Actualisé 27.11.2009 à 19:51

Bavure en AfghanistanUn ministre allemand démissionne

Le ministre allemand du Travail, Franz Josef Jung, titulaire de la Défense jusqu'en octobre, a annoncé vendredi sa démission, conséquence d'une frappe meurtrière controversée en Afghanistan.

Le chef d'état-major, le général Wolfgang Schneiderhan, et le secrétaire d'Etat à la Défense, Peter Wichert, avaient déjà démissionné jeudi après des révélations concernant la dissimulation d'informations relatives à une enquête interne sur la frappe aérienne du 4 septembre, qui aurait fait jusqu'à 142 morts selon l'Otan, dont des civils.

Mais M. Jung avait exclu d'en faire autant jeudi soir devant les députés du Bundestag, qui exercent un contrôle très important sur une armée, dont ni la chancelière ni le président ne sont le chef.

Vendredi toutefois, face à une salves de critiques, le ministre, un membre du parti chrétien-démocrate CDU de la chancelière Angela Merkel, a jeté l'éponge.

«Ce matin, j'ai informé la chancelière que je lui remettais mon poste de ministre du Travail», a déclaré M. Jung, 60 ans, lors d'une brève déclaration à la presse.

«J'assume ainsi la responsabilité pour la politique d'information du ministère de la Défense», a-t-il ajouté, réaffirmant: «J'ai informé correctement le public et le parlement de ce que je savais».

Jeudi, il avait admis ne pas avoir eu connaissance «en détail» d'un rapport interne de la Bundeswehr, datant du 5 ou 6 octobre, qui a été transmis à l'Otan mais qui aurait été occulté par la direction du ministère.

Son successeur, Karl-Theodor zu Guttenberg, a expliqué vendredi avoir demandé la démission du chef d'Etat-major et du secrétaire d'Etat parce qu'ils ne l'avaient pas immédiatement mis au courant de la situation lors de sa prise de fonction le mois dernier, après les législatives de septembre.

Le ministère de la Défense a reconnu que «plusieurs» documents internes n'avaient pas été communiqués au nouveau ministre.

Le porte-parole de Mme Merkel, Ulrich Wilhelm, a admis que la chancelière avait été «ébranlée» par les récentes révélations.

La chancelière a annoncé dans l'après-midi la nomination de la très populaire ministre de la Famille Ursula von der Leyen au ministère du Travail, et son rempalcement par la députée chrétienne-démocrate Kristina Köhler.

Plusieurs journaux avaient appelé à la démission de M. Jung, dont le quotidien populaire Bild qui fait éclater l'affaire jeudi.

Le quotidien économique Financial Times Deutschland a publié vendredi un éditorial lapidaire de cinq lignes.

M. Jung «a failli dans son rôle de ministre de la Défense et doit démissionner de son poste de ministre du Travail. Pour le cabinet ce ne sera pas une grande perte. Il n'y a rien d'autre à ajouter», selon l'éditorial dont le restant de la colonne restait en blanc.

La démission du ministre intervient quatre semaines après la prestation de serment du nouveau gouvernement, alors le parlement vient d'entamer un débat sur le prolongement du déploiement en Afghanistan, une mission très impopulaire.

L'opposition s'est félicitée du départ de M. Jung, mais a appelé à une enquête parlementaire sur cette affaire.

La frappe, qui a donné lieu à au moins quatre enquêtes différentes, dont une de l'Otan et une du parquet allemand, a été ordonnée par le commandant militaire allemand en Afghanistan après le vol par les talibans de deux camions-citernes remplis d'essence.

Le commandant allemand à l'époque en poste à Kunduz, le colonel Georg Klein, n'aurait pas respecté les règles d'engagement de l'Otan selon lesquelles une frappe aérienne ne doit pas risquer de toucher des civils.

Dans un premier temps, le ministère allemand de la Défense avait affirmé que la frappe n'avait tué que des talibans, avant de reconnaître quelques jours plus tard que des civils avaient peut-être péri.

(afp)

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