Actualisé 14.01.2014 à 10:26

Soudan du Sud

Un jeune Etat aux espoirs effondrés en un mois

Le Soudan du Sud, à l'avènement de son indépendance, en 2011, a suscité de grands espoirs qui, en un mois, se sont effondrés pour une question de rivalité politique plongeant le jeune Etat dans une spirale de violence.

Le conflit menace désormais de guerre civile l'ensemble du pays.

Le conflit menace désormais de guerre civile l'ensemble du pays.

Le conflit a été déclenché par une querelle de pouvoir entre son président Salva Kiir et son ex-vice-président Riek Machar. Pour s'affronter, tous deux instrumentalisent leur communauté réciproque, dinka pour Salva Kiir et nuer pour Riek Machar.

«Quand ce sera fini, nous serons tous perdants», se désole Mabior Garang - le fils du chef historique de la lutte pour l'indépendance, John Garang - membre de la délégation rebelle aux pourparlers de paix actuellement à Addis Abeba.

Même les observateurs les plus attentifs des complexes luttes de pouvoir au Soudan du Sud ont été surpris par la vitesse à laquelle le conflit s'est étendu, et la brutalité des violences qui ont explosé entre communautés voisines.

Pour Jok Madut Jok, un ancien responsable gouvernemental qui dirige maintenant le cercle de réflexion «the Sudd Institute», les Sud-Soudanais ont vu leur pays «s'effondrer pan par pan» et sont en état de choc.

Atrocités

Le Soudan du Sud est un pays riche en pétrole, mais pour une fois, l'or noir n'a pas été à l'origine du conflit.

Les causes profondes des violences sont de vieilles rivalités entre rebelles devenus chefs politiques, combinées avec des blessures non refermées de l'interminable guerre civile qui a opposé pendant plus de vingt ans les rebelles du Sud à Khartoum.

«Lors de la guerre de libération (contre Khartoum), les Sud-Soudanais ont commis des atrocités les uns contre les autres, cela explique en partie pourquoi le conflit actuel s'est embrasé si vite», écrit M. Jok dans un récent rapport. «Personne n'a eu à rendre compte de ces atrocités quand la guerre a pris fin, ce qui a laissé des profondes blessures dans les coeurs et les esprits de beaucoup».

L'opposition politique au président Salva Kiir a été mise au grand jour début décembre avec le limogeage du vice-président Rieck Machar, son rival de longue date qui l'accusait de comportement «dictatorial».

Corruption et abus de pouvoir

Des milliards de dollars d'aide internationale, et d'investissements privés ont été déversés dans cette petite nation qui avait à construire ses institutions.

Mais beaucoup craignaient un conflit de cet ordre, vu les avertissements répétés à propos de la corruption galopante, notamment le vol éhonté de milliards de dollars du pétrole, et les accusations d'abus de pouvoir des forces de sécurité.

L'intégration rapide mais mal faite de différentes forces d'ex-rebelles anciennement rivales dans l'armée a simplement couvert des divisions profondes et enracinées.

«Nous sommes face à une catastrophe humanitaire», a déclaré à l'AFP le chef des opérations humanitaires des Nations unies au Soudan du Sud, Toby Lanzer, après une visite au camp de déplacés, installés sur un ancien terrain de football à l'arrière du camp de l'ONU.

«C'est sûrement l'expérience la plus dure de la jeune nation. (...) Nous avons un énorme conflit politique, des gens qui campent sur leurs positions et des civils qui sont pris dans une situation intenable», ajoute M. Lanzer.

Entraide entre groupes ethniques

Les conflits politiques entre MM. Kiir et Machar réveillent de profondes blessures nées des combats de 1991 entre les peuples nuer et dinka.

«Ce sont des manoeuvres politiques, mais maintenant le feu a pris à la base, le problème est ethnique», assure Paul Manyok, un commerçant qui a fui les combats à Bor, ville stratégique toujours aux mains des rebelles.

Mais la situation, complexe, ne peut se lire à travers un seul prisme ethnique: le chef de l'armée de M. Kiir est nuer, et parmi la délégation de M. Machar aux pourparlers d'Addis Abeba figurent de hauts responsables dinka.

Car si de gros titres rapportent des massacres entre groupes ethniques, d'autres reportages font état de secours et d'aides entre membres de ces mêmes communautés différentes.

Cependant, beaucoup se montrent pessimistes sur l'issue des négociations en cours en Ethiopie, la crise étant allée trop loin pour être réglée rapidement. (ats)

Plus de 200 civils morts noyés

Plus de 200 civils sud-soudanais fuyant les combats qui ravagent le Soudan du Sud sont morts noyés quand le bateau surchargé qui les transportait a coulé, a affirmé mardi à l'AFP le porte-parole de l'armée Philip Aguer. «Nous avons entre 200 et 300 personnes (noyées), dont des femmes et des enfants (...) le bateau était surchargé», a dit-le porte parole. «Ils fuyaient les combats qui ont repris à Malakal», la capitale de l'Etat pétrolier du Haut-Nil (nord-est). Selon le porte-parole, l'accident est survenu mardi matin. Mais des médias locaux ont de leur côté indiqué qu'il s'était produit plus tôt, dans la nuit de dimanche à lundi. Les combats continuaient de faire rage dans plusieurs endroits du pays mardi. A Malakal, les rebelles ont mené une nouvelle attaque pour tenter de prendre la ville.

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