Harcèlement sexuel - Un serial pervers a sévi sur LinkedIn pendant plusieurs mois
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Harcèlement sexuelUn serial pervers a sévi sur LinkedIn pendant plusieurs mois

Un homme se faisait passer pour un recruteur sur LinkedIn et demandait des gestes sexuels lors de faux entretiens à distance. Actuellement une dizaine de plaintes ont été déposées mais les victimes vont vraisemblablement être plus nombreuses.

L’homme organisait des faux entretiens par visioconférence (image prétexte).

L’homme organisait des faux entretiens par visioconférence (image prétexte).

20min/Marco Zangger

«Il m’a dit de soulever mon chemisier», «Je l’entendais pousser des cris de plaisir, il m’a dit que c’est sa stagiaire qui s’occupait de lui!», «Je me suis retrouvé à changer plusieurs fois de vêtements», autant de phrases entendues par des jeunes filles lors de soi-disant entretiens pour des stages. Sauf que le recruteur n’en n’était pas vraiment un et que les demandes n’avaient rien à voir avec un entretien classique, révèle une enquête du «Parisien».

Il a suffi qu’une seule femme ose parler pour que le pervers soit démasqué. Cléo, 20ans, étudiante en droit a posté son CV en ligne sur le réseau social professionnel LinkedIn. Trois jours plus tard elle est contactée par un homme pour un entretien à la tournure bizarre pour une véritable embauche. Hypercontente de décrocher ce premier contact, la jeune femme s’est vite rendu compte que quelque chose clochait.

L’homme, qui s’est présenté comme un avocat d’affaires, n’a pas allumé sa caméra et avait des demandes qui ont interloqué la jeune femme. «Il me demande de me mettre debout, de me tourner. Je n’ai pas vraiment le temps de réfléchir, je le fais. Et puis, il me dit de soulever mon chemisier…» Plus tard, alors qu’elle rédigeait un exercice, «je vois qu’il coupe régulièrement son micro. Mais dès qu’il rallume, j’entends des petits gémissements», a raconté l’étudiante. C’en est trop pour la jeune femme qui a coupé la visioconférence et a décidé de parler de son histoire sur LinkedIn.

Un témoignage déterminant

Son post est vu plus de 300’000 fois. «Très vite, j’ai été contactée par une, deux, trois, cinq autres étudiantes... Là, j’ai commencé à me dire que c’était un grand malade.» Les témoignages affluent. «Il me demande de m’attacher les cheveux devant lui... Puis, tout en commentant une synthèse qu’il m’avait demandée de rédiger en amont, je l’entends pousser des cris de plaisir. A ma tête, il voit que j’hallucine. Et il me dit, tranquillement, que c’est sa stagiaire qui s’occupe de lui ! » relate Anne-Marie, 22ans.

Arrive un témoignage déterminant, celui d’Angelina 23ans. «Il m’explique qu’il promeut un management futuriste, basé sur la domination et les châtiments... Il me parle, très habilement, de l’importance de la représentation, des clients que je pourrais être amenée à rencontrer. Et je me retrouve à changer plusieurs fois de vêtements.» raconte-t-elle. Sa mésaventure date de juillet dernier, l’homme était moins rodé et moins vigilant. Caméra allumée, il s’est présenté sous son vrai nom.

D’autant qu’en janvier, il est apparu sur le plateau de BFM Business. Toutes les jeunes femmes ont ainsi reconnu sa voix. Des plaintes ont été déposées, dont dix par le biais de Me Anne-Claire Le Jeune, pour qui les faits relèvent du harcèlement sexuel aggravé. «Le nombre de témoignages, le choix de très jeunes femmes en situation délicate, la rapidité avec laquelle il prenait contact avec elles et l’utilisation de fausses identités laissent présager un nombre de victimes encore plus important», souligne l’avocat.

Profondément choquée

Au moins deux de ces très jeunes femmes ont dû consulter un psychologue, notamment par peur d’une agression. « Il avait mon nom, mon adresse, ma photo. Et moi, je ne savais rien de lui. Concrètement, ça pouvait être n’importe qui dans la rue », résume Léna. «Je suis restée à regarder le vide pendant quinze minutes, en me demandant ce qui venait de m’arriver », raconte Cléo, l’élève avocate, « salie » et « humiliée» par cette expérience.

(fro)

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