Genève: Un très rare «tigre à dents de sabre» en vente
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GenèveUn très rare «tigre à dents de sabre» en vente

Un Hoplophoneus sera mis aux enchères au bout du lac, la semaine prochaine. Le public pourra l’admirer dès vendredi.

Le squelette, quasi complet, devrait attirer les amateurs de paléontologie. 

Le squelette, quasi complet, devrait attirer les amateurs de paléontologie.

Piguet Hôtel des Ventes

Un exceptionnel squelette de «tigre à dents de sabre» figure parmi une quarantaine de pièces d’histoire naturelle qui seront mises aux enchères le 8 décembre à Genève. Il a été récemment découvert dans le sol d’un ranch américain.

«Ce fossile est exceptionnel d’abord par sa conservation, il a 37 millions d’années, et il est complet à 90%», explique à l’AFP Bernard Piguet, directeur de l’Hôtel des Ventes de Genève. «Les quelques os disparus ont été refabriqués avec une imprimante 3D», et les os sont aimantés à un squelette en fer noir, détaille-t-il, fasciné par «ce contraste de l’extrêmement vieux avec les technologies modernes».

Estimé entre 60’000 et 80’000 francs, ce specimen d’Hoplophoneus, nom scientifique de cette sorte de très gros lynx, mesurait 1m20 de long. «Il a été trouvé dans le Dakota du Sud durant la dernière saison de fouilles, vers la fin de l'été 2019», relate à l'AFP le collectionneur suisse Yann Cuenin, également propriétaire des autres lots de paléontologie.

«Comme dans la plupart des découvertes, c’est l’érosion qui avait déjà déterré une partie de ce squelette. Le propriétaire du ranch en se baladant dans sa propriété a vu des ossements qui pointaient à la surface du sol», ajoute-t-il.

Ammolite

Si ce squelette est la star de la vente, les passionnés de paléontologie pourront également acquérir une remarquable ammolite colorée, aux tons rouges et orangés. Mesurant 40 cm de long sur 36 cm de large, ce véritable bijou du Crétacé (75 millions d’années), dont le composant principal est du nacre, est issu des Rocheuses canadiennes et estimé entre 20'000 et 30'000 francs.

Les férus de Jurassic Park pourront également acheter une dent de Tyrannosaurus Rex (estimée entre 2200 à 2800 francs), ou une impressionnante nageoire de mosasaure de 85 cm de long (estimé 5000 à 7000 fracs), un genre de reptile marin qui au Crétacé occupait le sommet de la chaîne alimentaire sous-marine.

Un maxillaire de mosasaure de 57 cm de long est également proposé, pour un prix estimé entre 2500 et 3500 francs, ainsi que des dents fossilisées de mégalodon, sorte de requin préhistorique.

Art ou fossiles?

Si la folie des dinosaures est née aux Etats-Unis, elle s’est développée ces dernières années en Europe. Et c’est la deuxième fois seulement qu’une telle vente est organisée en Suisse.

En septembre 2019, le squelette d’un dinosaure (Thescelosaurus Neglectus) de 66 millions d’années et de 3 mètres de long avait été acheté par un collectionneur résident en Suisse pour la somme de 225'000 francs.

Si les noms de ces animaux désormais disparus en font rêver plus d’un, des scientifiques s’interrogent sur la valeur scientifique réelle des objets proposés ou l’appât du gain que de telles ventes pouvaient provoquer.

D’autres paléontologues soulignent que les fossiles d’animaux ou végétaux ne sont pas des objets de décoration ou de collection, mais des témoignages de l’évolution de la vie sur Terre et donc des objets scientifiques qui méritent d’être étudiés puis partagés avec le public dans des musées.

«Si on parle par exemple du tigre à dents de sabre, ce n’est pas un fossile qui a un intérêt scientifique majeur dans le sens où c’est quelque chose qui est déjà connu par la science. On a trouvé plusieurs dizaines d’individus de cette même espèce», objecte Yann Cuenin. «Le fossile n’est plus un simple objet scientifique ou technique mais c’est devenu aussi une forme d’art», explique-t-il.

Bernard Piguet juge pour sa part que «les musées sont déjà bien fournis». «Je suis pour les musées, mais je suis aussi pour que les pièces vivent parmi nous, qu’il puisse y avoir des collectionneurs, que les pièces puissent s’acheter, se vendre, c’est ça aussi qui fait la vie de la culture, la vie des beaux arts et des objets d’art», argumente-t-il.

(ATS)

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