Actualisé

Etats-UnisUn meurtre «ciblé pour les réseaux sociaux»

L'homme qui a abattu en direct deux journalistes aux États-Unis a ouvert un chapitre inédit dans l'usage des réseaux sociaux, en se mettant seul en scène dans des vidéos.

1 / 20
16.09 Vicki Gardner, qui était interviewée quand Vester Lee Flanagan a ouvert le feu, s'est confiée publiquement pour la première fois après la tuerie survenue le 26 août. Elle était sûre de perdre la vie.

16.09 Vicki Gardner, qui était interviewée quand Vester Lee Flanagan a ouvert le feu, s'est confiée publiquement pour la première fois après la tuerie survenue le 26 août. Elle était sûre de perdre la vie.

Facebook
31.08 Selon les adeptes des théories du complot, la fusillade n'était qu'une mise en scène visant à durcir la loi sur les armes. Et le petit ami et le père d'Alison Parker ne sont que des comédiens payés pour rendre le drame crédible.

31.08 Selon les adeptes des théories du complot, la fusillade n'était qu'une mise en scène visant à durcir la loi sur les armes. Et le petit ami et le père d'Alison Parker ne sont que des comédiens payés pour rendre le drame crédible.

Twitter
29.08 L'homme, qui a tué deux journalistes en direct à la télévision mercredi aux Etats-Unis, avait l'intention de commettre d'autres actes de violence, a indiqué vendredi le gouverneur de Virginie.

29.08 L'homme, qui a tué deux journalistes en direct à la télévision mercredi aux Etats-Unis, avait l'intention de commettre d'autres actes de violence, a indiqué vendredi le gouverneur de Virginie.

Peu après les faits mercredi soir, des images apparemment filmées par l'homme, qui a tué deux reporters en plein direct mercredi matin en Virginie, ont été publiées sur des comptes Facebook et Twitter au nom de Bryce Williams, le pseudonyme sous lequel le tireur exerçait comme journaliste. On y voit la caméra s'approcher des deux reporters en train de faire leur interview sans se rendre compte de rien. Une main brandissant une arme apparaît dans le cadre. Le tireur semble ensuite attendre, comme pour être sûr que l'interview est bien diffusée en direct, puis la main tenant l'arme est relevée et pointée vers la journaliste, Alison Parker. On entend des coups de feu et des cris, la caméra tombe ou est abaissée, puis c'est l'écran noir.

Dans une série de tweets publiés juste après l'attaque sur le même compte, le suspect a aussi tenté d'expliquer son geste, notamment en invoquant des propos racistes d'Alison Parker. La police annoncera plus tard qu'il s'est suicidé.

Visualisation involontaire de vidéos choc

Pour Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies Associates, «on dirait que nous tournons une nouvelle page dans l'ère Internet». «Ce n'est pas entièrement nouveau, parce que des organisations comme ISIS (NDLR: l'État islamique) font depuis un moment des vidéos d'exécutions», reconnaît-il. «Mais c'est la première fois que c'est fait par un indépendant, une personne sans affiliation particulière» à une organisation criminelle ou terroriste. «C'était un meurtre ciblé pour les réseaux sociaux, un meurtre du XXIe siècle prévu pour avoir des témoins», a renchéri le journaliste David Folkenflik sur le site de la National Public Radio (NPR).

Il dit lui-même s'être retrouvé spectateur «de manière inattendue», en raison d'une fonctionnalité qui chez beaucoup d'utilisateurs lance la lecture automatique des vidéos intégrées à des tweets, et qui a donc amplifié l'audience des images de la tuerie. Résultat: «Le public, s'il est sur Facebook ou sur Twitter, sera obligé de voir des vidéos dérangeantes comme cela», et des copies pourront toujours être faites et rediffusées sur des parties plus ou moins obscures de la Toile, prévient l'analyste.

La face sombre du «journalisme citoyen»

En publiant les images de ses propres actes, le tireur de Virginie illustre aussi le côté sombre du «journalisme citoyen» que les réseaux sociaux ont encouragé depuis les révolutions arabes. Des applications comme Meerkat ou Periscope, permettant de diffuser des vidéos en direct depuis un smartphone, ont récemment étendu le champ des possibles de ces journalistes citoyens.

«Quand des gens voient la police au Caire faire du mal à des manifestants, on veut que ces vidéos citoyennes qui enregistrent les mauvaises actions, obligent à endosser la responsabilité», note Roger Kay. Mais avec l'attaque de mercredi, «ce n'est plus juste enregistrer quelque chose qui est en train de se passer, c'est être un agresseur et créer une sorte de "performance artistique".»

Ce qui pose ensuite aux médias la question de diffuser ou pas les images, filmées par le tueur lui-même ou capturées en direct à l'antenne par la caméra du journaliste assassiné. «Quelle est la différence entre ce type qui publie ça sur Twitter et Facebook, et Yahoo qui prend les images télévisées et les met sur sa Une? Le même sensationnalisme opère dans les deux cas», note Roger Kay. (afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!