Genève: Un patron cumule 11 faillites en 30 ans
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GenèveUn patron cumule 11 faillites en 30 ans

Un administrateur est épinglé pour avoir à son actif quelque 11 faillites en l'espace de 30 ans. Ses sociétés ont été actives dans de nombreux domaines.

par
Maria Pineiro
Le syndicat SIT a bloqué mardi matin un chantier à Chêne-Bougeries afin de dénoncer un entrepreneur enchaînant les faillites.

Le syndicat SIT a bloqué mardi matin un chantier à Chêne-Bougeries afin de dénoncer un entrepreneur enchaînant les faillites.

mpo

Depuis quelques semaines, les syndicats genevois font feu de tout bois afin de mettre en lumière les problématiques de la sous-enchère salariale, du travail temporaire et des faillites en série.

Mardi matin, le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) a donné rendez-vous à la presse sur un chantier à Chêne-Bougeries. Au menu, une entreprise de construction, qui reprend tout le personnel d'une société mise en faillite en 2015. Trois ans après, cette nouvelle entité est elle-même mise en faillite, puis dissoute une fois la faillite révoquée.

Ardoise salée

Les sept employés ont été licenciés avec à la clé des dizaines de milliers de francs d'arriérés de salaire et des charges sociales non-payées. Selon le syndicat SIT, l'ardoise inscrite aux poursuites s'élève à 2 millions de francs. Contactée, l'avocate de l'entreprise dissoute n'a pas souhaité commenter l'affaire.

Mais entre temps, l'administrateur a crée deux nouvelles entreprises, dont une a repris les contrats de la boîte en faillite et proposé aux employés désormais au chômage de signer des contrats de travail sur appel. «Cette dernière entreprise totalise déjà pour 60'000 francs de poursuites», d'après le SIT.

«C'est la collectivité qui paie»

Pour le syndicat, cette situation pose de nombreux problèmes. Les charges non-payées seront assumées par les caisses. Ainsi, «c'est la collectivité qui paie», s'insurge le secrétaire syndical Thierry Horner. D'autre part, les ouvriers, tous au bénéfice d'une longue expérience, sont âgés de plus de 50 ans. «Leurs chances de retrouver un travail sont minces, s'inquiète Thierry Horner. Une situation qui met par ailleurs en péril leur retraite anticipée à 60 ans.» Le SIT a dénoncé pénalement le cas au procureur général.

Faillites en série

Surtout, le SIT s'insurge du parcours de l'administrateur de ces sociétés. L'entrepreneur a, à son actif, un nombre élevé de faillites: onze en une trentaine d'années. Il a officié dans des domaines variés comme la teinturerie, la restauration ou la construction. Thierry Horner a indiqué que la loi sur les faillites ne pouvait rien contre ces cas, mais espère que les fraudes aux assurances sociales, qui relèvent du pénal, seront poursuivies, «afin que cet entrepreneur rende compte de ses actes».

Le syndicaliste relève la difficulté pour les syndicats et les ouvriers lésés de déposer plainte dans ces situations. Il en appelle à «l'Office des poursuites et faillites pour être vigilant et proactif». Cette entité, ainsi que les caisses de compensation sont compétentes pour déposer plainte. Thierry Horner rappelle également que le conseiller d'Etat Pierre Maudet et le procureur général Olivier Jornot ont émis la volonté de faire de la question des faillites frauduleuses une priorité. Thierry Horner souhaite que cela se concrétise. «Dans le cas contraire, un sentiment d'impunité continuera de se développer.»

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