Actualisé 15.04.2020 à 05:37

Coronavirus à Genève

Un pont aérien alimentera le pays en matériel chinois

L'investisseur genevois Abdallah Chatila vendra dès jeudi en ligne des millions de masques à prix abordable.

de
Jérôme Faas
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Abdallah Chatila, mardi 14 avril, devant l'avion qui vient d'arriver de Shanghai.

Abdallah Chatila, mardi 14 avril, devant l'avion qui vient d'arriver de Shanghai.

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A son arrivée sur le tarmac genevois, à 16h45, un membre de l'équipage, masqué, salue l'assistance.

A son arrivée sur le tarmac genevois, à 16h45, un membre de l'équipage, masqué, salue l'assistance.

20 Minutes / jef
Les employés genevois déchargent la cargaison sous l'oeil d'un membre de l'équipage chinois, vêtu d'une combinaison.

Les employés genevois déchargent la cargaison sous l'oeil d'un membre de l'équipage chinois, vêtu d'une combinaison.

Keystone/Salvatore di Nolfi

Un énorme Airbus A330-400, bourré de matériel médical, s'est posé ce mardi à 16h45 sur le tarmac de l'aéroport de Genève, figé par l'épidémie de Covid-19. L'appareil arrivait de Shanghai. D'une capacité de 30 tonnes, il contenait notamment 3 millions de masques. Affrété par le groupe M3, principalement actif dans l'immobilier et propriété du richissime investisseur et philanthrope libano-genevois Abdallah Chatila, il s'agissait du premier d'une longue série. Dorénavant, un véritable pont aérien reliant Genève à la Chine alimentera le pays: tous les jours durant au moins cinq semaines, un avion similaire atterrira à Cointrin avec à son bord, outre des masques, des gants, des combinaisons, des thermomètres et des lunettes.

«Ce n'est pas une démarche philanthropique mais sociale», détaille l'homme d'affaires, qui a créé pour l'occasion la société M3 Sanitrade. Son idée consiste à aider à la fois les autorités sanitaires et les cantons, les entreprises et les particuliers. Pour ce faire, il explique avoir pris un gros risque en achetant comptant, pour un montant de 100 millions de francs, 140 millions de masques (chirurgicaux, FFP2 et N95). Mais ce mode de faire lui donne un avantage sur les Etats, «qui ne paient que sept jours après la livraison».

Masques à 80 centimes pour la population

Tous ces masques seront vendus dès jeudi sur le site mystore.ch, dont le patron Allen Krief indique qu'il s'agira pour sa société d'une opération financièrement neutre, sans perte ni profit. «La commission que nous prendrons servira uniquement à couvrir nos frais.» Abdallah Chatila précise qu'il alimentera en priorité l'Etat, les cantons et le monde sanitaire. «Ils auront la primeur sur tout et paieront le prix de revient.» Pour eux, le matériel sera vendu sans marge. Puis, des achats en gros seront proposés aux entreprises, au prix de 65 centimes pièce pour un masque chirurgical simple. Enfin, ceux-ci seront vendus à 80 centimes pièce à la population. Soit des marges de 10% à 20%, «ce qui est minime comparé au risque lié à toutes les incertitudes».

Un avion avec du matériel médical s'est posé à Genève (6 avril 2020)

L'appétit des entreprises

«Le but est de proposer du matériel de protection à la plus grande partie de la population, entre 20% et 30% moins cher que ce que l'on trouve aujourd'hui sur le marché.» Abdallah Chatila fait le pari que la demande en masques explosera avec le déconfinement. «Je suis partisan d'une reprise rapide de l'activité économique. L'appétit des entreprises est énorme, j'ai déjà 5 millions de commandes. Elles prévoient que, pour rouvrir, elles auront besoin de masques.»

«Un besoin d'un à deux milliards de masques»

Directeur de la communication du groupe M3, Fabrice Eggly ajoute ce chiffre: «Nous pensons qu'il y aura un besoin de un à deux milliards de masques jetables en Suisse dans les douze prochains mois, en tablant sur une utilisation de deux masques par jour et par habitant.» Abdallah Chatila envisage donc de poursuivre son commerce au-delà des cinq semaines déjà prévues.

«On pense que nous ne sommes qu'au début de la demande, que nous allons devoir nous adapter à une vie différente, où le port du masque sera sans doute plus généralisé.» Il n'exclut pas, à terme, de fournir d'autres pays que la Suisse. «Nous sommes en discussion avec certains d'entre eux. On sait par exemple que la France a besoin de trois milliards de masques. Vu que j'ai pris un énorme risque financier, je désirais un back up. Mais la priorité absolue sera toujours donnée à Genève, puis à la Suisse.»

Action complémentaire

L'initiative du groupe M3 cohabite avec celle de la Chambre de commerce et d'industrie de Genève (CCIG) et de la section romande de la Chambre de commerce Suisse-Chine, qui sont parvenues, pour le compte d'un consortium d'hôpitaux et de pharmaciens romands, à faire atterrir 92 tonnes de matériel médical à Genève le 6 avril. «L'action de M3 est complémentaire à la nôtre. Il faut s'en réjouir, réagit Vincent Subilia, directeur de la CCIG. Toutes les bonnes volontés doivent être fédérées. Cela témoigne du besoin avéré et massif de masques qui surviendra en cas de déconfinement.» Un deuxième vol de 90 tonnes affrété par la CCIG doit arriver à Genève en milieu de semaine prochaine, et un troisième début mai.

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