Actualisé 06.01.2016 à 12:18

VaudUn mensonge pour sauver une enquête

Le Ministère public et la police cantonale sont empêtrés dans une affaire désormais entre les mains du Tribunal fédéral. Explications.

par
Frédéric Nejad Toulami
photo: Kein Anbieter/DR

L'imbroglio prend racine dans un fait divers qui a débuté l'été dernier. Un magistrat vaudois a ordonné à la police l'interpellation d'un individu le 1er juillet 2015. L'opération, confiée au Détachement d'action rapide et de dissuasion (DARD), a été menée vers midi en pleine rue à Chavan­nes-près-Renens.

Extrait manu militari de sa voiture, aveuglé, menotté et emmené au centre de police de la Blécherette, le Macédonien d'origine albanaise sera libéré quelques heures plus tard avec des excuses: il s'agissait d'une «erreur». Mais ni le procureur ni les forces de l'ordre n'avaient alors prévu que l'individu se répandrait dans des médias pour crier à la bavure le lendemain.

«20 minutes» est en mesure de révéler que ce trentenaire n'est pas au-dessus de tout soupçon. Il était sur écoute ­téléphonique depuis des semaines, comme d'autres individus, dans le cadre d'une vaste instruction pénale portant sur un gros trafic de drogue. Son arrestation n'avait cependant pas permis d'obtenir des preuves à charge contre lui.

Contraint de le relâcher, les enquêteurs et le procureur ont alors élaboré une «stratégie de communication vis-à-vis des médias», avec l'accord du procureur général, comme l'atteste un document de la Chambre de recours pénale. Pour éviter de déflorer la vaste enquête en cours, la police a prétendu que la bavure était due à la voiture utilisée par le Macédonien, identique à celle recherchée dans une autre grave affaire judiciaire.

Devant ce mensonge, le conducteur a exigé la récusation du procureur pour procédé déloyal. Elle a été refusée par le Tribunal cantonal en novembre 2015. Le dossier est désormais au Tribunal fédéral.

Mis sur écoute dans le cadre d'un important trafic de drogue

L'avocat du trentenaire interpellé par la force a déposé une plainte, le 15 juillet 2015, contre le DARD ainsi que contre le porte-parole de la police (lire l'encadré ci-dessous). Celui-ci avait dévoilé aux médias le passé judiciaire chargé du Macédonien pour justifier son arrestation. Le 20 octobre dernier, l'individu a été auditionné comme prévenu par la police, qui lui a annoncé qu'un de ses téléphones avait été placé sur écoute dans le cadre d'une enquête sur un trafic de drogue. Il a décidé de retirer sa plainte contre le DARD le 6 novembre.

Le proc' se récuse

Lors de son audition, le 27 octobre, le porte-parole de la police Jean-Christophe Sauterel a déclaré qu'il avait dévoilé le passé judiciaire du Macédonien avec l'aval du procureur responsable de l'arrestation. Cela lui a valu une plainte pour diffamation et violation du secret de fonction, instruite par le procureur Christian Buffat, qui a fini par se récuser. Il précise: «J'ai préféré me dessaisir du dossier, qui est désormais entre les mains du procureur général adjoint.» Sinon, Christian Buffat aurait dû enquêter sur les méthodes de son collègue magistrat qui travaille au Ministère public. Christian Buffat n'a pas reçu la permission de sa hiérarchie, lundi, pour s'exprimer sur ce dossier. Rien n'a filtré non plus de la police cantonale, malgré nos sollicitations. Nous souhaitions par exemple connaître les résultats de l'enquête interne que le commandant, Jacques Antenen, a ordonné en juillet 2015 après que l'affaire de l'arrestation avait été dévoilée dans la presse. "No comment!"

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