’ordre se tournent vers le peuple»: les milieux coronasceptiques raffolent du motif d’un soulèvement policier contre les décisions des gouvernements. Des images de manifestations du monde entier, parfois surinterprétées, sont souvent partagées sur les réseaux sociaux, légendées pour donner l’impression que la police est en train de «lâcher» sa hiérarchie pour se ranger du côté des manifestants, assimilés au «peuple qui se lève». Une affiche avait par exemple circulé à Genève avant une manif, reprenant le graphisme de la police, disant: «Nous serons à vos côtés.» Cette dernière avait bien sûr démenti officiellement en être à l’origine.

Ton opinion

168 commentaires