Suisse: Un réfugié baloutche interdit d'activité politique
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SuisseUn réfugié baloutche interdit d'activité politique

Brahamdagh Bugti vit depuis huit ans comme réfugié à Genève. Ce militant de l'indépendance baloutche est considéré comme un terroriste au Pakistan.

par
Pascal Schmuck
Zurich
L'Armée de libération du Baloutchistan se bat pour l'indépendance de la province pakistanaise.

L'Armée de libération du Baloutchistan se bat pour l'indépendance de la province pakistanaise.

Keystone

Nawab Mir Brahamdagh Khan Bugti est une rareté en Suisse. Ce réfugié fait partie des quelques cas interdits de toute activité politique par le Conseil fédéral, comme le rapporte le Tages-Anzeiger dans son édition du 20 novembre.

Ce militant de l'indépendance baloutche fait partie des personnes à abattre au Pakistan, qui le considère comme un rebelle, un terroriste et un séparatiste. Nommé président du parti républicain du Baloutchistan pakistanais, il a repris le combat de son grand-père, puis de son père. En 2010, il a survécu à un attentat à Kaboul. Peu après, il atterrissait à Genève où il vit avec sa mère, son épouse et ses enfants.

Des activités limitées

Si ses proches ont obtenu l'asile, ce n'est pas son cas car Islamabad cherche à le faire extrader. Berne s'y refuse, car la sécurité de Brahamdagh Bugti n'est pas assurée au Pakistan. Si la Confédération le protège, elle lui a également intimé le silence avec une interdiction de toute activité politique.

Le gouvernement avait déjà cette possibilité avec la loi fédérale instituant des mesures visant au maintien de la sûreté intérieure (LMSI). Ce cas de figure existe également dans la nouvelle Loi fédérale sur le renseignement (LRens), approuvée dans les urnes à la fin septembre 2016. Cette dernière permet d'interdire une activité si elle «promeut directement des activités terroristes ou extrémistes violentes».

Une décision prorogée

Une décision d'autant plus incompréhensible pour Brahamdagh Bugti que des organisations présentes en Suisse comme les Farc colombiens, le PKK kurde ou encore les Tigres tamouls ne sont pas réduites au silence. Le principal intéressé et son avocat le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE) contestent la mesure.

Au Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS) et au Service de renseignement de la Confédération (SRC), on refuse de s'exprimer «au nom de la protection des données». Cette interdiction d'activités a été notifiée à l'activiste le 27 mai 2015 et prolongée à plusieurs reprises, comme l'a découvert le quotidien zurichois.

Très sensible sur le Baloutchistan

Comme l'explique Alberto Achermann, professeur en droit des migrations à l'Université de Berne, cette interdiction n'a aucune influence sur la procédure d'asile. Elle permet surtout d'envoyer un message d'apaisement au Pakistan, même si ce pays n'a pour le moment déposé aucune demande formelle d'extradition.

Car Islamabad suit de près tout ce qui touche au Baloutchistan. A la fin septembre, les autorités pakistanaises ont convoqué l'ambassadeur suisse pour des affiches publicitaires à Genève prônant la «libération» de la province pakistanaise du Baloutchistan. Le président du Sénat pakistanais voulait même faire expulser l'ambassadeur suisse.

Nawab Mir Brahamdagh Khan Bugti a vu ses activités en Suisse limitées par le Conseil fédéral. (Bild: Sabina Bobst)

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