France: Un mois après la loi, le mariage homo s'installe
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FranceUn mois après la loi, le mariage homo s'installe

Depuis le premier mariage homosexuel en France, il y a un mois, des dizaines ont suivi. Certains médiatisés, d'autre pas mais globalement tout s'est déroulé dans un climat apaisé.

Jean-Michel et Guy vont porter plainte après le refus du maire d'Arcangues de les marier.

Jean-Michel et Guy vont porter plainte après le refus du maire d'Arcangues de les marier.

Impossible pour l'instant d'établir un bilan chiffré des mariages puisque aucune statistique n'existe, mais les partisans de la loi sont satisfaits de la façon dont se sont déroulés les premières célébrations après les tensions des derniers mois autour de la loi.

«Il y a clairement eu un appel d'air important: des centaines de couples attendaient cela depuis des années et avaient préparé leur dossier depuis plusieurs semaines», affirme Nicolas Gougain, porte-parole de l'association gay et lesbienne inter-LGBT.

Selon lui, dans les grandes villes, entre 80 et 100 dossiers ont été retirés dans les dix jours qui ont suivi le vote de la loi. A Paris, plus de 170 dossiers ont été retirés et 30 unions célébrées, selon la mairie.

«Mais surtout, alors que les opposants évoquaient des milliers de maires opposés à la loi, au final les récalcitrants sont extrêmement minoritaires», ajoute M. Gougain.

Arcangues fait de la résistance

Jusqu'ici le seul réel point de blocage est au Pays basque, à Arcangues (sud-ouest), commune de 3.000 habitants, où le maire refuse de marier un couple d'hommes qui a décidé mercredi de porter plainte.

D'autres maires opposés à la loi ont choisi de déléguer leur pouvoir pour que les mariages puissent avoir lieu, comme à Orange (sud).

Dans cette ville dirigée par Jacques Bompard, un ancien membre du parti d'extrême droite Front national, fervent opposant à la loi Taubira, deux femmes se sont mariées en présence de leur fille. «Il n'était pas question que je célèbre ce mariage, par conviction, aussi c'est un adjoint qui a accepté de le faire», a expliqué le maire à l'AFP.

Loin des caméras, beaucoup ont opté pour un mariage discret. Ainsi, les premiers mariés à Paris, qui tenaient à leur intimité, ont dû décaler d'une journée la cérémonie, la date ayant «fuité» auprès des médias. De nombreuses mairies font ainsi état de couples demandant la confidentialité.

Quelques élus ont décidé aussi de sauter le pas: à la Fosse-de-Tigné (ouest) le maire gay a annoncé qu'il allait se marier en octobre. A Paris, Christophe Girard, le maire du IVe arrondissement a déjà dit «oui».

Objectif: l'adoption

Mais au-delà du mariage, certains couples homosexuels n'y voient qu'un passage obligé en vue d'un projet d'adoption de l'enfant du conjoint, destiné à «protéger leur famille face aux aléas de la vie», selon des témoignages recueillis par l'AFP.

De nombreux pays refusent les adoptions par des couples de même sexe, le dernier en date étant la Russie qui est en train d'inscrire cette interdiction dans la loi. Mais nombre de couples homosexuels élèvent déjà un enfant ensemble et sont impatients de régulariser leur situation.

Charlotte, une infirmière de 37 ans, et sa compagne Hélène, 35 ans, illustratrice, vont se marier début juillet à Marseille (sud). «Nous sommes en couple depuis sept ans et avons une petite fille de deux mois, conçue par insémination artisanale avec un ami», explique Charlotte.

C'est sa compagne qui a porté l'enfant. «C'est pour ça qu'on se marie, pour que je puisse adopter ma fille», dit-elle. Ce sera «une reconnaissance de notre famille, et une protection face aux aléas de la vie», comme une séparation difficile ou un décès.

Pour adopter l'enfant du conjoint, pas besoin d'agrément. «Il faut déposer une requête devant le Tribunal de Grande Instance, justifier du mariage, invoquer les textes applicables, montrer que le parent qui veut adopter éduque l'enfant au quotidien», détaille l'avocate Caroline Mecary, spécialisée dans les affaires familiales, «La requête est transmise au parquet, qui peut ordonner une enquête». Puis le parquet donne un avis, et ce sera au juge de trancher. (afp)

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