26.07.2020 à 20:26

Genève

Un gynécologue suspecté de multiples dérapages

Une enquête vise un médecin. L’accusation dénombre huit victimes. Il nie catégoriquement.

de
Jérôme Faas
Le praticien aurait eu des gestes déplacés lors de plusieurs consultations.

Le praticien aurait eu des gestes déplacés lors de plusieurs consultations.

Getty Images/iStockphoto

Un gynécologue genevois se trouve sous le coup d’une procédure pénale. Plusieurs patientes l’accusent d’avoir abusé d’elles. Prévenu d’actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de résistance, voire de contrainte sexuelle, il a déjà effectué six mois de détention provisoire entre mai et octobre 2019. Présumé innocent mais interdit de pratique durant l’enquête, il est aujourd’hui libre dans l’attente de son procès.

«En état de choc»

Le gros des faits retenus par le Parquet se seraient produits en 2018 et 2019. L’accusation a listé huit victimes, la plupart quadragénaires. Quatre ont porté plainte pour des attouchements déplacés et insistants sur leur corps ou leurs parties génitales. «Tétanisées et paralysées pendant l’agression sexuelle, elles sont sorties du cabinet en état de choc et en pleurs, constatés par plusieurs témoins, explique Me Robert Assaël, qui défend deux d’entre elles. Leur traumatisme perdure à ce jour. Cela ne s’invente pas!» Il juge leur crédibilité «totale» dès lors qu’elles ne se connaissaient pas entre elles et n’avaient aucune raison d’en vouloir au prévenu.

#MeToo et l’air du temps

Le praticien, pour sa part, conteste vivement les faits. Sa défense fait état d’actes strictement médicaux détournés de leur intention. «La profession de gynécologue est l’une de celles les plus à risque lorsqu’elle est exercée par un homme», indique son avocate Me Yaël Hayat (qui office en duo avec Me Cédric Kurth), faisant référence à l’air du temps, à des discussions avec des médecins et observant la désaffection des étudiants mâles pour la spécialité (lire l’encadré). «Les médecins n’oseront même plus faire une palpation mammaire pour détecter un cancer, c’est grave!» Bref, alors que les gestes d’un obstétricien ont par nature trait à la sexualité, le problème surgit lorsqu’une patiente les interprète mal ou est influencée, l’époque, voire le contexte, étant susceptibles d’induire tel ou tel ressenti, estime-t-elle. «C’est une dérive relayée par le Ministère public qui a même retenu comme acte sexuel une main posée sur une omoplate!»

Mais à la question de savoir si le médecin serait en quelque sorte victime du mouvement #MeToo, Me Robert Assaël s’insurge: «Est-ce normal qu’un gynécologue masturbe le clitoris d’une patiente, caresse les fesses et les cuisses d’une autre pendant l’échographie, tripote les petites lèvres d’une troisième, tout en posant des questions déplacées et intrusives sur leur vie sexuelle et leur partenaire? Assurément non!»

La gynécologie attire les femmes

En Suisse, d’une manière générale, la part des femmes chez les médecins en activité croît. Selon la FMH (la Fédération des médecins suisses), elles étaient 20% en 2000, et 40% en 2018. Le phénomène est encore plus vrai en gynécologie, avec 28% de femmes en 2000 et 63% en 2018. Par ailleurs et toujours au niveau national, de 2011 à 2018, 84% des titres universitaires de la spécialité ont été délivrés à des femmes.

Pas les États-Unis, mais…

Représentante des gynécologues à l’Association des médecins genevois, Ana Godinho Lourenco note aussi qu’en proportion, de plus en plus de femmes exercent cette spécialité. Elle l’explique en grande partie par l’accession massive des femmes aux études universitaires. «Depuis longtemps déjà, il y a de plus en plus de femmes médecins.» Elle estime qu’en Suisse, l’époque (#MeToo, etc.) ne complique pas tant que cela la tâche de ses confrères masculins. «C’est bien moins important qu’aux États-Unis. Mais il est clair que beaucoup de mes collègues sont sensibles à d’éventuels problèmes et ne feront jamais une consultation hors de la présence de leur assistante.» Elle juge également qu’une éventuelle pression sociale ne risque pas d’induire des examens bâclés. «Tous les gestes sont très codés, on ne va pas passer à côté de maladies. Et nous ne sommes pas du tout dans une dynamique où nous ne faisons pas assez, mais plutôt trop.»

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