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ItalieUn monstre de la politique italienne est décédé

Giulio Andreotti, sept fois président du Conseil et figure emblématique de l'ex-Démocratie chrétienne, est décédé lundi à l'âge de 94 ans, ont annoncé les médias italiens.

Giulio Andreotti a marqué la vie politique transalpine.

Giulio Andreotti a marqué la vie politique transalpine.

M. Andreotti, l'un des piliers de la politique italienne de l'après-guerre, né le 14 janvier 1919 à Rome, avait eu ces derniers temps des ennuis de santé et a dû être hospitalisé en août 2012 pendant plusieurs jours pour une arythmie cardiaque. M. Andreotti est mort aux alentours de 12h00 à son domicile de Rome, selon les médias.

Giulio Andreotti était sénateur à vie depuis de longues années, participant régulièrement aux travaux de la Chambre haute du Parlement italien. Son absence ces derniers mois, à des moments cruciaux de la vie politique italienne comme l'élection du président de la République ou le vote de confiance au nouveau gouvernement, avait été notée par tous les observateurs et interprétée comme un signe de la dégradation de son état de santé.

Sens de l'ironie

Responsable de la défunte Démocratie chrétienne, emportée par les scandales de corruption dans les années 1990, Giulio Andreotti se distinguait aussi bien par son allure voûtée que par son sens de l'ironie.

Entré pour la première fois au gouvernement à l'âge de 28 ans, Giulio Andreotti a constamment divisé l'opinion publique italienne jusqu'aux accusations de collusion avec la mafia portées à son encontre à la fin des années 1990. Il a par la suite été acquitté.

Pilier de la politique pendant plus de 60 ans

Giulio Andreotti a été l'un des piliers et symboles de la vie politique de la Péninsule italique pendant plus de 60 ans. Cette figure marquante de la Démocratie chrétienne a été intransigeante face aux Brigades rouges lors de l'enlèvement d'Aldo Moro en 1978.

Andreotti était entré au Parlement en 1946, à l'occasion de l'Assemblée constituante, pour ne plus jamais le quitter. Sept fois président du Conseil entre 1972 et 1992 et 21 fois ministre, Giulio Andreotti, sénateur à vie depuis 1991, a été durant des décennies l'homme politique le plus puissant d'Italie.

Il a aussi accumulé les surnoms: «l'inoxydable» en raison de sa longévité politique, mais aussi le pape noir, Belzébuth, le divin Giulio ou le Richelieu italien, en raison de son goût pour le secret et de son esprit retors.

Petit, portant des lunettes aux grosses montures carrées, doté d'un physique ingrat et devenu bossu avec l'âge, sa redoutable ironie lui a permis de traverser l'épreuve de deux procès retentissants pour collusion supposée avec la mafia.

Proche du Vatican

Accusé d'avoir commandité à la mafia en 1979 le meurtre du trop curieux journaliste Mino Pecorelli, il est condamné après de longues années de procédure à 24 ans de prison. Il sera finalement blanchi en 2003 par la Cour de cassation.

On lui a aussi reproché son intransigeance dans l'affaire de l'enlèvement d'Aldo Moro en 1978. Chef du gouvernement à l'époque, il avait refusé toute négociation avec les Brigades Rouges, qui avaient fini par tuer le dirigeant démocrate-chrétien.

Catholique pratiquant allant à la messe tous les matins, Giulio Andreotti restera toujours proche du Vatican. Il a commencé sa carrière dans les rangs de la Démocratie chrétienne, le grand parti centriste-catholique fondé par Alcide de Gasperi.

Ouverture sur le monde arabe

«Tandis qu'Alcide parlait avec Dieu, Andreotti parlait avec les curés» qui ont l'avantage de voter, écrivait le journaliste italien Indro Montanelli. «Il connaît tous les rouages du pouvoir et ses dessous et n'hésite pas à utiliser tous les moyens», disait de lui Marco Tarchi, professeur de sciences politiques de l'Université de Florence.

Ministre des Affaires étrangères du socialiste Bettino Craxi au début des années 1980, il a développé une diplomatie misant sur le dialogue Est-Ouest et sur l'ouverture de l'Occident au monde arabe.

«Les Etats-Unis n'avaient pas confiance en lui», se souvient Sergio Romano, ancien ambassadeur d'Italie à Washington. A juste raison puisque Rome, alors qu'il est ministre des Affaires étrangères, préviendra Tripoli des bombardements américains d'avril 1986.

Immortalisé dans le film de Paolo Sorrentino «Il Divo» (Prix du Jury à Cannes en 2008), Giulio Andreotti a fait l'objet d'innombrables anecdotes et blagues qu'il accueillait mi-figue mi-raisin. L'un des sketches les plus célèbres au théâtre représentait le diable ouvrant la porte de l'enfer et lançant après avoir reconnu Giulio Andreotti: «Papa est revenu!» (ats/afp)

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