Actualisé 19.01.2010 à 14:50

Procès Demjanjuk

Un survivant de camp nazi témoigne

Un des derniers survivants du camp de Sobibor, qui témoignait mardi au procès de John Demjanjuk, accusé de complicité de meurtres dans ce camp d'extermination nazi, a dit faire toujours des cauchemars.

«Je ne peux pas ne pas y penser», a affirmé Thomas Blatt, 82 ans, dont les parents et le frère font partie des quelques 250 000 personnes, pour la plupart des Juifs, liquidées pendant la Seconde guerre mondiale dans ce camp du sud-est de la Pologne.

«C'est le prix que je paye pour le fait de m'en être sorti», a-t-il ajouté.

«Je ne peux plus me souvenir du visage de ma mère ou de mon père. Je ne peux pas me souvenir si Demjanjuk était à Sobibor», a-t-il déclaré.

«C'était il y a 65 ans. Il y a longtemps. Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était», a-t-il déclaré.

L'accusation ne dispose d'aucun témoin pouvant affirmer avoir vu John Demjanjuk, d'origine ukrainienne, à Sobibor. Mais elle possède une carte d'identité établie par les SS selon lequel l'accusé aurait été formé comme garde de camp de Trawniki, puis muté à Sobibor. La défense assure qu'il s'agit d'un faux.

L'accusation entend prouver que M. Demjanjuk, 89 ans, a été garde à Sobibor durant six mois, et donc nécessairement complice du meurtre des quelque 27 900 Juifs qui ont été gazés durant cette période, même en l'absence de témoignages directs.

«Les (gardes) Ukrainiens étaient toujours là. C'étaient eux qui assuraient le travail le plus important à Sobibor. Sans eux, la fabrique de mort n'aurait pas pu tourner», selon M. Blatt. Il a estimé que les gardes avaient la possibilité de s'enfuir et que plusieurs l'avaient fait.

«Les Trawniki (les gardes d'Europe de l'est) étaient pires que les Allemands. Mais on faisait également du commerce. Ils voulaient de l'argent et de l'or, et nous voulions un peu de vodka et de saucisson. Moi même j'ai échangé une montre Longines contre un demi-litre de vodka et un saucisson», a-t-il ajouté.

«J'ai travaillé à couper les cheveux, puis plus tard j'ai travaillé dans une équipe chargée de couper du bois», a raconté M. Blatt. «Les deux derniers mois je brûlais les documents des personnes qui avaient été gazées».

M. Blatt fait partie des quelque 600 prisonniers qui se sont révoltés à Sobibor en octobre 1943. L'évasion massive a entraîné la fermeture de ce camp.

Le procès de M. Demjanjuk, un ancien ouvrier automobile, aujourd'hui apatride, a débuté fin novembre et devrait durer jusqu'en mai.

Comme à l'accoutumé, l'accusé est arrivé mardi au tribunal en chaise roulante avant de prendre place sur une civière. Il avait été expulsé en mai des Etats-Unis après des mois de bataille juridique, axée notamment sur sa capacité physique à être jugé.

John Demjanjuk, qui risque la prison à perpétuité, avait été condamné à mort en 1988 en Israël où il était accusé d'avoir servi à Treblinka, un autre camp d'extermination. Il a été acquitté en appel en raison de doutes sur son identité. (afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!