Fribourg: Un procès climatique hors normes pour 32 militants

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FribourgUn procès climatique hors normes pour 32 militants

Compte tenu du nombre de prévenus, l’envergure du futur procès de la trentaine d’activistes qui avaient bloqué l’entrée de Fribourg Centre en novembre 2019 s’annonce sans précédent. Fin mai, la défense plaidera l’état de nécessité.

par
Lauren von Beust
Lors du Black Friday en novembre 2019, les activistes du climat avaient bloqué l’entrée principale de Fribourg Centre.

Lors du Black Friday en novembre 2019, les activistes du climat avaient bloqué l’entrée principale de Fribourg Centre.

fribourg.climatestrike.ch

«Risquer une amende ou la prison paraît proportionné comparé au futur qui nous attend si nous continuons à agir comme nous l’avons fait ces vingt dernières années», déclare Clara, activiste du climat. Fin mai, cette étudiante à Lausanne devra répondre de ses actes devant le Tribunal d’arrondissement de la Sarine, tout comme les autres prévenus âgés de 19 à 62 ans qui, avec elle, ont bloqué l’entrée principale du centre commercial de Fribourg lors du Black Friday en décembre 2019.

Parmi les 32 militants de la Grève du climat et d’Extinction Rébellion présents ce jour-là, certains s’étaient enchaînés à des caddies, tandis que d’autres, vêtus de rouge symbolisant la mort causée quotidiennement par le dérèglement climatique, avaient procédé à une action en silence. Pour Zélie, qui a aussi participé au blocage dans le cadre de la campagne européenne Block Friday, cette action constituait «un appel au secours, à la réflexion et au changement».

«Plaidoirie concertée»

Mercredi, face à la presse, la défense des militants a expliqué les enjeux du futur «plus grand procès climatique de Suisse», qualificatif justifié, selon les avocats Benoît Sansonnens et Arnaud Nussbaumer, par le nombre de prévenus. La plupart des militants sont condamnés par ordonnance pénale: contravention à la loi sur le domaine public, contravention aux ordres de police, trouble à la tranquillité et délits de contrainte. Des condamnations pour lesquels ils ont fait opposition. Une dizaine d’avocats venant de toute la Suisse romande, dont deux des Vaudoises qui avaient obtenu l’acquittement en première instance des «joueurs de tennis» de Credit Suisse à Renens (VD), représenteront les droits des activistes au travers d’«une plaidoirie concertée» autour de l’état de nécessité, c’est-à-dire lorsque le danger imminent justifie une infraction à la loi, précise Me Benoît Sansonnens.

À Renens, en septembre dernier, cette même ligne de défense avait fonctionné en première instance lors du procès de 12 militants écologistes qui avaient occupé le hall d’une filiale du groupe bancaire zurichois à Lausanne en automne 2018, mais l’état de nécessité n’avait pas été retenu en seconde instance. A l’inverse, la justice genevoise ne l’avait reconnu qu’en seconde instance, pour un activiste qui avait peint les murs du même groupe bancaire lors d’une manifestation, également en 2018.

«Quand un appel au secours fondé sur des évidences scientifiques est lancé et que l’État agit par répression pénale, c’est mon devoir d’y répondre», a déclaré Me Arnaud Nussbaumer. Ce dernier souligne que «la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) est du côté des activistes, car elle protège la liberté d’expression et de réunion, et interdit aux autorités de poursuivre pénalement des citoyens faisant passer un message politique de manière pacifique.»

Des experts à la barre?

Le procès, qui devrait se dérouler entre le 25 mai et le 1er juin, s’étendra sur quatre jours. Douze scientifiques, dont Jacques Dubochet, Prix Nobel de chimie en 2017, ont accepté de témoigner. Mais pour le faire, ceux-ci devront attendre l’aval de la Cour. «Chaque fois qu’un tribunal a accepté d’entendre des scientifiques, il a acquitté les activistes mis en cause, relève Me Arnaud Nussbaumer. Il est primordial que le pouvoir judiciaire puisse se confronter plus directement à l’état actuel des connaissances scientifiques sur le changement climatique, ce que les autorités ne font malheureusement pas assez souvent.» Lors du procès à Renens, les juges n’avaient pas accepté que la totalité des experts défilent à la barre comme témoins.

Interdits de Fribourg Centre

À la suite du blocage de l’entrée principale de Fribourg Centre, le centre commercial n’avait pas porté plainte contre les activistes, mais ces derniers y sont interdits d’accès depuis décembre 2019, et ce pendant trois ans. Toujours du côté du secteur privé, l’Association des commerçants de Fribourg a, quant à elle, porté plainte contre les militants du climat.

Les unis mobilisées

Des centaines de scientifiques issus de dix pays appellent à une «rébellion universitaire internationale» du 25 au 28 mars pour sonner l’alarme sur la gravité des crises climatique et écologique actuelles. Ils encouragent leurs collègues et le public à se rebeller également. En Suisse, des participants à cette action prévoient des affichages sauvages sur les bâtiments publics, des mesures de «désobéissance éducative», ainsi que des grèves de la faim.

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