Lavey-Morcles (VD) – Un mastodonte ira chercher la chaleur à deux kilomètres de profondeur
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Lavey-Morcles (VD)Un mastodonte ira chercher la chaleur à deux kilomètres de profondeur

Une foreuse de 89 tonnes a été acheminée depuis les Pays-Bas, à proximité des Bains de Lavey. Elle doit permettre de trouver de l’eau chaude à plus de 2 km de profondeur.

par
Fabrice Zwahlen
20 Min/François Melillo et Mediaprofil

Le projet de centrale géothermique de Lavey-Morcles est entré dans une phase concrète. Une foreuse gigantesque a été acheminée vendredi, dans le Chablais vaudois. Son poids (89 tonnes) conférera à la plateforme de forage, lorsque tous les raccordements seront effectués, des allures de mastodonte. Il aura fallu un poids lourd muni de neuf essieux pour déplacer ladite machine depuis les Pays-Bas. Reste à la rendre opérationnelle. Cela prendra plusieurs semaines.

«Le forage doit débuter lors de la troisième semaine de janvier et durera environ six mois», précise Jean-François Pilet, le directeur de la société AGEPP SA, en charge du projet. S’il s’agit là du premier projet de géothermie profonde de Suisse, la machine sera ensuite transportée sur La Côte pour un concept similaire prévu dans la commune vaudoise de Vinzel. Un troisième projet pourrait suivre dans le Jura, sur la commune de Haute-Sorne.

Sans équivalence en Suisse

À Lavey-Morcles, le forage permettra de capter de l’eau à 110 °C à 2,3 kilomètres de profondeur, pour un débit de 40 litres/seconde. La foreuse choisie, sans équivalence en Suisse, peut même atteindre 3000 mètres sous terre. Cette quantité d’eau permettra d’alimenter les Bains de Lavey et produira l’équivalent de la consommation électrique de 900 ménages par an.

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Le projet de géothermie thermale se développe sur une surface de 5000 m2, proche des Bains de Lavey.

Le projet de géothermie thermale se développe sur une surface de 5000 m2, proche des Bains de Lavey.

20 minutes/François Melillo
La foreuse est arrivée jeudi après-midi, directement depuis les Pays-Bas.

La foreuse est arrivée jeudi après-midi, directement depuis les Pays-Bas.

LDD
Déchargée sitôt son arrivée, la foreuse de 89 tonnes devrait être opérationnelle à la mi-janvier 2022.

Déchargée sitôt son arrivée, la foreuse de 89 tonnes devrait être opérationnelle à la mi-janvier 2022.

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À long terme, il est envisagé de valoriser la chaleur résiduelle pour d’autres utilisations (chauffage à distance, serres, piscicultures, etc). «Dès fin 2022, les Bains ne seront plus alimentés en eau chaude par les trois puits actuels qui seront conservés comme structures de secours, mais directement par la nouvelle construction. Il faudra ensuite attendre fin 2023 pour que l’installation génère de l’électricité (4,2 GWh par an)», confirme Jean-François Pilet.

Le coût actuel du projet se monte à quelque 40 millions de francs. Il bénéficie de deux subventions: l’une de l’Office fédéral de l’Énergie (pour env. 17 millions de francs), l’autre de l’État de Vaud (1,5 million de francs). Le solde est à la charge des partenaires du projet dont EOSH, CESLA, SI-REN, Romande Énergie, Holdigaz et les communes de Lavey-Morcles et de Saint-Maurice (VS).

«Il n’y a pas de risques sismiques»

Plusieurs projets de géothermie profonde ont dû être avortés par le passé. Les travaux de forage avaient la fâcheuse habitude de provoquer des tremblements de terre. À Bâle, ils ont été stoppés après une série de séismes – quatre en moins de deux mois – en 2006. Et c’est en 2009 que le Gouvernement bâlois a finalement décidé d’enterrer son projet. Même après l’arrêt des travaux, de nombreuses répliques ont été ressenties. En 2013, dans le canton de Saint-Gall, un forage a provoqué des problèmes identiques. Plus récemment, en 2020, c’est le canton du Jura qui faisait part de son inquiétude, concernant le projet de Haute-Sorne. Mais, pour ce qui est de Lavey, Jean-François Pilet est confiant: «il n’y a pas de risques sismiques particuliers de prévus.» La grande différence entre ce dernier projet et les antérieurs, c’est que la roche est cette fois déjà naturellement fracturée. Il n’est donc pas nécessaire de la fracturer artificiellement avec des injections d’eau, élément déclencheur de tremblements de terre. À noter que, début 2020, des chercheurs italiens ont réussi à creuser jusqu'à 3000 mètres sous terre, sans déclencher de tremblements de terre.

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