22.12.2017 à 14:47

Monde - Elections en CatalogneUn nouveau pas qui ne va rien faire avancer

La victoire des indépendantistes, jeudi, lors des élections au Parlement catalan risque de bloquer encore plus les choses entre Barcelone et Madrid.

von
Robin Carrel
Barcelone
Les Unes des journaux locaux.

Les Unes des journaux locaux.

Comme d'habitude avec les politiciens les soirs d'élection, à les entendre, tout le monde a gagné. Sauf que ces élections catalanes appelées des voeux du pouvoir madrilène n'est pas l'«Ecole des fans». C'est le constat fait par la presse ibérique vendredi matin. D'ailleurs, la veille au soir, les Barcelonais, conscients que l'indépendance n'est ni pour demain ni pour après-demain, n'a pas viré dans l'ivresse. Du coup, la ville ne s'est pas réveillée avec la gueule de bois.

A l'heure de faire les comptes, il y a surtout des perdants, dans ce scrutin. Les indépendantistes ont gagné encore une fois la majorité? C'est vrai, mais ils vont devoir créer une coalition de trois partis différents qui vont de l'extrême-gauche à la droite. Le parti centriste Ciudadanos a réalisé une progression remarquable et terminé la soirée comme premier parti de Catalogne? Certes, mais il ne pourra pas gouverner pour autant. L'Etat espagnol? Il a commandé ces élections après avoir repris le contrôle de la région à la suite du référendum et peut vivre ce vote comme une nouvelle sanction...

«Arrogance xhénophobe»

Vendredi, la presse espagnole était à la limite de la colère. La publication madrilène «El Pais», la plus lue du pays, s'est fendue d'un éditorial cinglant, parlant «d'insurrection» et d'une «journée honteuse» pour les électeurs catalans. Elle renvoie dos-à-dos les deux principaux leaders qui ont amené la région et le pays à se déchirer. «El Pais» parle d'«arrogance xhénophobe» pour Carles Puigdemont et d'une «absolue incapacité de gérer le problème» de la part du Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy.

En Catalogne, le quotidien «La Vanguardia» espérait surtout que les politiciens (ré)élus allaient tirer les leçons du passé, pour que la région ne se retrouve pas sclérosée comme elle l'a été ces derniers mois. «Il sera difficile de former un gouvernement, prévient le journal barcelonais. Ce qui ressort de ce scrutin, c'est surtout la fragmentation parlementaire. Espérons que cela oblige les uns et les autres à pratiquer une nouvelle culture politique, basée sur le dialogue et la transversalité. A certains, cela paraît impossible. Ça ne l'est pas. Au contraire.»

Vivement Noël...

Le quotidien de droite «ABC» va encore plus loin: «L'ensemble de nos institutions et les citoyens catalans ont été menacés de violence pour leur obstination à perpétrer une consultation illégale aux conséquences dramatiques. Ils l'ont fait en utilisant l'argent de tous les Espagnols. Quelle félonie!» Pour «El Mundo», «Inés Arrimadas (ndlr: la leader de Ciudadanos) a infligé une défaite morale aux sécessionnistes et 52% des électeurs ont soutenu des options contraires à la rupture. Mais la mise en œuvre de l'article 155 n'a pas eu l'effet escompté.»

Sur place, quand on évoque le scrutin de la veille avec les gens lorsque les magasins ont commencé à ouvrir vers 10h30, on récolte beaucoup de haussements d'épaule. Des familles, des amitiés se sont déchirées pendant de longues semaines à l'approche de ce vote qui ne va sans doute rien changer à l'arrivée. Les Catalans sont toujours aussi divisés et les repas de Noël s'annoncent agités.

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