Actualisé 23.10.2012 à 16:28

Séisme de L'Aquila

Un haut responsable italien démissionne

Luciano Maiani, président de la Commission italienne «grands risques» a décidé mardi de quitter son poste après la condamnation à six ans de ses collègues.

Le président de la Commission italienne «grands risques» a démissionné mardi de son poste. Il proteste contre la condamnation lundi à six ans de prison de ses collègues accusés d'avoir sous-estimé les risques avant le séisme de L'Aquila en 2009, un verdict condamné par la communauté scientifique internationale.

«Je ne vois pas les conditions pour travailler avec sérénité», a déclaré le physicien Luciano Maiani à l'agence de presse italienne Ansa. Celui qui a été directeur-général du CERN à Genève de 1999 à 2003 a précisé qu'il se trouvait dans «l'impossibilité» de soumettre un avis hautement spécialisé à l'Etat italien, dans des conditions aussi «complexes», a ajouté l'agence Ansa.

Il avait déjà qualifié ce verdict de «grave erreur» dans une interview publiée mardi par le quotidien italien «Corriere della Sera» et relevé qu'»il n'y a eu aucune enquête contre ceux qui ont construit de manière inadaptée dans une zone sismique».

Dans la foulée, toute la présidence de la Commission, à savoir son vice-président Mauro Rosi et son président d'honneur Giuseppe Zamberletti, ont également démissionné, ainsi qu'un quatrième membre de cette institution.

L'un des scientifiques condamnés, Mauro Dolce, a par ailleurs démissionné mardi de son poste de directeur du service des risques sismologiques et volcaniques de la Protection civile italienne.

Un précédent «très dangereux»

Plusieurs scientifiques européens et suisses, interrogés par l'AFP et l'ats, se sont dit depuis lundi «choqués» par la condamnation infligée à leurs collègues italiens, voyant dans ce jugement «un précédent très dangereux».

«Dans une situation similaire en Suisse, je n'aurais sans doute pas agi bien différemment de mes collègues italiens», a déclaré mardi dans un entretien à l'ats Stefan Wiemer, directeur du Service sismologique suisse (SED).

Il s'est dit «étonné» du verdict et juge peu compréhensible que les experts aient été jugés sur leur manière de communiquer sur les risques, ce type de probabilité étant difficile à exposer. «Nous devrons à l'avenir communiquer avec plus de prudence», conclut le directeur du SED, qui plaide pour que les scientifiques se prononcent uniquement sur les risques, sans donner de directives à la population.

Craintes pour l'avenir de la recherche

De son côté, l'Union of Concerned Scientist (UCS), a qualifié la sentence d'»absurde», la comparant au procès de Galilée, condamné au XVIIe siècle pour avoir dit que la terre tournait autour du soleil. Selon l'influente ONG américaine, le verdict risque aussi de stériliser la recherche en condamnant les scientifiques à taire leurs doutes.

Avant le procès, plus de 5000 membres de la communauté scientifiques s'étaient déjà mobilisés et avaient adressé au président de la République Giorgio Napolitano une lettre ouverte dans laquelle ils affirmaient l'impossibilité de prédire un tremblement de terre.

Le tribunal de L'Aquila a condamné lundi sept membres de la Commission «grands risques», qui siégeaient en 2009, à six ans de prison pour «homicide par imprudence», alourdissant la peine de quatre ans de prison requise par le parquet. Leurs défenseurs avaient plaidé l'acquittement, arguant notamment de cette impossibilité. (ats)

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