14.08.2020 à 05:12

GenèveUn pipi dans un buisson le conduit jusqu’en prison

Puni pour s’être soulagé dans un parc, un quadra se justifie et refuse de payer l’amende. Il passera deux jours en cellule. Des élus s’offusquent.

de
David Ramseyer
Raph’ avait préféré le buisson aux WC, occupés par un toxicomane.

Raph’ avait préféré le buisson aux WC, occupés par un toxicomane.

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Raph’ fera une dernière partie de pétanque, ce vendredi, avant d’aller passer son week-end derrière les barreaux, à Champ-Dollon. Sa vessie et son «esprit rebelle» face à «une situation débile» lui valent d’effectuer deux jours de prison pour avoir refusé de s’acquitter d’une contredanse.

Il y a des mois de cela, le Genevois de 48 ans jouait aux boules dans le parc des Cropettes, au-dessus de la gare Cornavin (GE), lorsqu’il a été pris d’un besoin pressant. «Dans les WC publics voisins, il y avait un toxicomane avec une seringue dans le bras. Je n’ai pas voulu y aller. Mais je ne pouvais plus me retenir et je me suis soulagé dans un buisson. Malheureusement, deux policiers passaient par là.» Malgré ses explications, les agents lui ont infligé une bûche de 280 francs. «Ils ont préféré me punir plutôt que de poursuivre le drogué.» Raph’ a contesté la sanction, réduite à 200 fr. «Mais je ne veux pas payer, c’est une question de principe.» Sa peine a été commuée en jours de détention. «J’en ai rien à foutre! La prison ne me fait pas peur, j’en ai déjà fait pour d’autres refus de m’acquitter d’une amende. Et puis, là-bas, je serai protégé du coronavirus.»

Un système «imbécile»

Le cas du quadra énerve tant à droite qu’à gauche, au sein de la Commission des visiteurs du Grand Conseil, qui surveille les conditions de détention des prisonniers. Pour son président, Alberto Velasco (PS), «cela démontre toute l’imbécillité d’un système qui ne fonctionne plus. Incarcérer quelqu’un pour non-paiement d’une amende coûtera bien plus cher au contribuable que le montant dû (ndlr: chaque jour d’un détenu en prison représente plusieurs centaines de francs de frais pour l’Etat). Je rappelle par ailleurs que Champ-Dollon est surchargée». Selon le député, mieux vaudrait suivre l’exemple de Fribourg, qui privilégie dans ces situations le travail d’intérêt général (cf. encadré ci-dessous).

Certes, la loi est la loi, remarque de son côté le PLR Jean Romain, «mais il faut savoir raison garder et faire preuve de discernement». Son collègue de parti Antoine Barde acquiesce: «Aller derrière les barreaux représente potentiellement un choc pour n’importe qui. Mais surtout, la prison est dévolue aux personnes dangereuses, ce qui ne me semble pas être le cas de ce monsieur. On applique là une justice rigoriste.»

Eviter la prison, pour «rendre service»

Pour des amendes ou des peines jusqu’à 6 mois ferme, Fribourg préfère le travail d’intérêt général à l’ombre d’une cellule. «Cette solution est beaucoup utilisée», confirme Simon Gabaglio, chef adjoint du Service de l’exécution des sanctions pénales et de la probation. Cela rend service à la société civile et la mesure peut aussi empêcher une aggravation de la situation économique du condamné.» 100 francs de contredanse équivalent généralement à un jour au service d’EMS, d’hôpitaux ou encore à la voirie. Pour bénéficier d’un tel aménagement, le prévenu doit en faire la demande. Pour ce faire, explique Simon Gabaglio, «nous avons veillé à ce qu’une information en ce sens soit bien délivrée aux personnes concernées».

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