Nyon (VD): Un procès aux airs de farce pour les voleuses de cabris
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Nyon (VD)Un procès aux airs de farce pour les voleuses de cabris

Deux militantes ont comparu devant un juge pour avoir libéré des animaux d'un abattoir. L'audience, très sécurisée, a réservé quelques perles.

par
Yannick Weber

Un gros dispositif policier, une salle comble de militants et quelques manifestants devant le Tribunal: le procès qui s'est tenu mardi matin à Nyon (VD) sortait de l'ordinaire. Les deux accusées s'étaient introduites dans un abattoir à Rolle (VD) afin d'y voler, ou libérer selon les points de vue, 18 cabris, juste avant Pâques. Et l'audience a laissé libre cours à des joutes verbales qui, parfois, laissaient croire que le juge allait devoir choisir entre condamner les deux femmes qui se trouvaient sur le banc des accusés... ou tous les bouchers et mangeurs de viande.

«On essaie de garder un débat sérieux»

Par moments, la discussion a failli tourner au numéro de cirque. «Comment nourrissez-vous vos chats, Madame?, s'est enquis l'avocat de l'éleveur. Car j'aimerais bien connaître la marque de votre pâtée végétalienne.» «Moi aussi», a abondé le président du tribunal. Les militants et journalistes présents ont aussi pu apprendre qu'il était peu probable de pouvoir nourrir du bétail avec du lait d'amande ou du soja, et qu'on ne saurait comparer un renard qui tue une poule pour se nourrir à un humain qui mange un steak pour la même raison. «S'il vous plaît, on essaie de garder un débat sérieux», a tenté à plusieurs reprises l'avocat des deux jeunes femmes.

L'une des accusées, Elisa Keller, du haut de ses 21 ans, ne s'est en tout cas pas laissé impressionner par sa première comparution devant un tribunal. La porte-parole de l'association 269Life Libération Animale, droite dans ses bottes, a reconnu les faits qui lui sont reprochés, et a profité de la tribune offerte pour argumenter sur la philosophie antispéciste. «Il y a urgence pour les 75 millions d'animaux qui sont tués chaque année en Suisse», a-t-elle insisté. Et de promettre qu'elle ne s'arrêtera pas tant que durera le spécisme. Sur la forme, les actions se font plus radicales. «Cela fait 20 ans que nous faisons des actions légalistes. Désormais, il ne faut plus seulement dénoncer, mais s'opposer à ce massacre», a-t-elle affirmé.

Des ayatollahs

«Il y a 20 ans, cette dame avait 1 an. C'est dire qu'elle était précoce dans la lutte», a ironisé en retour l'avocat de l'éleveur des cabris. Lui n'a pas mâché ses mots, s'en prenant tour à tour aux militants présents dans le public, «qui apparemment n'ont rien d'autre à faire un mardi matin que de venir apporter leur soutien moral», et aux militantes accusées. «On peut bien les condamner, mais ce Tribunal n'a aucun moyen de les atteindre car nous ne vivons pas sur la même planète mentale», a-t-il estimé. Le mouvement dans son ensemble en a également pris pour son grade: «Eux seuls détiennent la vérité, nous sommes des méchants spécistes, et eux sont les victimes et non plus les accusés. Ce sont des ayatollahs de leur pensée.»

Les deux jeunes femmes encourent des jours-amende et le paiement de frais. Le juge tranchera notamment sur un éventuel sursis. Consciente qu'elle risque de passer à la caisse, la future condamnée a lancé un crowdfunding pour régler la douloureuse. 7'000 francs ont déjà été récoltés. Le verdict sera rendu jeudi.

Procès très sécurisé

L'annonce de la présence de manifestants a déclenché un dispositif sécuritaire plus strict qu'à l'accoutumée. Une dizaine de gendarmes étaient présents, et tant le public que les journalistes n'ont pu accéder à la salle d'audience qu'après un passage au détecteur de métaux, et en confiant tous leurs effets aux policiers. Seuls calepin et stylos étaient autorisés à l'intérieur. Le nombre de militants venus en soutien ne leur a pas permis à tous d'assister aux débats, et une dizaine ont fait le pied de grue dans le hall du tribunal.

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