Crise en Libye: Un ministre libyen en fuite en Tunisie?
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Crise en LibyeUn ministre libyen en fuite en Tunisie?

Le ministre libyen des Affaires étrangères se trouvait lundi après-midi à Tunis. S'agit-il d'une fuite, comme le laisse entendre certains médias arabes?

Le ministre libyen des Affaires étrangères Moussa Koussa aurait-il fui le pays, comme le laisse entendre la télévision Al-Jazeera? L'homme est en effet arrivé lundi après-midi à Tunis pour «une visite privée» lors de laquelle il ne devait avoir aucune contact avec les autorités libyennes, a rapporté l'agence officielle tunisienne TAP.

«Moussa Koussa est entré sur le territoire tunisien pour une visite privée au cours de laquelle il n'aura aucun contact avec le gouvernement provisoire tunisien», a déclaré une source au ministère tunisien des Affaires étrangères cité par l'agence.

Pas interdit de voyage

Selon TAP, le chef de la diplomatie libyenne «ne figure pas sur la liste des personnes libyennes interdites de voyager», conformément à la résolution du Conseil de l'ONU.

Depuis le début de la contestation contre le régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, deux ministres ont fait défection: celui de la Justice Moustapha Abdeljalil, désormais chef du Conseil national de transition (CNT) organe représentatif des rebelles, et le ministre de l'Intérieur, le général Abdel Fattah Younis, qui a pris en charge le commandement des insurgés à Benghazi (est).

Chef des services de renseignement depuis 1994, Moussa Koussa, 59 ans, est l'homme fort des comités révolutionnaires, colonne dorsale du régime libyen, et l'un des hommes de confiance de Mouammar Kadhafi.

Par ailleurs, sur le plan humanitaire, 1680 Libyens fuyant les violences qui secouent la Libye depuis le 15 février sont entrés en Tunisie lundi, selon l'agence tunisienne.

Au poste-frontière de Ras Jedir, des dizaines de familles libyennes ont afflué, à bord de voitures chargées de meubles et d'effets personnels.

Une «offensive barbare»

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a exhorté mardi la coalition internationale à cesser les frappes contre ses forces qui bloquent l'avancée des rebelles à 60 km à l'est de Syrte, avant une réunion à Londres du groupe de contact sur la Libye.

Une quarantaine de pays et d'organisations régionales sont attendus mardi dans la capitale britannique pour la première réunion du «groupe de contact» sur la Libye, chargé du «pilotage politique» de l'opération internationale dont le volet militaire est désormais sous commandement de l'Otan, et de la préparation de l'«après-Kadhafi».

«Comme Hitler»

«Stoppez votre offensive barbare et injuste contre la Libye», dit le dirigeant libyen dans un message publié par l'agence officielle Jana.

«Laissez la Libye aux Libyens, vous êtes en train de vous livrer à une opération d'extermination d'un peuple en sécurité et de détruire un pays en développement», a ajouté le dirigeant libyen.

Et de poursuivre : «Vous ne réalisez pas en Europe et aux Etats-unis que cette opération militaire barbare et maléfique ressemble aux campagnes de Hitler alors qu'il envahissait l'Europe et bombardait la Grande Bretagne».

Le régime du colonel Kadhafi est confronté depuis le 15 février à une révolte populaire. Une intervention de la coalition internationale, autorisée le 17 mars par le Conseil de sécurité de l'ONU pour protéger les civils de la répression et dont l'Otan prend le commandement, a débuté le 19 mars.

Les frappes aériennes sur des objectifs militaires du colonel Kadhafi ont arrêté son offensive contre Benghazi, bastion des rebelles dans l'est, puis ont permis aux insurgés d'avancer rapidement et de reprendre villes et terminaux pétroliers de l'Est. Ces frappes ont été aussi menées en différents points du pays, notamment dans la banlieue de Tripoli.

Frappes aériennes

La coalition internationale, dont les opérations seront désormais commandées par l'Otan, a poursuivi ses frappes lundi soir, menant des raids sur des positions des forces loyalistes dans les régions de Mezda (centre), Gharyan et Sorman (ouest), ainsi que sur Tajoura, près de Tripoli, selon différentes sources.

Gharyan et Mezda représentent, selon la rébellion, les bases arrières des forces de Kadhafi dans leurs offensives contre les villes de la région d'Al-Jabal Al-Gharbi (ouest), dont Zenten et Yefren, contrôlées par les insurgés.

La coalition a par ailleurs bombardé Sebha (750 km au sud de Tripoli), fief de la tribu des Kadhadfa dont fait partie le colonel Kadhafi, «faisant plusieurs victimes», a indiqué l'agence officielle libyenne Jana.

Abris à munitions visés

Un porte-parole de l'armée britannique a confirmé qu'un raid avait visé «des abris à munitions destinés à fournir les troupes gouvernementales menant des offensives contre les civils dans le nord du pays, dont Misrata».

Au sol, l'avancée des rebelles a été stoppée cependant lundi par les forces de Mouammar Kadhafi à quelques dizaines de kilomètres à l'est de Syrte, sa ville natale.

Les rebelles, qui s'étaient emparés dimanche de Ben Jawad, 140 km à l'est de Syrte, après avoir repris la ville clé d'Ajdabiya, puis le site pétrolier de Ras Lanouf, n'ont progressé lundi que de quelques dizaines de kilomètres.

Bloqués toute la matinée à la sortie de Ben Jawad par les forces gouvernementales, ils ont ensuite repris leur avancée, avant d'être pris pour cible dans un village à une soixantaine de km à l'est de Syrte, ville côtière de 120.000 habitants à 360 km à l'est de Tripoli, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans un discours télévisé le président américain, Barack Obama, a justifié lundi soir sa décision d'intervenir en Libye, affirmant qu'elle avait «empêché un massacre», et affirmant le droit des Etats-Unis à agir «quand leurs intérêts et leurs valeurs sont menacés».

Il a cependant déclaré qu'il n'était pas question d'outrepasser le mandat de l'ONU pour chercher à renverser le dirigeant libyen par la force même s'il «ne fait aucun doute que la Libye et le monde se porteraient mieux si Kadhafi n'était plus au pouvoir».

Toutes les opérations militaires devraient passer mercredi sous la direction effective de l'Otan, dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Sarkozy et Cameron

«Kadhafi doit partir immédiatement», ont estimé le président français, Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre britannique, David Cameron, appelant dans une déclaration conjointe le Conseil national de transition (CNT), représentant des rebelles, à «instaurer un dialogue politique national» afin d'«organiser la transition».

M. Cameron a notamment dit qu'il espérait que la réunion de mardi «renforcerait et élargirait la coalition» internationale et que les dirigeants «discuteraient de la fourniture d'une aide humanitaire d'urgence» et «appelleraient à un processus politique qui permette au peuple libyen de décider de son avenir».

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a offert sa médiation entre le dirigeant libyen et la rébellion afin d'éviter que le pays ne se transforme en un «nouvel Irak ou Afghanistan».

Ankara prévoit de se charger de la gestion de l'aéroport de Benghazi, aux mains des insurgés, pour faciliter le transport de l'aide humanitaire.

Quelque 336.658 personnes, notamment des étrangers, ont fui la Libye depuis le début de l'insurrection mi-février et environ 9.000 de ces déplacés sont bloqués aux frontières avec l'Egypte et la Tunisie, selon l'ONU.

La nouvelle sur Al-Jazeera

Des insurgés pris par les forces pro-Kadhafi

TSR, 28 mars

(afp)

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