Australie: Un ministre soupçonné de passe-droits

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AustralieUn ministre soupçonné de passe-droits

Un scandale de visas de jeunes filles au pair frappe un ministre artisan de la tolérance zéro envers les clandestins.

Image d'archive de Peter Dutton.

Image d'archive de Peter Dutton.

AFP

Le ministre australien de l'Intérieur était sur la sellette vendredi. Celui qui est aussi un des artisans de la politique d'immigration draconienne du pays serait personnellement intervenu pour venir en aide à des jeunes filles au pair dont le visa avait été annulé.

Peter Dutton, qui est aussi le principal architecte d'un putsch interne au parti conservateur qui vient d'avoir raison de l'ex-Premier ministre Malcolm Turnbull, nie farouchement tout agissement répréhensible. Mais il n'a pas réussi à apaiser le scandale. Une commission sénatoriale doit enquêter sur l'affaire la semaine prochaine à la demande de l'opposition.

Famille donatrice

Dans le premier cas, M. Dutton, qui était alors ministre de l'Immigration, a usé de ses pouvoirs discrétionnaires en novembre 2015 pour faire libérer une Française en détention et lui permettre de rester en Australie. Selon des documents obtenus par la chaîne publique ABC et d'autres médias australiens, le ministre répondait à une demande d'intervention du patron de la Ligue australienne de football Gillon McLachlan.

La jeune femme avait l'intention de travailler comme baby-sitter pour un proche de M. McLachlan mais n'avait pas les papiers pour ce faire à son arrivée en Australie. ABC et d'autres médias soulignent que M. Dutton est ainsi venu en aide à une famille aisée, qui était en outre une importante donatrice pour son Parti libéral (conservateur). L'opposition travailliste exige de savoir si les dons de cette famille ont influencé l'intervention de M. Dutton.

Collègue policier

La seconde affaire concerne une jeune fille au pair italienne arrêtée en 2015 à l'aéroport de Brisbane car les autorités la soupçonnaient de vouloir travailler comme baby-sitter en violation de son visa touristique. M. Dutton était alors intervenu en faveur de la jeune femme. Cette décision profitait à la famille d'un collègue avec lequel il avait travaillé à l'époque où il était policier.

L'opposition ne manque pas de comparer cette apparente clémence avec la politique d'immigration extrêmement dure des autorités australiennes.

L'Australie refoule systématiquement les bateaux de clandestins. Ceux qui parvenaient quand même à passer à travers les mailles du filet sont exilés dans des camps de rétention reculés du Pacifique. Même si leur demande d'asile est jugée fondée, ils ne sont pas acceptés sur le sol australien.

«Bon sens»

Le ministre de l'Intérieur s'est défendu vendredi en parlant de décisions de «bon sens». «J'ai pris une décision dont je pensais qu'elle était la meilleure pour les intérêts du pays. Je le fais chaque jour avec les visas», a-t-il déclaré à la radio 2GB.

«J'examine les cas au mérite. Toutes les suggestions selon lesquelles les affaires sont tranchées sur la base de critères différents, y compris le fait que je connaissais les personnes, sont ridicules», a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le ministre archi conservateur avait mené en coulisse la semaine dernière la rébellion contre M. Turnbull mais a perdu le vote interne du parti au profit de Scott Morrison. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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