Actualisé 12.10.2016 à 09:25

Présidentielle américaine

«Un vieux saisit ma chatte et me sourit. J'ai 12 ans»

Après la diffusion de la vidéo dans laquelle Donald Trump insulte la gent féminine, une Américaine a appelé toutes les femmes victimes d'agressions sexuelles à s'exprimer sur Twitter. Un raz-de-marée.

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joc

Un tweet a tout déclenché: lorsque l'auteure Kelly Oxford a invité ses près de 750'000 abonnés sur Twitter à partager leurs expériences d'agressions sexuelles, elle a ouvert les vannes d'un torrent de témoignages sur un sujet explosif aux Etats-Unis. «Femmes, tweetez-moi vos premières agressions. Ce ne sont pas que des statistiques. Je commence moi-même: un vieil homme dans le bus m'attrape la chatte et me sourit, j'ai 12 ans.»

C'est avec ce message que la blogueuse canadienne, installée à Los Angeles et vedette d'internet, a donné le top de départ vers 22 heures vendredi. Soit quelques heures après la diffusion d'une vidéo de 2005 dans laquelle le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump – déjà en difficulté chez les électrices pour des commentaires désobligeants sur la gent féminine – est enregistré alors qu'il parle en termes grossiers des femmes qu'il convoite. Il se vante notamment de pouvoir «faire ce qu'(il) veut», parce qu'il est célèbre.

Une heure plus tard, la Canadienne de 39 ans récoltait déjà des milliers de témoignages et le mot clé #notokay (pas d'accord) enflammait la Toile. Le lendemain, elle exprimait sa surprise face au flux ininterrompu de réponses défilant au rythme de 50 par minute, et dépassant largement le million. Des messages de femmes surtout qui, parfois en toute pudeur, parfois avec des détails très crus, racontent comment un parent, un ami d'ami, un professeur ou un inconnu ont un jour abusé d'elles.

«Un ami de la famille s'est couché sur moi et ne me laissait pas me relever. J'avais environ 11 ans.»

«J'avais 11 ans. Un garçon plus âgé m'a ramenée à la maison, s'est retourné avec sa bite dehors. J'ai juste réalisé: je ne me souviens plus de ce qui s'est passé après.»

«J'avais 8 ans. Mon cousin m'a coincée dans une chambre et a «attrapé ma chatte». Je lui ai donné un coup de pied et essayé d'en parler à ma tante. Elle m'a traitée de menteuse.»

«A l'université, avec des amis à Las Vegas. Droguée et tirée jusqu'à l'hôtel d'un inconnu. Mon fiancé m'a quittée parce qu'il me tenait pour responsable.»

«A 13 ans, un camarade soulève ma jupe, je crie et je le tape. Mon prof me dit que c'est mal d'inventer des histoires sur ce sujet.»

«Violée à l'université. La police a dit qu'il ne fallait pas mélanger la beauté et l'alcool. C'est la première fois que je raconte ça en public.»

Des hommes, victimes eux aussi de violences ou soucieux de prendre leurs distances avec le comportement de M. Trump, se sont également exprimés. Le rythme s'est ralenti, mais des témoignages arrivent toujours. S'il est trop tôt pour savoir si le républicain pourra remonter la pente après sa chute dans les sondages à cause de la vidéo, cette affaire a attisé un débat au sujet des violences sexuelles qui a pris de l'ampleur aux Etats-Unis ces dernières années.

La polémique Turner

Une polémique avait déjà éclaté en 2015, après qu'un ex-étudiant de la prestigieuse université californienne de Stanford, Brock Turner, eut écopé d'une peine de 6 mois de prison seulement après avoir violé une jeune femme ivre et inconsciente lors d'une soirée. Une pétition rassemblant plus d'un million de signataires avait réclamé le renvoi du juge Aaron Persky, ex-sportif de Stanford comme l'accusé. Le scandale a poussé la Californie à durcir en septembre sa législation contre le viol.

Terry O'Neill, présidente de la puissante National Organization for Women, se rappelle du hashtag #yesallwomen qui avait déjà enflammé les réseaux sociaux en 2014 et poussé des femmes à raconter leur expérience de harcèlement ou de discrimination. Il était apparu après une tuerie commise en Californie par Elliot Rodger, qui voulait se venger du rejet de ses avances. Et l'affaire Dominique Strauss-Kahn n'est pas loin: l'arrestation en 2011 de l'ex-directeur du FMI avait libéré la parole de nombreuses femmes disant avoir subi violences ou harcèlement sexuel de la part de responsables politiques.

Des signes encourageants

«On a déjà fait beaucoup de progrès, nous sommes peut-être enfin à un moment où on va pouvoir mettre fin à la culture du viol», estime Mme O'Neill, soulignant qu'au moins une personne sur cinq aux Etats-Unis a été concernée directement ou indirectement par ce type de violences. Delilah Rumburg, présidente du Centre national contre les violences sexuelles, en Pennsylvanie, estime que ces cris du coeur sur les réseaux sociaux «créent une prise de conscience» sur «cet énorme problème de société».

Même si elle doute que cela fasse changer d'avis les électeurs et électrices du milliardaire, elle trouve «très encourageant» que les hommes participent aussi au débat et se désolidarisent de ce type de comportements. «Plus on en parle, moins ce sera acceptable», dit-elle. Jean Kilbourne, conférencière connue notamment pour son travail sur l'image des femmes dans la publicité, se félicite elle aussi de la réussite de #notokay.

«Pendant des années, toute notre culture nous portait à minimiser ce genre de choses alors qu'elles ont souvent un impact à long terme... Il est extrêmement important de se rendre compte du nombre de femmes qui ont eu ce genre d'expériences.» Et d'ajouter en riant: «Finalement, Donald Trump aura quand même réussi à mettre au centre de la campagne un très grave problème.»

(joc/afp)

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