Actualisé 14.11.2019 à 19:33

Conseil d'Etat vaudoisUn tirage au sort pour changer les règles du jeu

C'est le hasard qui définira le candidat porté par la Grève du climat lors de l'élection du 9 février. Une façon de remettre en cause les processus habituels de la politique.

de
Pauline Rumpf

«Le système ne fonctionne pas, nous voulons rouvrir le débat hors du cercle des élites et proposer une politique par le bas. C'est pour cela que nous proposons une candidature collective, où on choisit moins «qui siègera» que «pour quelles idées».» C'est en ces termes qu'une dizaine de militants de la grève du climat, réunis devant le siège du Gouvernement vaudois, a annoncé une candidature inédite à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat vaudois.

Le ou la candidat(e) portée par la grève du climat sera tiré au sort au dernier moment avant l'élection, et la campagne sera menée collectivement, avec le moins de personnalisation possible. Les militants présents ne veulent d'ailleurs même pas être cités nommément, puisqu'ils ne font que représenter un mouvement.

Questions d'efficacité

Les contours du tirage au sort seront précisés par la suite, mais il devrait être ouvert à tout membre de la grève du climat qui le souhaite. Plusieurs points restent toutefois à préciser, comme la date du tirage. «Le jour avant l'élection, ou dix jours avant», souhaitent ces activistes. Sauf que le délai pour le dépôt des listes, limitées en l'occurrence à un seul nom pour un seul siège vacant, est fixé au 23 décembre, soit un mois et demi avant l'élection, rappelle le Chancelier de l'Etat de Vaud.

«Il y a d'autres questions légales ou fonctionnelles, comme le secret des débats, ou l'adhésion au programme de législature, qui pourraient poser problème, poursuit Vincent Grandjean. Et surtout, il y a le principe de collégialité, qui garantit l'efficacité du gouvernement ainsi que la non-marginalisation de la position minoritaire. Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner ainsi.»

Fidèles à leur habitude, les grévistes n'ont pas l'intention de se conformer les yeux fermés aux règles du jeu. «C'est loin d'être sûr qu'on gagne ce siège, et si on l'obtient, il sera alors temps de réfléchir collectivement à la pertinence ou non d'obéir à ces règles», explique un militant. Quant à la vitesse de prise de décision, lorsqu'elle doit être prise collectivement, les activistes répondent qu'il est plus important de faire un choix qui convienne à tous plutôt qu'un choix immédiat. Et d'ajouter que les outils de débat qu'ils utilisent déjà ont fait leurs preuves pour prendre des décisions rapides à beaucoup.

Le tirage au sort séduit toujours plus

L'élection par tirage au sort fait son grand retour en politique ces dernières années. Datant de l'antiquité, lorsqu'Athènes était régie par une assemblée de citoyens tirés au sort, l'idée est désormais adaptée et réadaptée. Par exemple, une initiative populaire vient d'aboutir à ce sujet: elle demande que les juges fédéraux soient non pas choisis par des partis mais par le hasard, sur une liste de personnes correspondant à certains critères. En Valais, lors de l'élection à la Constituante fin 2018, la liste du mouvement Appel citoyen a été tirée au sort afin qu'elle soit le plus représentative possible, notamment en terme de parité et d'âge. En France, en marge de la contestation des gilets jaunes, le hasard a aussi été évoqué pour créer une assemble populaire ou pourvoir certains postes. Enfin, aux Etats-Unis, lors des procès, le jury populaire est lui aussi tiré au sort parmi la population.

Le climat, et bien plus

Question programme, celui de la Grève du climat n'est pas formellement écrit, mais elle demande que tous les secteurs de la société soient réformés, car «seul un changement transversal peut fonctionner face à l'urgence climatique». Il faut donc que tous les domaines se mettent à table ensemble: agriculture, industrie, consommateurs, scientifiques etc.

Selon les militants, leurs idées ne s'arrêtent pas au climat mais abordent aussi des questions sociales, économiques ou encore culturelles ; ils ne rentreront toutefois pas dans les détails ce jeudi. «Nous n'avons pas encore toutes les réponses, et heureusement! Nous tenterons déjà de nous poser les bonnes questions, et d'y répondre collectivement.»

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