Etats-Unis: «Un jour de honte pour Washington»
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Etats-Unis«Un jour de honte pour Washington»

La mesure phare sur les armes à feu a été rejetée, marquant une défaite politique cinglante pour Barack Obama. Seuls 54 sénateurs ont voté en sa faveur, alors que 60 voix étaient requises.

Le président s'est exprimé accompagné de victimes ayant subi la violence des armes.

Le président s'est exprimé accompagné de victimes ayant subi la violence des armes.

Le Sénat américain a rejeté mercredi une mesure qui aurait rendu obligatoires les vérifications d'antécédents avant l'achat d'une arme sur Internet et dans des foires. Cet échec cuisant vide de sa substance la réforme promue par Barack Obama, quatre mois après l'électrochoc du massacre de l'école de Newtown.

Seuls 54 sénateurs ont voté en faveur de la mesure, contre 46, alors que 60 voix étaient requises. Quatre démocrates ont fait défection et se sont joints aux républicains pour voter contre un amendement qui aurait imposé des vérifications d'antécédents judiciaires et psychiatriques avant les achats d'armes sur internet et dans les foires spécialisées. «Honte à vous!» a crié depuis la galerie du public Patricia Maisch, qui avait survécu à la fusillade de Tuscon, dans l'Arizona, en janvier 2011, et assistait au vote avec des proches de victimes de Newtown.

Le rejet du texte -lui-même édulcoré par rapport aux premières versions- marque une défaite politique cinglante pour Barack Obama, qui avait investi un capital politique considérable sur ce thème. Le président s'est exprimé sur ce sujet mercredi à 17h30 (23h30 en Suisse, lire encadré, infos à suivre).

«Nous y parviendrons en fin de compte»

Depuis janvier, il a consacré trois déplacements et deux interventions formelles à la Maison Blanche aux armes à feu, souvent aux côtés de parents d'écoliers abattus à bout portant par Adam Lanza, le 14 décembre, dans deux salles de classe de l'école Sandy Hook à Newtown (Connecticut, nord-est).

Une heure avant le vote, anticipant la défaite, le vice-président Joe Biden avait promis que «si nous n'y parven(ions) pas aujourd'hui, nous y parviendrons en fin de compte». Il a exceptionnellement présidé la séance.

John McCain, l'ancien candidat républicain à la présidentielle, avait quant à lui tâché de consoler les auteurs de la mesure, un peu plus tôt: «faire ce qui est bien est toujours une récompense en soi».

La majorité des Américains soutient la suppression de cette faille légale

Les vérifications d'antécédents sont aujourd'hui requises seulement dans les magasins, sauf dans quelques Etats qui ont voté des lois plus strictes. Or les armureries ne représentent que 60% des ventes. Une écrasante majorité d'Américains soutient la suppression de cette faille légale, mais le puissant lobby des armes, par la voix de la National Rifle Association (NRA), s'est montré intraitable.

La NRA, forte de millions de membres, peut se révéler une redoutable ennemie politique au moment des élections, en finançant des publicités télévisées contre les républicains qui l'auraient froissée en votant pour un affaiblissement perçu du deuxième amendement de la Constitution, qui garantit le droit de détenir une arme pour se défendre.

Un foyer américain sur trois possède au moins une arme

Les démocrates qui ont voté contre, mercredi, représentent des Etat ruraux comme l'Arkansas et le Dakota du Nord, où de nombreuses familles adhèrent à la NRA et possèdent des armes pour l'autodéfense, la chasse, le tir sportif ou comme simples collectionneurs.

Le républicain Charles Grassley a accusé mercredi l'administration Obama «de politiser une terrible tragédie pour promouvoir son programme anti-armes» et proposé sa propre mesure qui, de fait, assouplirait certaines réglementations. «Le but est de faire quelque chose sur le fond qui s'attaquera au problème sous-jacent, et pas seulement de voter une loi pour se sentir mieux», a déclaré Lindsey Graham, fier propriétaire d'un fusil semi-automatique adapté d'un modèle militaire.

Les sénateurs devaient encore voter mercredi et dans les prochains jours sur des amendements traitant, entre autres, des armes d'assaut, des chargeurs de grande capacité et du trafic d'armes.

Le texte sur les armes d'assaut, qui interdirait la fabrication, la vente et l'importation de centaines de modèles d'armes semi-automatiques, du type de celle utilisée par Adam Lanza, est quasi assuré d'une défaite. Des mesures plus consensuelles sur l'offre de soins psychiatriques pourraient être adoptées. Mais le coeur de la réforme, visant à empêcher délinquants et déséquilibrés de se procurer des armes d'occasion sur les marchés secondaires, a bel et bien été abattu en plein vol mercredi. (ats)

le lobby des armes aurait «délibérément menti»

Barack Obama a dénoncé mercredi avec virulence l'attitude d'une «minorité» de sénateurs après le rejet d'un amendement sur la vérification des antécédents des acheteurs d'armes. Le président, qui a accusé le lobby des armes d'avoir «délibérément menti» pour faire échouer la réforme, a estimé qu'il s'agissait d'un «jour de honte pour Washington». Le président américain appelait de ses voeux une réforme de la réglementation des armes à feu depuis le massacre d'écoliers à Newtown (Connecticut, nord-est) en décembre dernier.

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