Zurich: Un imam donnait des livres salafistes en prison
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ZurichUn imam donnait des livres salafistes en prison

L'imam affirme ignorer que ces ouvrages faisait l'apologie d'un islam radical et reconnaît avoir été négligent.

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smk/nxp
La direction de la prison de Limmattal a découvert de la littérature salafiste introduite par un imam.

La direction de la prison de Limmattal a découvert de la littérature salafiste introduite par un imam.

Keystone

Un imam d'origine albanaise a introduit des écrits salafistes dans une prison zurichoise pour les remettre à des détenus musulmans, comme le révèle le Tages-Anzeigerdans son édition du 25 novembre.

Les brochures et feuillets font l'apologie de la charia, la loi islamique, et des châtiments corporels qu'elle exige. Leur auteur est un salafiste d'origine saoudienne, Abdul Rahman al-Sheha, qui se veut un prosélyte d'un islam radical. Il est également lié au mouvement «Lis!» qui distribue des Corans dans la rue. Ses livres sont distribués par l'association «Der Schlüssel zum Paradies» (La Clé du Paradis).

Brochures détruites

Selon les autorités allemandes, Abdul Rahman al-Sheha est en lien outre-Rhin avec le prédicateur de haine Pierre Vogel. Il est également considéré comme un «extrémiste islamiste qui propage un islam totalitaire et violent» en prônant le meurtre d'ex-musulmans ou la lapidation de femmes adultères. Ses livres sont à l'index en Allemagne.

Ces ouvrages se retrouvent en plusieurs langues dans la bibliothèque de l'imam à Zurich, qui affirme ignorer leur contenu radical. Lorsque la direction de la prison de Limmattal l'en a informé, il les a retirés et détruits. Il reconnaît ne pas les avoir soigneusement lus.

Comme l'explique la responsable de la communication de l'exécution des peines à Zurich, le Coran est disponible dans la bibliothèque de la prison mais il est demandé aux imams de ne pas donner d'écrits particuliers aux détenus. Rebecca de Silva n'exclut toutefois pas que ce genre de littérature circule sous le manteau dans les prisons.

Pas encore de radicalisation

Les autorités zurichoises ne donnent pas le nom des imams qui vont visiter les détenus musulmans, au nom de la protection des données. Une précaution que dénonce Saïda Keller-Messahli, la présidente du forum pour un islam progressiste. Il faut connaître quels sont les hommes qui se rendent dans les prisons, les hôpitaux ou les centres d'asile. Elle recommande plutôt dans ces cas d'envoyer des psychologues au lieu d'imams.

Détail piquant: les livres d'Abdul Rahman al-Sheha ont été traduits en allemand par Mahmoud El Guindi, qui n'est autre que le président de la fédération des musulmans de Zurich.

Selon Thomas Noll, directeur du Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire, le problème de la radicalisation des détenus n'est pas encore aussi important que dans les pays voisins. Les prisons en Suisse sont plus petites et les surveillants mieux formés, ajoute-t-il. Mais le matériel de propagande pose toutefois un problème lorsqu'il est rédigé dans une langue étrangère comme le turc ou l'arabe.

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