Actualisé 31.10.2013 à 13:36

TurquieUn tabou brisé: des élues voilées au Parlement

Quatre députées du parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie se sont présentées voilées jeudi au Parlement, une première en quatorze ans.

Les élues brisent un tabou dans une Turquie où les cercles laïcs dénoncent une nouvelle dérive islamiste du régime. Ces pionnières ont été élues lors des dernières élections législatives de 2011, alors qu'elle ne se couvraient pas la tête, sur les listes du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Campagne politique ou foi personnelle

Les élues voilées de l'AKP présentes dans la salle ont tout récemment accompli le pèlerinage à La Mecque, l'un des piliers de l'islam, et décidé ensuite de se voiler, pour la première fois de leur vie. «J'attends que tout le monde respecte ma décision. Le voile est une question entre le fidèle et son Dieu», a déclaré l'une d'elle, Gönül Bekin Sahkulubey, citée par la presse.

L'opposition pro-laïque à l'Assemblée nationale, menée par le Parti républicain du peuple (CHP), a dénoncé une «campagne politique» de l'AKP avant les élections municipales de mars 2014.

«Respect de leur religion»

Le port du voile était autrefois strictement interdit dans la fonction publique. Mais M. Erdogan a fait lever début octobre cette interdiction. Mercredi soir, le chef du gouvernement a défendu la position de ses députées femmes, affirmant qu'elles ne faisaient que respecter leur religion.

La libéralisation du voile dans tous les domaines, surtout publique, constitue une revendication emblématique de l'islam politique en Turquie depuis le début des années 1970. Les épouses de la plupart des dirigeants turcs sont voilées.

Inscrite dans la Constitution

La scène politique turque a beaucoup changé et le voile fait partie intégrante aujourd'hui de la vie sociale. Selon les sondages d'opinion, les Turcs sont devenus plus conservateurs et les deux tiers des femmes portent désormais le voile.

Pourtant, la laïcité demeure inscrite dans la Constitution turque, elle est l'héritage capital de celui que les Turcs célèbrent comme le père de la nation, Mustafa Kemal Atatürk.

Angoisse

Accusé de vouloir «islamiser» la Turquie, le parti gouvernemental avait déjà suscité une vague de contestation après plusieurs dispositions surtaxant l'alcool et restreignant sa vente et sa consommation, bannie par l'islam.

En juin dernier, 2,5 millions de personnes ont proclamé leur angoisse devant une montée de l'influence de l'islam conservateur, sous l'égide de l'AKP. (ats)

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