Martigny (VS): Jeune homme jugé pour meurtre: 10 ans de prison requis
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Martigny (VS)Jeune homme jugé pour meurtre: 10 ans de prison requis

Un vingtenaire accusé d’avoir tué un homme avec un couteau lors d’une dispute en mars 2018 à la gare de Martigny comparaît pour meurtre ce vendredi devant le tribunal de district de la commune valaisanne.

Le prévenu, âgé de 19 ans lors des faits, avait donné un coup de couteau à son interlocuteur avant de prendre la fuite. (Photo d’illustration)

Le prévenu, âgé de 19 ans lors des faits, avait donné un coup de couteau à son interlocuteur avant de prendre la fuite. (Photo d’illustration)

KEYSTONE

Un jeune homme de 21 ans a comparu vendredi devant le tribunal de Martigny pour avoir tué un homme de 22 ans avec un couteau en mars 2018 à la gare de Martigny (VS). Le ministère public a requis dix ans de prison pour meurtre. Avec une tout autre lecture du dossier, la défense a plaidé une diminution de peine.

L’affaire remonte au 16 mars 2018. Ce jour-là, vers 19h00, la victime se trouve avec un groupe de personnes et une dispute éclate au sujet d’un morceau de haschisch.

L’accusé – «qui connaissait la victime depuis longtemps» , a précisé le ministère public – intervient. Les deux hommes s’invectivent, et le prévenu, alors âgé de 19 ans, assène un coup de couteau à la base du cou de son interlocuteur avant de prendre la fuite.

Un médecin présent sur les lieux à cette heure de grand passage en pleine gare de Martigny, puis les services d’urgence tentent de le réanimer, en vain. Le jeune homme, arrivé d’Afrique en Suisse en 2006, décède d’un choc hémorragique. L’accusé prend la fuite – créant la panique dans la ville de Martigny, selon le procureur – et se rendra à la police le lendemain.

«Mutisme assourdissant»

«La responsabilité de l’accusé et pleine et entière. Il était capable d’apprécier ses actes au moment des faits. Il a agi avec un sang froid criminel hors du commun pour un mobile futile et déplorable», a asséné le procureur Marie-Line Voirol Revaz.

S’appuyant sur des échanges écrits entre le prévenu et son amie, le procureur a indiqué que jeune homme a donné intentionnellement un coup de couteau à la victime qui «lui tenait tête» et qu’il ne voulait plus se «laisser marcher dessus». On tue pour un regard de travers, une déception, une frustration. «C’est inacceptable!", a-t-elle lancé.

«Le mutisme du prévenu sur le coeur de l’affaire est assourdissant et inquiétant. On ne sait toujours pas pourquoi il s’en est pris (ndlr. à la victime)", a-t-elle poursuivi.

Coup «sournois et mortel»

Selon des témoignages cités par le ministère public, l’accusé «n’était pas dans son assiette» ce jour-là, il avait «l’air triste, stressé et sur les nerfs». Il s’en est pris à la victime et l’a provoqué en lui lançant «tu fais que parler, tu n’oses pas te battre».

Pour le procureur, les témoignages des amis de la victime sont «crédibles et ont été pris à chaud». «Le coup de couteau était sournois et mortel; la victime n’a pas eu le temps de réagir et de se protéger».

Le procureur a requis une peine de dix ans de prison, une amende de mille francs et l’expulsion de Suisse pour dix ans. L’accusé, ressortissant portugais, était au bénéfice d’un permis B au moment des faits.

Un scénario très différent

La défense a une tout autre lecture du dossier, et notamment des déclarations de certains témoins. Me Basile Couchepin a rappelé que son client n’avait pas été arrêté mais qu’il s’était rendu à la police.

Le défenseur s’est attelé à démontrer dans quelle position se trouvait son client au moment des faits: acculé dans un espace restreint, contre une barrière donnant dans le vide face à la victime «en position de combat» et ses amis derrière lui.

Des témoins «qui ne connaissaient ni l’accusé ni la victime», ont décrit un scénario très différent de celui présenté par le ministère public: un accusé «calme, souhaitant qu’on le laisse tranquille, tentant d’éviter la bagarre» et une victime «agressive, agitée, à deux doigts de péter un câble» et prête à en découdre, au moment des faits. «Mon client a eu peur pour sa vie et un sentiment d’urgence l’a fait passer à l’acte».

Le «droit de se défendre»

Selon Me Basile Couchepin, les antécédents des deux jeunes hommes n’étaient pas bons. La victime avait consommé de l’alcool et des stupéfiants avant l’altercation. «Je comprends que ce que je dis heurte et blesse, mais mon client a le droit fondamental de se défendre sans que cela passe pour un manque d’introspection, de remords et de regrets», a lancé l’avocat.

Pour Me Couchepin, «un sentiment n’est pas une preuve, contrairement à ce que peut penser le ministère public», et la cour doit prendre tous ces facteurs en compte et atténuer la peine. Mon client est rongé par la culpabilité depuis le premier jour, a-t-il affirmé. Derrière lui, un public qui a parfois ricané à ses propos. Le verdict tombera à 17h30.

(ATS/NXP)

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