Actualisé 22.10.2010 à 15:14

Scandale à la FIFAUn Suisse piégé par le «Sunday Times»

Dans une vidéo filmée en caméra cachée par le journal anglais, un ancien joueur du FC Sion propose ses services pour l'achat de voix au sein du comité exécutif. Les détails de l'entretien.

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mac/tde
Michel B., en train de monnayer ses services. Capture d'écran de la vidéo du «Sunday Times». (Photo: dr)

Michel B., en train de monnayer ses services. Capture d'écran de la vidéo du «Sunday Times». (Photo: dr)

Le scandale de corruption qui touche la FIFA depuis les révélations du «Sunday Times», dimanche dernier, touche aussi la Suisse. Il a beaucoup été question des deux membres du comité exécutif de l'organisation piégés par une caméra cachée alors qu'ils négocient leur vote en vue de l'attribution de la prochaine Coupe du monde 2018. Mais le cas d'un Suisse écorné par cette enquête est passé relativement inaperçu.

Un certain Michel B.*, joueur du FC Sion au début de années 1990, puis inspecteur à la FIFA, est filmé alors qu'il monnaie ses services d'intermédiaire pour l'achat de votes. La scène se déroule dans un restaurant zurichois. Les deux journalistes se font passer pour des lobbyistes travaillant pour la candidature des Etats-Unis. (La vidéo est visible sur le site du Sunday Times, en accès payant.)

Michel B. explique aux journalistes: «Je peux facilement contacter quelques membres du comité exécutif moi-même. Mais vous devez être conscient que je prends un gros risque. Et si je prends un gros risque, cela signifie que ce sera nettement plus cher. J'ai besoin de couvrir le risque que je prends. C'est compréhensible, n'est-ce pas? Mais je suis sûr que je peux contacter quelques membres (du comité exécutif). Moi je sais dans quelle direction nous devons aller pour convaincre ces gens de rouler pour nous. Vous devez bien connaître ces gens lorsqu'il est question d'argent, avant de les approcher. Certains sont droits, d'autres un peu moins, vous savez...»

Un des journaliste lui demande ensuite qui sont les personnes susceptibles d'être achetées. Et Michel B. répond après un long silence: «Il y en a certains, au sommet de la pyramide, que vous pouvez payer moyennant l'assurance de leur vote. Ils voteront pour vous, c'est sûr.»

Le journaliste insiste pour avoir des noms et le Suisse poursuit apparemment nerveux: «Non, écoutez, je suis désolé, je me suis mal exprimé. Prenons par exemple un membre qui va de toutes façons voter pour les Etats-Unis, il acceptera aussi de l'argent pour ça. Mais c'est pour les autres que c'est important.»

2 à 5 millions de dollars

Dans la seconde partie, Michel B. parle aux journalistes d'un membre du comité exécutif. Il leur dit qu'il faudra payer de 2 à 5 millions de dollars pour s'assurer suffisamment de voix pour la candidature américaine.

«Lui (son coupé), il acceptera», révèle B. Je sais comment faire. Je sais comment l'approcher et vous mettre en contact. Ne vous faites pas de souci. Je vous dirai ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.»

Et la journaliste de poursuivre: «Mais combien allons-nous devoir lui offrir? Il s'agit bien d'une question d'argent, non?»

- B., irrité: «Vous me parlez toujours d'argent, pourquoi?»

- «J'ai besoin d'avoir une idée de la somme», explique la journaliste.

- (B. réfléchit) «Je suis probablement la mauvaise personne pour répondre à cette question, mais je pense qu'un million, c'est vraiment le minimum. C'est peanuts. Je pense qu'il faut plutôt parler de deux à cinq millions. Si vous voulez vraiment être sûr de toucher les bonnes personnes, il faut compter 2 à 5 millions.

Dans son enquête titrée «Coupe du monde: des votes à vendre», le journal britannique s'en prenait principalement à deux personnes. Amos Adamu, membre nigérian du comité exécutif de la FIFA, qui aurait réclamé 740 000 francs pour soutenir une candidature. Et Reynald Temarii, vice-président de la FIFA et président de Confédération océanique de football (OFC), aurait quant à lui demandé 1,6 million d'euros au profit d'une académie de sports. Il aurait aussi affirmé que deux candidats à l'organisation du Mondial auraient déjà offert de l'argent à l'Océanie pour obtenir son vote.

La FIFA a entamé «une procédure contre deux membres actuels» de son comité exécutif et chargé son comité d'éthique d'une enquête.

L'Angleterre, la Russie, l'Espagne associée au Portugal et les Pays-Bas avec la Belgique, sont candidats à l'organisation de la Coupe du monde 2018. Le Qatar, l'Australie, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud le sont pour 2022. La désignation des organisateurs des Mondiaux 2018 et 2022 est toujours maintenue au 2 décembre à Zurich, a précisé la FIFA.

* Nom connu de la rédaction

La vidéo impliquant Reynald Temarii et Amos Adamu

Justice trop clémente?

Les deux membres de la FIFA sous enquête n’ont pas trop de soucis à se faire des autorités helvétiques. En effet, le Tages Anzeiger rappelait en début de semaine que les organisations sportives internationales comme la FIFA bénéficient en Suisse d’un statut particulier. Elles ne paient pas d’impôts et les accusations de corruption ne tombent pas sous le coup de la loi suisse, selon la volonté du conseil fédéral en 2004. Pour Anne Schwöbel, directrice de Transparency International, qui lutte contre la corruption, ceci est tout simplement scandaleux et prouve à quel prix la Suisse est prête à attirer des organisations sportives internationales.

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