Bale - Un tribunal réduit la peine d’un violeur car sa victime avait « joué avec le feu»
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BâleUn tribunal réduit la peine d’un violeur car sa victime avait « joué avec le feu»

La peine de prison d’un homme reconnu coupable de viol a été atténuée. La Cour a jugé que la victime avait une part de responsabilité. Cette décision a provoqué de vives réactions.

L’homme va bientôt pouvoir être libéré et devra quitter le pays, puisqu’il a été condamné à une expulsion de Suisse pendant six ans. 

L’homme va bientôt pouvoir être libéré et devra quitter le pays, puisqu’il a été condamné à une expulsion de Suisse pendant six ans.

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Le 1er février 2020, un homme de 33 ans avait violé une de ses connaissances dans le hall de son immeuble, après une soirée en boîte. Condamné l’an dernier en première instance à 51 mois de prison, le violeur a vu vendredi sa peine réduite en appel à 36 mois, dont la moitié avec sursis. De nationalité portugaise, il sera par ailleurs expulsé du pays dès sa libération prochaine.

Un viol «relativement court»

La Cour d’appel de Bâle a certes confirmé la condamnation, mais elle a jugé que la peine devait être atténuée car «la victime avait joué avec le feu» en «envoyant des signaux aux hommes», ainsi que parce que le viol avait été «relativement court» et n’avait pas entraîné de blessures physiques irréversibles pour la victime.

Parmi les «signaux» évoqués par la présidente du Tribunal, il y a le fait que la femme, alors en boîte, avait embrassé un autre homme avec qui elle était partie aux toilettes, devant les yeux de son futur violeur, ce que la Cour interprète comme relevant d’une part de responsabilité dans le viol qui a suivi. «C’est surtout un très mauvais signal envoyé par le Tribunal, et un jugement incompréhensible», a réagi l’avocate de la victime.

Verdict «d’un siècle en arrière»

Les réactions ont été vives non seulement sur les réseaux sociaux, mais également parmi la classe politique. «C’est une gifle au visage de la victime et un jugement qui nous ramène un siècle en arrière, a notamment déclaré Céline Amaudruz (UDC/GE). On n’accuse jamais un bijoutier victime d’un braquage d’avoir exposé des bijoux dans sa vitrine. Or dans le domaine sexuel, la victime est très souvent soupçonnée d’être responsable de par son attitude.»

Andrea Caroni (PLR/AR) se montre tout aussi consterné. «Une femme peut avoir des relations sexuelles avec dix hommes si elle le souhaite, ça ne donne pas droit au onzième de la violer», dit-il. Quant à Ronja Jansen, présidente des Jeunes socialistes, elle dénonce «un amalgame néfaste entre des actes consensuels et un viol», ainsi qu’une culture du viol qui subsiste dans les esprits.

«Je n’ai rien à me reprocher»

La victime a également décidé de réagir publiquement, notamment pour remercier les nombreux messages de soutien qu’elle a reçus via son avocate, qui indique que la victime n’avait pas tout de suite réalisé la portée du verdict. «J’ai même fini par me demander si j’étais vraiment en partie responsable de m’être fait violer. Merci à tous ceux qui m’ont soutenue de m’avoir rassurée et convaincue que je n’ai vraiment rien à me reprocher», a notamment déclaré la victime.

«Cimenter les mythes»

La femme a notamment été soutenue par Agota Lavoyer, qui dirige une fondation d’aide aux victimes de violences sexuelles. «Ce jugement cimente les mythes sur le viol, exonérant l’agresseur et accablant la victime, dénonce-t-elle. Le raisonnement qui sous-tend ce verdict suggère que les femmes qui sont ouvertes sexuellement et qui s’amusent ne devraient pas être surprises d’être violées. Cela revient aussi à dire qu’un homme ne peut pas se contrôler et ce, à cause du comportement d’une femme.» L’experte des questions de violence espère que le débat public sur cet épisode «déclenchera des discussions entre les juges et que quelque chose changera».

(ywe/dkr)

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