Grève en France: Un millier de tracteurs sème la pagaille à Paris
Actualisé

Grève en FranceUn millier de tracteurs sème la pagaille à Paris

En colère, les producteurs français de céréales ont envahi la capitale, provoquant le chaos sur les routes.

Environ 1300 tracteurs, venus principalement des plaines fertiles entourant la région parisienne, sont arrivés en fin de matinée en convoi dans l'est de Paris, provoquant de fortes perturbations sur le réseau routier de l'Île-de-France. En effet, pas moins de 41 km de bouchons ont été recensés sur les voie rapides de la capitale.

10 000 «agriculteurs en colère»

Arborant des panneaux «Détresse agricole», «agriculteurs en colère», la manifestation a regroupé 10 000 agriculteurs au total, selon un syndicat.

«On est dans une situation dramatique où les cours ne remontent pas et où de nouvelles charges franco-françaises s'accumulent, la situation devient intenable», affirme Christophe Derycke, venu de l'est de la région parisienne.

L'an dernier, la filière a vu ses revenus baisser de 51% dans le sillage des cours des céréales (-24%) après cependant une flambée spectaculaire en 2007 et 2008. Du fait de la reconstitution des stocks mondiaux, la tonne de blé avoisine les 110 euros contre près de 200 euros en moyenne en 2008, ce qui selon les agriculteurs suffit à peine à couvrir les coûts de production.

La France, second exportateur de céréales au monde derrière les Etats-Unis, est de loin le premier producteur européen. Sur les 320 000 exploitations professionnelles agricoles, une sur quatre est spécialisée en grandes cultures (céréales, colza, tournesol, betterave, etc).

Comme les producteurs laitiers

La baisse de la rémunération des céréaliers est similaire à celle des producteurs laitiers qui ont manifesté régulièrement ces derniers mois.

Leur situation est cependant très différente et les éleveurs n'éprouvent guère de solidarité pour ceux qui, à la tête de grandes exploitations à la pointe de la technologie, ont longtemps roulé sur l'or en bénéficiant largement d'aides européennes attribuées à l'hectare.

De fait, les céréaliers sont inquiets de l'évolution de la PAC, dont la France est la première bénéficiaire (recevant plus de 20% des aides à elle seule) et qui leur a été jusqu'à présent très favorable.

La PAC va être réformée en 2013 et l'an dernier, à l'occasion d'une réforme intermédiaire («le bilan de santé»), la France a décidé d'un premier recul des aides distribuées aux céréaliers au profit des secteurs plus défavorisés, comme les éleveurs et les agriculteurs des zones de montagne.

«Cette redistribution des aides a été décidée lorsque les prix étaient hauts, sauf qu'aujourd'hui, les prix n'ont jamais été aussi bas depuis 20 ans», conteste Damien Greffin du syndicat des Jeunes Agriculteurs, les plus virulents parce qu'ils ont contracté d'importants emprunts pour s'installer.

Ils réclament au gouvernement des «mesures immédiates», comme des aides à l'exportation, pour écouler une partie de leur production avant la prochaine récolte ou des allègements de charges environnementales, sociales et fiscales.

«Un nouveau monde agricole»

Reconnaissant une situation «terriblement difficile», le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a estimé qu'on était entré «dans un nouveau monde agricole» où les prix ne sont plus garantis mais soumis aux variations des marchés mondiaux contre lesquelles il faudra une «régulation très forte».

Dans l'immédiat, M. Le Maire demande que la Commission européenne intervienne davantage sur les marchés pour réduire les stocks de céréales et faire remonter les prix dans ce secteur «stratégique».

Vidéos des tracteurs dans la ville de Paris:

(afp)

Ton opinion