Athlétisme: Un marathon en moins de 2h? Un projet fou
Actualisé

AthlétismeUn marathon en moins de 2h? Un projet fou

La marque Nike a proposé à trois coureurs de battre le record du monde officiel du marathon. But visé: descendre en dessous des deux heures.

De gauche à droite, Lelisa Desisa, Eliud Kipchoge et Zersenay Tadese.

De gauche à droite, Lelisa Desisa, Eliud Kipchoge et Zersenay Tadese.

Nike

Le «buzz» est réussi avant même la tentative. La communauté des coureurs est fascinée par le projet «Breaking2» de Nike, qui vise à amener pour la première fois un coureur sous les 2 heures sur marathon, sur le circuit automobile de Monza. Les conditions paraissent réunies pour un succès. Les trois chasseurs et la vingtaine de lièvres s'élanceront à 5h45.

L'exploit serait énorme. Le record du monde officiel du marathon du Kényan Dennis Kimetto est de 2h02'57. Courir sous 2h reviendrait à l'améliorer d'un coup de 2,4 %, un taux de progression que même Usain Bolt n'a pas pu approcher sur le sprint. Pour y arriver, les promoteurs de Nike ont pris des largesses avec le règlement, si bien que le chrono ne sera pas officiellement homologué par l'IAAF. Mais il marquerait les esprits.

Trois hommes ont été choisis pour l'aventure (et grassement rémunérés): le Kényan Eliud Kipchoge, champion olympique en titre et vainqueur de sept des huit marathons qu'il a disputés, l'Erythréen Zersenay Tadese, recordman du monde du semi-marathon (58'23), et l'Ethiopien Lelisa Desisa, vainqueur à Boston en 2013. Ils seront aidés par une vingtaine de lièvres, qui se relaieront tous les 4,8 km par petits groupes pour abriter et «tirer» les trois élus. Le Genevois Julien Wanders devait en faire partie et se trouve bien à Monza, mais il a des douleurs à un tendon de la cheville et ne courra très probablement pas, a-t-il précisé à athle.ch.

Le rythme de course qui sera imprimé, 2'50'' par kilomètre, représente une moyenne hallucinante de 17 secondes par 100 m. Devant, une voiture électrique conduite par un pilote essayeur de Formule 1 dictera la cadence, et les coureurs seront ravitaillés en permanence par une boisson spéciale censée rapidement restaurer les réserves en glycogène. Les shorts et les t-shirts seront particulièrement aérodynamiques, selon Nike.

Enfin, et surtout, l'arme secrète se nomme Zoom VaporFly Elite. Soit une chaussure d'un nouveau type, spécialement développée pour l'occasion et adaptée aux pieds des trois cracks, et dont la semelle contient une couche en carbone ultralégère appelée à ménager la musculature des mollets. Les matériaux utilisés doivent aussi permettre une meilleure restitution de l'énergie, d'où un gain d'efficacité de 4 %, affirme le fabricant américain. Sur la base de ces développements, Nike commercialisera du reste bientôt un modèle grand public.

Lafranchi: «Jusqu'où ça nous mènera?»

Les lièvres sont rémunérés, et Kipchoge (le favori) recevrait à lui seul plus de 1,25 million francs pour la tentative. Pour celle-ci, Nike aurait investi 30 à 35 millions de francs. Peuvent-ils réussir? «S'il n'y avait aucune chance, ils auraient depuis longtemps abandonné le projet», note l'ancien recordman de Suisse du marathon Bruno Lafranchi.

«Avec le choix du revêtement (la piste de Monza, ultraroulante), ils peuvent déjà espérer un gain de temps de 1 % par rapport au bitume d'un marathon urbain. Le projet est intéressant mais je ne suis pas fan. Jusqu'où mènera cette optimisation? Je rappelle que Nike est déjà à l'origine de l'«Oregon Project» confié aux Etats-Unis à Alberto Salazar, dont on sait aujourd'hui que les méthodes sont suspectes (plusieurs de ses athlètes l'ont accusé de les avoir incités à se doper, ndlr). Et maintenant, on pousse l'optimisation encore plus loin...»

Mary Wittenberg, ex-directrice du marathon de New York, ne dit pas autre chose: «Je ne suis pas sûr que dans le contexte actuel avec le dopage, ce soit le bon signal», lance-t-elle. Quant à Benjamin Chandelier, organisateur du marathon de Genève, il se demande quelle sera la réaction de la communauté des coureurs: «Vont-ils reconnaître ce record? On se situe dans une autre catégorie.»

«Je veux marquer l'histoire»

Les partisans valorisent l'ambition de casser des barrières. «S'ils réussissent, cela modifiera complètement l'approche mentale d'un marathon», observe l'Italien Renato Canova, coach de dizaines d'athlètes au Kenya.

En attendant, Eliud Kipchoge est très déterminé: «Je veux marquer l'histoire. Je suis 100 % confiant de pouvoir y parvenir», a-t-il dit mardi devant un tout petit parterre de journalistes. L'entreprise est entourée de secrets et de révélations savamment dosées, pour mieux faire monter la «mayonnaise». La course se déroulera à huis clos, hormis quelques «élus» choisis en collaboration avec le site airbnb, qui pourront dormir dans une yourte à proximité du parcours. (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion