Actualisé 13.07.2016 à 11:23

Trafic de drogue

Un Suisse dans l'enfer des geôles péruviennes

Un Zurichois a passé 6 ans en prison au Pérou pour s'être fait pincer avec 4 kilos de cocaïne dans ses bagages. Il en veut à l'ambassade suisse sur place.

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cht/nxp
La moitié des prisonniers au Pérou sont des étrangers arrêtés comme le Zurichois pour possession ou trafic de drogue.

La moitié des prisonniers au Pérou sont des étrangers arrêtés comme le Zurichois pour possession ou trafic de drogue.

photo: Keystone

Il revient de loin Patrick (prénom d'emprunt), un Zurichois âgé aujourd'hui de 39 ans. En effet, cet ancien drogué s'est fait pincer en avril 2010 à l'aéroport de Lima avec 4 kilos de cocaïne dans ses bagages. Une drogue qui aurait dû lui rapporter 40'000 francs. Mais qu'il a finalement payée très cher, puisqu'il a été condamné à 6 ans et 3 mois de prison. L'homme, de retour en Suisse depuis peu, raconte son aventure au Tages-Anzeiger mercredi.

Accro à la drogue depuis l'âge de ses 15 ans, il explique qu'il aurait dû livrer 3 kilos de cocaïne à ses commanditaires et garder 1 kilo pour lui, ce qui devait lui rapporter largement de quoi payer ses dettes en Suisse et assurer sa consommation personnelle. Mais devant les policiers péruviens, il réalise qu'il en a assez de sa vie de drogué et déballe sa marchandise sans faire d'histoire. Puis, c'est le procès. Le verdict. Et le passage en prison. Comme 176 autres Suisses qui purgent une peine hors de leur pays.

Patrick, qui voulait décrocher de son addiction dans les geôles péruviennes, déchante alors très vite. Dans sa cellule de 16m2 partagée avec 7 autres détenus, il réalise que tous sont camés. Car dans l'enceinte du pénitencier, le trafic de drogue bat son plein et les gardiens sont tous plus corrompus les uns que les autres. «Si on voulait de la drogue, ils nous l'amenaient», explique-t-il au Tagi. «Et ceux qui n'étaient pas drogués le devenaient par la force, car cela rapportait de l'argent aux gardiens», souligne-t-il. Lui-même consommera de la coke en prison pendant 3 ans. Avant de tout arrêter, malgré l'énorme pression, l'humiliation et les coups de ses geôliers.

Accusations envers l'ambassade suisse

Il tiendra le coup jusqu'à sa libération grâce au soutien de sa mère et de quelques amis qui lui sont encore restés fidèles. Mais en tout cas pas grâce à l'ambassade de Suisse au Pérou. A qui il en veut beaucoup aujourd'hui. «Il y avait beaucoup de détenus espagnols là-bas et ils recevaient 75 dollars par mois de leur ambassade», explique-t-il. Lui-même n'a jamais voulu d'argent de la Suisse, confie-t-il, car il venait d'une bonne famille. Mais il aurait souhaité avoir au moins un soutien juridique.

En effet, si l'ambassade avait mieux collaboré avec la direction de la prison, il est persuadé que «beaucoup lui aurait été alors épargné». Car le directeur de l'établissement aurait été normalement obligé de revoir son cas tous les 6 mois. Mais comme il était aussi corrompu que les gardiens, il ne l'a jamais fait. Et l'ambassade suisse de son côté n'a pas bronché. Si elle avait exigé des papiers et fait pression, il aurait été libéré beaucoup plus tôt pour bonne conduite, estime Patrick.

Le Département fédéral des affaires étrangères a été interrogé par le Tages-Anzeiger. Et il se défend: selon lui, le Zurichois a été pris en charge par la protection consulaire et reçu la visite du personnel de l'ambassade deux fois par année, a-t-il expliqué au journal, sans commenter toutefois les conditions des prisons étrangères. En outre, si les prisonniers ne sont pas d'accord avec les mesures d'un Etat à leur égard, ils peuvent faire appel à une aide juridique de leur pays.

Du coup, Patrick essaie-t-il de rendre l'ambassade responsable de sa situation? Non, il est le seul coupable, reconnaît-il. Mais cela ne change rien au fait qu'il estime ne pas avoir été soutenu correctement au Pérou.

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