Actualisé 17.12.2008 à 17:17

Le lanceur de chaussures de BagdadUn héros et une chaussure à 10 millions

Le monde arabe a désormais un nouveau héros: le journaliste irakien Montasser al-Saidi qui a envoyé une chaussure sur le président George W. Bush.

Symbole de résistance contre l'impérialisme américain pour de nombreuses personnes, cet acte pourrait être en quelque sorte rétribué par une somme de dix millions.

Chasser quelqu'un à coups de chaussure est une insulte considérée comme grave par le monde arabe: la chaussure est impure et on la retire pour entrer à la mosquée. La traditionnelle hospitalité irakienne a donc été remise en cause par ce journaliste mais pour beaucoup, son acte de rébellion était tout à fait justifié.

En Irak on loue en effet le lanceur de chaussures dans de nombreux cafés, à la télévision et sur les forums Internet, exprimant ainsi la joie et la fierté. Le journaliste aurait ainsi «réanimé l'unité à un moment déterminé dans une région souvent dominée par les conflits», relate le New York Times.

De même, le Washington Post affirme: «Des années de frustration et d'insatisfaction contre la politique des Etats-Unis et la guerre en Irak auraient été exprimées par ce geste».

Des milliers de personnes ont manifesté lundi pour la libération du journaliste détenu et dans la ville de Nadschaf, un convoi miliaire américain a été à nouveau chassé à coups de chaussure. Interviewé également par le New York Times, un enseigant de la ville de Mossoul au nord de l'Irak déclare ainsi: «Je jure devant Dieu que tous les Irakiens sont fiers de cet acte».

La chaussure à dix millions

Le monde arabe se mobilise maintenant pour un nouvel acte de solidarité. A Damas en Syrie, on peut lire sur une affiche publique les paroles d'encouragement suivantes: «Journaliste héroïque, nous te remercions pour ton acte de courage!».

Parallèlement, une fondation lybienne a remis un prix au journaliste irakien pour son courage et réclame sa libération.

Enfin, un homme d'affaire saoudien est prêt à faire l'acquisition de la chaussure en question pour dix millions.

La chaîne de télévision Al-Bagdadija, basée au Caire, qui emploie le journaliste, se considère comme responsable de l'affaire de la chaussure face aux médias: toute la journée de lundi, elle a consacré ses reportages au journaliste irakien emprisonné. Cette intervention de taille semble avoir été soigneusement préparée. A la rédaction de Al-Bagdadija, un journaliste se rappellerait avoir entendu son collègue s'exprimer ainsi en 2007: «J'espère que je pourrai une fois ou l'autre lancer ma chaussure sur Bush», rapporte encore le "Washington Post".

Jusqu'à sept ans de prison

Le caméraman Dirgham Al-Saidi, frère du journaliste concerné, précise à CNN qu'il s'agissait d'un acte de colère tout à fait «spontané», illustrant la lutte de millions d'Irakiens contre «l'humiliation des tyrans».

Le journaliste inculpé déteste en effet les Américains en Irak et qualifie leur présence de réelle «occupation».

Ses reportages sont du reste très souvent dédiés aux veuves et aux orphelins irakiens. Cependant, il n'a jamais rejoint de parti ou de mouvement politique déterminé, confirme volontiers un autre de ses frères, Maithan: «Personne ne l'a payé pour cela, il a agi par amour pour son pays, l'Irak».

Le gouvernement irakien n'a pas réagi pour le moment à l'appel pour la libération du journaliste Montasser Al-Saidi. L'un des conseillers du ministre présidentiel qualifie apparemment cet acte de «honte pour le monde du journalisme».

Selon la presse internationale, le journaliste audacieux risque jusqu'à sept ans de prison. Une bonne centaine d'avocats du monde entier se seraient déjà annoncés auprès de sa famille, parmi eux notamment le défenseur de Saddam Hussein, selon le "New York Times".

pbl/pim

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