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Soirée libertine gay à Bruxelles «Ils ont demandé nos cartes d’identité mais nous ne portions pas de slip»

L’organisateur de la soirée libertine qui a entrainé la démission de l’eurodéputé Jozsef Szajer explique avoir l’habitude de convier des hommes à des «partouzes». Il ne savait pas que l’un de ses partenaires sexuels était une figure de proue ultra-conservatrice hongroise.

Pris en flagrant délit dans une partouze homosexuelle, Jozsef Szajer, figure de proue ultra-conservatrice, s’est résolu à donner sa démission.

Pris en flagrant délit dans une partouze homosexuelle, Jozsef Szajer, figure de proue ultra-conservatrice, s’est résolu à donner sa démission.

AFP

L’eurodéputé Jozsef Szajer, surpris dans une soirée libertine gay bruxelloise en plein confinement: la révélation a fait l’effet d’une bombe en Hongrie, où l’opposition et la presse dénoncent l’hypocrisie d’un pouvoir qui cible les LGBT.

La démission de ce pilier du parti majoritaire et ultra-conservateur Fidesz, annoncée le 29 novembre, noyée sous l’excuse d’« une charge mentale trop importante», pourrait en outre fragiliser la position de la Hongrie, au moment où elle est engagée dans un bras de fer avec l’Union européenne sur l’État de droit.

L’intéressé a admis mardi sa participation à une soirée clandestine à Bruxelles, décrite par des médias belges comme une «partouze» à laquelle participaient «vingt-cinq hommes dénudés» et «Covid-free» selon l’organisateur, en violation des règles sanitaires.

Surpris par l’arrivée de policiers appelés par des voisins, Jozsef Szajer avait tenté de prendre la fuite par la gouttière. Interpellé, il avait alors brandi son immunité parlementaire.

On parle un peu, on boit un peu, comme au café. Nous avons aussi des relations sexuelles.»

David Manzheley, organisateur de la partie fine.

Interviewé par 7/7, David Manzheley, l’organisateur de la soirée explique n’avoir à aucun moment soupçonné que l’un de ses invités faisait partie de la famille politique: «Un membre du Parlement européen? Je ne le savais pas. Je ne connais pas cet homme. Lors de mes fêtes, j'invite toujours quelques amis, qui à leur tour amènent des amis, et ensuite, nous nous amusons ensemble.»

Cet étudiant belge de 29 ans explique qu’il organise des orgies dans son appartement, situé au-dessus d’un bar, plusieurs fois par an. «On parle un peu, on boit un peu, comme au café. La seule différence est qu’entre-temps, nous avons aussi des relations sexuelles. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à cela. Nous sommes tous des adultes, tout se passe par consentement mutuel», continue-t-il.

Des infirmières parmi les invités

Bien qu’il sache que la soirée était illégale au regard des restrictions sanitaires en vigueur, le jeune homme répond qu’il «a fait preuve de prudence»: «J’ai invité dix amis et ils ont été autorisés à amener les leurs à une condition: tous devaient déjà avoir eu le coronavirus et ne devaient présenter aucun symptôme. J’avais confiance: je savais que mes amis ne mentiraient pas à ce sujet», continue celui qui assure avoir également invité «deux infirmières qui ne pensaient pas non plus que c’était dangereux.»

«Ils nous ont demandé nos cartes d’identité mais nous ne portions pas de slip.»

David Manzheley

Il explique également avoir été choqué de la manière dont a débarqué la police: «Tout à coup, des policiers se trouvaient dans mon salon. Ils nous ont demandé nos carte d’identité mais nous ne portions pas de slip. Comment pouvions-nous le faire?», tonne-t-il en accusant les forces de l’ordre d’avoir proféré des insultes homophobes. Il a d’ailleurs annoncé son intention de porter plainte.

Si cette mésaventure ne devrait pas avoir de conséquence sur le long terme du jeune bruxellois, elle aura coûté la carrière de son invité clandestin. Après un long silence, le Premier ministre souverainiste Viktor Orban a condamné mercredi soir un «acte inacceptable et indéfendable»: «Ce que notre représentant, Jozsef Szajer, a fait n’a pas sa place dans les valeurs de notre famille politique.»

Pendant que Jozsef Szajer prenait du bon temps dans un Bruxelles ouverts au LGBT, son parti rendait la vie impossible aux LGBT en Hongrie»

Szabolcs Panyi, journaliste.

Tout en se refusant à des jugements de valeur sur ce qui relève de la vie privée, le site internet indépendant Telex note que ce qui pose problème: «c’est le mensonge, la malhonnêteté». Le Fidesz, rappelle-t-il, «attaque les minorités sexuelles en Hongrie en disant protéger «la normalité».

«Pendant qu’il (Jozsef Szajer) prenait du bon temps dans un Bruxelles ouvert aux LGBT, son parti rendait la vie impossible aux LGBT en Hongrie en réécrivant le Constitution», remarquait sur Twitter Szabolcs Panyi, journaliste du média d’investigation Direkt36.

L’épouse du politicien barbu de 59 ans, Tunde Hando, est par ailleurs membre de la Cour constitutionnelle, après avoir dirigé l’Office national judiciaire de 2012 à 2019.

Juriste, M. Szajer aime se présenter comme un des auteurs de la Constitution hongroise adoptée en 2011, dans la foulée du retour au pouvoir de Viktor Orban.

Or ce texte comporte une clause définissant «l’institution du mariage comme l’union entre un homme et une femme», le gouvernement voulant défendre les «valeurs chrétiennes». Il souhaite maintenant inscrire que «la mère est une femme, le père est un homme», interdire l’adoption aux couples de même sexe et l’inscription du changement de sexe à l’état civil.

Drogue et non-respect des règles

La présence confirmée par le parquet de stupéfiants dans le sac à dos de Jozsef Szajer et le non-respect des mesures anti-Covid-19 bafouent aussi la morale prônée par Viktor Orban, s’indignait mercredi l’opposition.

«Pendant que les politiciens du Fidesz nous donnent des leçons sur le christianisme et la famille, ils mènent une vie totalement différente», a commenté l’ancien Premier ministre de gauche Ferenc Gyurcsany.

L’affaire rappelle celle du maire de Györ (ouest), l’un des poumons économiques de la Hongrie, emporté l’an dernier par un scandale lié à la publication de photos le montrant participant à une orgie sur un yacht.

Position du premier ministre affaiblie

Mais selon Telex, l’impact est là plus retentissant: «cette fois, ce n’est pas un élu local qui a été pris la main dans le sac, mais l’auteur numéro un de la loi fondamentale, le fondateur de Fidesz et le confident de Viktor Orban».

«La disparition de Jozsef Szajer», bon connaisseur des arcanes du Parlement européen où il siégeait depuis 2004, «va affaiblir la position de Viktor Orban», estime le politologue Zoltan Lakner, responsable de l’hebdomadaire Jelen.

Le Premier ministre a déjà vu partir ces derniers temps deux spécialistes des questions européennes, l’eurodéputé György Schöpflin et son proche conseiller Peter Gottfried.

Il ne pourra plus s’appuyer sur ces trois hommes «pour lui relayer les informations» bruxelloises, souligne l’analyste, ce qui pourrait lui manquer au prochain sommet européen.

Dans la tourmente d’une autre affaire

Les discussions s’annoncent tendues alors que Budapest, associé à Varsovie, a mis son veto au budget de l’UE et au plan de relance qui y est adossé pour dénoncer un nouveau mécanisme permettant de priver de fonds les pays qui ne respecteraient pas l’Etat de droit.

Autre dossier sensible pour Viktor Orban, Tamas Deutsch, eurodéputé du Fidesz, est dans la ligne de mire après avoir comparé l’attitude de l’Allemand Manfred Weber à celle d’un membre de la Gestapo. Trente parlementaires réclament son exclusion du Parti Populaire européen (PPE, droite).

«Qu’est-ce que le #Fidesz doit encore faire pour que vous tous vous rendiez compte qu’il ne peut tout simplement pas faire partie de notre famille», a lancé mercredi sur Twitter le président de cette formation, le Polonais Donald Tusk.

(szu/afp)

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