Actualisé 02.12.2018 à 07:15

MigrationUn travail au Mexique, un rêve pour des migrants

Le but ultime des émigrés centraméricains de la caravane n'est pas forcément les Etats-Unis. Certains trouvent du travail au Mexique.

1 / 4
Une caravane de 200 migrants sont partis du Salvador dimanche en direction des Etats-Unis, malgré les risques d'en être refoulés. (Dimanche 18 novembre 2018)

Une caravane de 200 migrants sont partis du Salvador dimanche en direction des Etats-Unis, malgré les risques d'en être refoulés. (Dimanche 18 novembre 2018)

AFP
Des milliers d'exilés honduriens sont en route pour le Mexique.

Des milliers d'exilés honduriens sont en route pour le Mexique.

kein Anbieter/Keystone
Escale à Huixtla, où les exilés sont accueillis chaleureusement par les habitants.

Escale à Huixtla, où les exilés sont accueillis chaleureusement par les habitants.

kein Anbieter/Keystone

Tout compte fait, l'objectif de Denny n'était pas vraiment les États-Unis. Ce qu'il voulait, «c'est une vie meilleure, loin de l'insécurité de son pays, avec la possibilité d'avoir un travail et de vivre autrement», déclare ce migrant hondurien de la «caravane».

Le rêve américain a poussé des milliers de Centraméricains à parcourir plus de 4000 kilomètres pour atteindre la ville de Tijuana, au nord-ouest du Mexique. Mais la fatigue et surtout la déception de ne pouvoir franchir la frontière américaine a convaincu certains d'entre eux, comme lui, à modifier leur plan.

Certains ont ainsi accepté un travail local, proposé lors d'une «foire de l'emploi», où les autorités mexicaines leur ont aussi fourni un visa humanitaire et un accès à la sécurité sociale.

«Cela va aller»

Denny Guevara, un Hondurien de 26 ans, affiche un grand sourire, alors qu'il dispose soigneusement des bouteilles de sirop d'érable sur les étagères d'un supermarché de la ville. En une semaine à peine, il a réussi à trouver cet emploi et a pu régulariser ses papiers.

«Mon idée est de rester ici. Je pense que cela va aller», dit-il dans son uniforme bleu marine impeccable. Cet ancien employé de banque, qui a démissionné à cause des «problèmes de criminalité» dans son pays, le Honduras, a voyagé avec son frère. Il est encore surpris par l'abondance des étals dans les supermarchés mexicains.

«C'est assez nouveau pour moi. Il faut s'adapter petit à petit», confie Denny, qui ne pense qu'à faire venir sa femme et ses trois jeunes enfants restés au Honduras. Mais d'abord, il doit trouver une solution pour quitter le refuge où s'entassent des milliers de migrants. «Il n'y a pas d'endroit pour laver les vêtements. Il faut faire la queue longtemps pour pouvoir se laver» déplore-t-il.

«Je l'ai déjà fait»

Yansy Lopez, une Salvadorienne de 23 ans, déplace la poussette, dans laquelle se trouve son enfant aux grands yeux noirs, en faisant la queue avec des centaines d'autres migrants pour recevoir un petit-déjeuner dans l'auberge. Elle est pressée, car elle a un rendez-vous professionnel.

Elle espère décrocher «un travail de douze heures par jour comme magasinière, du lundi au samedi, pour 2000 pesos par semaine» (97,6 francs), dit-elle avec enthousiasme. Elle explique qu'elle travaillait avant au Salvador dans une usine de vêtements de sport pour une marque américaine. Elle a dû fuir à cause du gang des maras, qui ont tué et démembré son beau-fils.

«Là-bas, ils me payaient 100 dollars par semaine, plus des primes, parce que j'étais la plus rapide pour emballer la marchandise. Je faisais plus que tout le monde» raconte-t-elle tout en essayant de calmer les cris de son bébé affamé. Si on lui propose un travail du même type, elle pourra dire: «Je l'ai déjà fait!», se réjouit-elle avant d'aller à son rendez-vous.

«Rempli de joie»

Edwin Garcia, un mécanicien automobile âgé de 27 ans, n'a trouvé aucun travail au Honduras, mais depuis son arrivée à Tijuana avec la caravane de migrants, il est chargé de disposer les fruits et légumes de façon pyramidale dans un supermarché.

«Je n'avais jamais eu un travail décent, avec des avantages, où l'on te soutient pour aller de l'avant», relate cet homme maigre qui a quitté son pays parce qu'il ne pouvait acheter de lait pour son nouveau-né.

Ce nouvel emploi, «c'est comme un rêve que je vis (...) c'est très agréable de se sentir intégré à la société», confie Edwin, toujours traumatisé par l'éprouvant voyage pour arriver jusqu'à Tijuana.

«J'ai marché de nombreux kilomètres et j'ai failli abandonner à Mexico», raconte-t-il. «Je disais: 'Je n'en peux plus'. Or, pour atteindre Tijuana, il me restait à parcourir plus de distance que pour venir du Honduras (...) Mais j'ai vu les photographies de ma fille et je l'ai tenté. Maintenant, je suis ici», dit-il, la voix brisée par l'émotion. Edwin ne peut pas prendre de petit déjeuner à l'auberge, car il doit être très tôt au travail. Et quand il rentre le soir, il est trop fatigué pour faire la queue pour recevoir un dîner.

«Cela me remplit de joie de savoir qu'avec le temps, je vais recevoir mon premier salaire, et envoyer de l'argent à ma femme pour ma fille», dit-il en essuyant ses larmes. (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!