Corruption en Inde: Un militant en grève de la faim crée l'émotion
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Corruption en IndeUn militant en grève de la faim crée l'émotion

Un militant de 73 ans ayant entamé une grève de la faim jusqu'à ce que le gouvernement durcisse la législation contre la corruption voyait affluer jeudi des centaines de soutiens.

Un militant indien de 73 ans, Anna Hazare, a entamé mardi une grève de la faim illimitée à New Delhi et son action a attiré l'attention des médias et de l'opinion dans un contexte où le gouvernement est empêtré depuis des mois dans des scandales de pots-de-vin.

Son recours à une méthode de contestation pacifique utilisée par Gandhi et sa vague ressemblance avec le père de l'indépendance indienne lui-même -- petites lunettes rondes, tunique immaculée -- ont aidé à galvaniser le public.

Soutiens sur Facebook

Une campagne de soutien sur Facebook avait réuni jeudi soir plus de 10.000 sympathisants de ce militant qui campe nuit et jour sur un matelas dans un parc du centre de la capitale.

Une foule hétéroclite composée d'écoliers, de retraités et de passants, s'est relayée jeudi dans le parc où s'est installé M. Hazare, un lieu historique abritant des instruments d'astronomie.

«Ma santé me permet de jeûner pendant sept jours mais je continuerai ma grève de la faim jusqu'à ce que le gouvernement accepte notre demande», a déclaré jeudi à la presse M. Hazare.

Société civile

M. Hazare voudrait que des membres de la société civile siègent à un comité planchant sur un projet de loi visant à durcir la lutte contre la corruption en permettant que les citoyens puissent déposer des plaintes individuelles contre le Premier ministre et les membres de son gouvernement.

Cet ancien soldat à la longue carrière militante a enregistré sa première victoire mercredi: le ministre de l'Agriculture Sharad Pawar, soupçonné de corruption par M. Hazare, a démissionné du comité.

Fidèle de Gandhi

Le projet de loi sur la corruption a été présenté huit fois au parlement, selon le groupe de réflexion politique PRS Legislative Research mais il n'a jamais été adopté. Il devrait repasser devant le parlement cette année.

«Nous devons envoyer ces voleurs (en référence aux ministres) en prison, et si besoin, les pendre !» a lancé Hazare à la foule.

«Les gens me disent souvent la chose suivante: Vous êtes un fidèle de Gandhi et vous demandez que les ministres soient pendus. Je leur réponds que parfois, on a besoin de recourir à la violence», a-t-il assuré.

Parallèle avec la Tunisie

Certains médias n'hésitaient pas à comparer son action avec les récents soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte.

«Alors, Jantar Matar (le lieu où s'est installé Hazare, ndlr) est-elle la nouvelle place Tahrir», s'interrogeait le magazine Tehelka sur son compte Twitter en référence à la place du Caire devenue le symbole de la lutte contre le régime du président égyptien Hosni Moubarak.

Le gouvernement du Premier ministre Manmohan Singh est depuis des mois sous le feu des critiques après la révélation de plusieurs scandales, notamment concernant la vente présumée frauduleuse de licences de téléphonie mobile organisée par son ministre des Télécommunications.

Celle-ci aurait spolié le pays de jusqu'à 40 milliards de dollars.

Le mois dernier, des télégrammes diplomatiques américains divulgués par WikiLeaks suggéraient que le gouvernement avait soudoyé des parlementaires lors d'un vote de confiance crucial en 2008. (afp)

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