Actualisé 16.02.2017 à 16:42

Boudry (NE)

Un tueur septuagénaire ne voit pas sa peine allégée

Condamné à dix ans de prison pour avoir abattu son épouse à Boudry en 2015, un mari trompé repassait jeudi devant la justice.

Conformément au tribunal de première instance, la prévention de meurtre a été retenue jeudi par la Cour pénale du Tribunal cantonal neuchâtelois contre le septuagénaire qui avait tué sa femme avec un revolver au domicile de son amant à Boudry (NE) en septembre 2015. La peine de dix ans de prison a été confirmée.

Le meurtre passionnel et la peine de quatre ans de prison plaidée par son avocat ont été rejetés. Par la voix du juge rapporteur Pierre Cornu, la Cour a estimé qu'une «condamnation à dix ans de prison n'était en tout cas pas excessive».

Le Tribunal a donc rejeté l'appel et confirmé le jugement du Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers du 27 octobre 2016. Selon Pierre Cornu, le prévenu a «agi de sang-froid et son mobile était égoïste». Il s'est laissé guider par la jalousie, même s'il vivait depuis plus de deux ans comme colocataire avec son épouse.

Meurtre passionnel ou non?

Malgré son désarroi depuis un certain temps et sa peine à accepter cette situation, le comportement du prévenu «ne donne pas l'image d'une personne désespérée», a ajouté Pierre Cornu. La Cour n'a donc pas retenu le meurtre passionnel.

L'avocat du prévenu avait fait appel, car il estimait au contraire que les critères d'un meurtre passionnel étaient remplis. Au moment des faits, «mon client était dans un état de profond désarroi», a déclaré Me David Erard.

Pour la défense, le prévenu a subi une émotion violente quand sa femme lui a répondu «J'ai le droit de boire un verre», au lieu de rentrer avec lui, lorsqu'il l'a surprise au domicile de son amant.

Aucune raison de s'armer

L'avocat a mis aussi en avant son âge - 72 ans -, ses problèmes de santé, le fait qu'il «a perdu celle qu'il aimait» et que ses rapports avec ses enfants ne seront plus jamais les mêmes. A l'issue des plaidoiries, le prévenu en pleurs a déclaré que ce drame le hante au quotidien. La Cour a rappelé qu'elle avait tenu compte de certaines circonstances, comme l'âge du prévenu et sa condition physique, dans son jugement.

Dans sa plaidoirie, le Ministère public a estimé que le jugement précédent était «juste et même un peu clément». Selon le procureur Nicolas Feuz, le prévenu n'avait aucune raison de s'armer pour se rendre à Boudry, si son intention n'était pas de tuer.

Selon lui, la prévention d'assassinat a été écartée, car d'après le droit suisse, la préméditation n'est pas un élément constitutif de l'assassinat. Tel n'aurait pas été le cas en France ou aux Etats-Unis.

Le procureur a rappelé que pour subir une émotion violente, il fallait que l'auteur soit touché subitement, par une réaction immédiate. Tel n'était pas le cas du prévenu qui soupçonnait son épouse d'adultère de longue date.

Le procureur a reconnu à l'accusé un certain désarroi et une certaine émotion, mais ce n'est en aucun cas excusable. Il reconnaît toutefois des circonstances atténuantes. Interrogé par l'ats, l'avocat de la défense a déclaré qu'il allait attendre les considérants écrits du jugement pour décider d'un éventuel appel au Tribunal fédéral.

Balise GPS

Le retraité avait tué sa femme, de 20 ans sa cadette, d'un coup de feu au domicile de son amant en septembre 2015. Il s'était ensuite rendu sans résistance aux forces de l'ordre venues l'appréhender encore sur les lieux du crime.

Soupçonnant une relation adultère, l'accusé avait placé une balise GPS sous le véhicule de son épouse. Grâce à ce stratagème, il a pu constater que sa femme s'était rendue au domicile de son amant. L'accusé a rejoint l'appartement de cet homme à Boudry avec un revolver chargé qu'il possédait légalement.

Sur place, le septuagénaire a brièvement discuté par une fenêtre de l'appartement avec son épouse, avant de la tuer d'un coup de feu. Il a affirmé ne pas se souvenir du tir et dit avoir rapidement appelé la police. Selon le procureur, le prévenu a également «allumé» l'amant pour qu'il sorte de sa cachette et qu'il vienne «dans la ligne de mire». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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