14.02.2020 à 19:30

«Auto Expo 2020»Un pays émergent en route vers la mobilité

L'«Auto Expo 2020», qui a ouvert ses portes vendredi à New Delhi, est la preuve qu'il existe un large fossé entre rêve et réalité.

de
T. Geiger
14.2.2020
À première vue, le salon de l'automobile de New Delhi n'a rien de spécial. Sauf qu'à part Mercedes-Benz, aucune autre marque de luxe n'y est représentée, les moteurs de plus de quatre cylindres étant l'exception absolue et les petites voitures telles que la minuscule berline Hyundai Aura...

À première vue, le salon de l'automobile de New Delhi n'a rien de spécial. Sauf qu'à part Mercedes-Benz, aucune autre marque de luxe n'y est représentée, les moteurs de plus de quatre cylindres étant l'exception absolue et les petites voitures telles que la minuscule berline Hyundai Aura...

T. Geiger
ou la Renault Kwid surélevée au format de la Twingo européenne y ont le vent en poupe.

ou la Renault Kwid surélevée au format de la Twingo européenne y ont le vent en poupe.

T. Geiger
En déambulant dans les différents halls (comme ici, chez Skoda), on s'aperçoit que le marché de l'électrique pourrait aisément exploser en Inde. Mais entre le smog au-dessus de New Delhi et les nappes de brume émanant des feux de cuisinières domestiques à la campagne, on ne perçoit aucun signe d'une percée de la mobilité électrique.

En déambulant dans les différents halls (comme ici, chez Skoda), on s'aperçoit que le marché de l'électrique pourrait aisément exploser en Inde. Mais entre le smog au-dessus de New Delhi et les nappes de brume émanant des feux de cuisinières domestiques à la campagne, on ne perçoit aucun signe d'une percée de la mobilité électrique.

T. Geiger

Alors qu'à l'extérieur, des affiches annoncent le démarrage de l'ère électrique, à l'intérieur ce sont essentiellement des voitures électriques à batterie qui sont présentées sous le feu des projecteurs aux côtés de toute une flopée de nouveaux SUV. À première vue, le salon de l'automobile de New Delhi n'a rien de spécial. Sauf qu'à part Mercedes-Benz, aucune autre marque de luxe n'est représentée dans la demie douzaine de halls, les moteurs de plus de quatre cylindres étant l'exception absolue et les petites voitures telles que la minuscule berline Hyundai Aura ou la Renault Kwid surélevée au format de la Twingo européenne y ont le vent en poupe.

Tant que l'on reste dans l'enceinte du parc des expositions surplombé par un énorme éléphant, le salon s'inscrit plutôt bien dans le décor. Mais dès que l'on quitte les lieux, le doute s'accentue en voyant toutes ces petites citadines bosselées, ces véhicules à trois roues déglingués et ces scooters qui polluent un max. Après quelques kilomètres parcourus sur les routes cabossées en direction de la campagne, on se rend très vite compte que le salon est un monde irréel qui n'a pas grand chose à voir avec la réalité. Pour le monde de l'automobile, l'Inde est un pays en voie de développement et le parc automobile est par conséquent retardataire et surtout lacunaire.

Dix fois la Suisse

Certes, avec 3,4 millions de nouvelles immatriculations en 2019, le volume du marché était dix fois plus important qu'en Suisse, mais sachant que la population indienne s'élève à près d'1,5 milliard, on est encore bien loin de la mobilisation de masse. Il ne faut donc surtout pas se fier aux embouteillages permanents à New Delhi ou à Mumbai, qui faussent l'image du nombre de voitures effectivement en circulation dans cet énorme pays. «En Suisse, on a enregistré 551 voitures particulières pour 1000 habitants en 2019, contre 155 au niveau mondial, alors qu'en Inde, ce chiffre s'élevait à peine à 25», comme le précise Jan Burgard du cabinet de conseil stratégique Berylls à Munich.

Pas étonnant que les constructeurs automobiles du monde entier attendent le grand tournant avec impatience depuis des années et se tiennent prêt. Cette année, il s'agit principalement du groupe Volkswagen, qui, sous l'égide de Skoda, compte atteindre, avec un programme d'un milliard, une part de marché de 5% et ainsi compenser l'affaiblissement de la croissance en Chine. Le géant de Wolfsburg mise sur une offensive de modèles, qui doit commencer avec un SUV par marque, selon le directeur de Skoda, Bernhard Maier. Qualifiées pour le moment de concepts, la Vision In de Skoda et la Taigun de VW sont donc sous les feux de la rampe à New Delhi. Toutes deux font 4,20 mètres de long et sont construites sur place dans une version «allégée» du point de vue technique. Alors que Volkswagen se vante partout ailleurs dans le monde de ses modèles électriques, le constructeur continue à miser ici sur des modèles thermiques traditionnels. Comme le constate le directeur des ventes de la marque, Jürgen Stackmann, «l'Inde a au moins dix ans de retard en matière de motorisation alternative».

Pléthore de petites voitures

Tandis que le moteur 1,5 litre de 150 ch de la Skoda et le trois cylindres d'une capacité d'1,0 litre et de 115 ch sont parfaitement adaptés au marché indien, le format est néanmoins trop grand pour une production en masse. Bien que plus petits qu'une Golf, les deux SUV entrent déjà dans la gamme des véhicules moyens en Inde, alors que le pays joue dans la ligue inférieure. La présence d'un grand nombre de petites voitures en Inde serait non seulement due au fait que «les voitures d'une taille inférieure à quatre mètres bénéficient ici d'un net avantage fiscal», comme l'explique le directeur général de Volkswagen Guru Pratap Boparai, mais également au faible revenu des ménages. Dans un pays où le salaire mensuel d'un ouvrier ne dépasse généralement pas 80 à 100 francs, une petite citadine à 3'500 francs est déjà considérée comme un produit de luxe. Il n'est donc pas étonnant qu'environ deux tiers des voitures vendues en Inde se situent, selon Boparai, dans la fourchette de prix comprise entre 6'500 et 13'000 francs.

Alors qu'en Suisse, une VW Up ou une Hyundai i10 se situent en bas de l'échelle des prix et qu'il ne viendrait à l'idée d'aucun adulte de se coincer à l'arrière d'une Smart Forfour pour effectuer de longues distances, les petits modèles comme la Suzuki Alto ou la Renault Kwid sont, pour les Indiens, un énorme pas en avant. Et on comprend très vite pourquoi, une fois qu'on sillonne les routes de campagne sur lesquelles il n'est pas du tout rare de voir des familles de cinq agglutinées sur un scooter ou huit à dix personnes se partager un tuk-tuk aux heures de pointe.

L'aube du boom de l'électrique se profile t-il à l'horizon?

Au salon de New Delhi, le fossé entre rêve et réalité est encore plus marqué au niveau de la mobilité électrique que pour les segments de véhicules. En déambulant dans les différents halls, on s'aperçoit que le marché de l'électrique pourrait aisément exploser en Inde et que cet immense pays pourrait rendre la mobilisation de masse en partie respectueuse de l'environnement. Ce n'est pas pour rien que le gouvernement vise à avoir un parc automobile à 30% électrique à New Delhi d'ici 2030. Et quiconque met un pied dehors le matin et lutte pour respirer dans ce nuage de pollution ne doutera pas une seule seconde de l'importance d'un tel plan.

Mais entre le smog au-dessus de New Delhi et les nappes de brume émanant des feux de cuisinières domestiques à la campagne, on ne perçoit aucun signe d'une percée de la mobilité électrique. Même les Rolls-Royce et les Bentley sont plus présentes que les Tesla, l'annonce du lancement sur le marché des premières voitures électriques un tant soi peu abordables de marques locales comme Mahindra, Tata ou Maruti n'ayant eu lieu que dernièrement, au salon de l'automobile. On ne peut, par conséquent, pas encore parler d'infrastructure. Les quatre bornes de recharge situés au Connaught Square, le centre des affaires au cœur de la capitale, sont, pour les visiteurs du salon, une espèce d'attraction touristique. Et c'est encore pire à la campagne. Sur un territoire 70 fois plus grand que la Suisse, il est certes question d'installer 2'600 bornes, mais uniquement à partir de la fin de cette année.

Selon le scientifique automobile de l'Université de Duisbourg et Essen, Ferdinand Dudenhöffer, «les Indiens ont d'autres soucis», compte tenu de la situation souvent catastrophique de la population en matière d'approvisionnement. De nombreux Indiens se soucient davantage d'avoir l'eau courante ou l'électricité domestique que de l'énergie verte pour leur mobilité.

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