Coronavirus: Un infectiologue somme Alain Berset de prendre trois mesures urgentes
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CoronavirusUn infectiologue somme Alain Berset de prendre trois mesures urgentes

Discothèques, masques et voyages à l’étranger: Christian Garzoni espère une réaction immédiate des autorités sanitaires suisses face à l’augmentation du nombre de cas de Covid-19.

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Daniel Waldmeier/lph
Chef de clinique à l’hôpital Monucco de Lugano et membre de la Commission fédérale pour la préparation et la gestion en cas de pandémie, Christian Garzoni attend une réaction rapide des autorités suisses.

Chef de clinique à l’hôpital Monucco de Lugano et membre de la Commission fédérale pour la préparation et la gestion en cas de pandémie, Christian Garzoni attend une réaction rapide des autorités suisses.

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Le nombre de cas confirmés de coronavirus ne cesse d’augmenter dans le monde. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’Amérique du Sud et les Caraïbes sont devenues la région du monde ayant recensé le plus grand nombre de contaminations, tandis que la Chine a enregistré l’apparition de foyers infectieux dans trois provinces. En Belgique, l’augmentation du nombre de cas a été qualifiée d’«inquiétante».

En Suisse, l’Office fédéral de la Santé publique (OFSP) a annoncé 65 cas supplémentaires de coronavirus en 24 heures, après plusieurs jours consécutifs où le bilan quotidien a dépassé les 110 nouvelles infections.

À Genève, au moins vingt personnes ayant fréquenté un bar branché durant le week-end ont été testées positives au Covid-19. À Berne, le club «Kapitel Bollwerk» a été fermé samedi sur ordre du Médecin cantonal, après que plusieurs clients ont été testés positifs.

«Nous pouvons rapidement perdre le contrôle »

«Il faut s’attendre à ce que le nombre de cas continue à augmenter, confie le Médecin cantonal zougois, Rudolf Hauri, dans une interview accordée à «20Minuten». L’homme est également président de l’association des Médecins cantonaux. Selon lui, la fréquentation élevée des boîtes de nuit complique l’effort de suivi des cas.

Même son de cloche du côté de Christian Garzoni, infectiologue, chef de clinique à l’hôpital Monucco de Lugano et membre de la Commission fédérale pour la préparation et la gestion en cas de pandémie (CFP). Selon lui, «le traçage des contacts a ses limites. Si les Cantons ne réagissent pas rapidement, nous pouvons rapidement perdre le contrôle au plan national».

Trois mesures phares

Pour éviter ce scénario, Christian Garzoni interpelle les autorités fédérales, et plus particulièrement le ministre de la Santé, Alain Berset. L’infectiologue les somme d’agir au plus vite dans trois domaines:

  • Les grands rassemblements: «Une discothèque avec des centaines de personnes, c’est trop dangereux. Il faudrait limiter l’affluence à 100 personnes au maximum. Nous devons nous poser la question: faut-il vraiment ouvrir les clubs à tout prix?
  • Le port du masque dans les lieux fermés: L’infectiologue espère voir les mesures de port du masque renforcées, à l’image de ce qui a été fait dans les cantons du Jura, de Vaud et de Genève. «Il faut généraliser le masque à tous les lieux fermés.»
  • Les voyages: La situation étant instable dans de nombreux autres pays «la Confédération devrait fortement déconseiller tout voyage non-essentiel à l’étranger», estime l’infectiologue.

«Chacun doit assumer ses responsabilités»

L’épidémiologiste Marcel Tanner estime quant à lui qu’il n’y a pas de raison de céder à la panique pour l’instant: «Si le nombre de cas reste stable, les cantons parviendront à suivre les contacts et à déceler les chaînes de transmission.»

Mais l’expert avertit: si la propagation du virus n’est pas contenue, il faudra peut-être envisager un reconfinement par régions, voire au plan national. «Ce serait rude pour l’économie et la société. D’où la nécessité de découvrir rapidement les foyers d’infection et de prendre des mesures ciblées.»

Marcel Tanner ajoute que «c’est à la société d’évaluer le risque qu’elle souhaite courir. Nous devons apprendre à vivre avec le virus. Chacun peut et doit, par son comportement, assumer ses responsabilités envers la communauté.»

L’OFSP veut limiter les dégâts

Il n’existe pas de «seuil magique» qui justifierait la fin du traçage des contacts. C’est ce qu’a récemment affirmé Stefan Kuster, qui a succédé à Daniel Koch au poste de chef de la division Maladies transmissibles de l’OFSP. «Les Cantons sont prêts à travailler avec un nombre plus élevé de cas.»

Les efforts en ce sens devraient donc se poursuivre pour une durée indéterminée. Avec un objectif global en toile de fond, à savoir «que l’économie, la société et la santé publique soient impactées le moins possible, pendant aussi longtemps que possible», résume Stefan Kuster.

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