Sud de la France: Un village de montagne pleure l'otage exécuté
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Sud de la FranceUn village de montagne pleure l'otage exécuté

«Abattus», les habitants de Saint-Martin-Vésubie, où Hervé Gourdel partageait sa passion de la montagne, faisaient jeudi le deuil de celui qu'ils considèrent comme un «brave».

Guide de haute montagne de 55 ans, Hervé Gourdel avait été enlevé dimanche en Kabylie, où il s'était rendu pour faire de la randonnée dans un Parc National. Mercredi, Jund al-Khilafa, lié au groupe Etat islamique (EI), a diffusé une vidéo montrant sa décapitation.

«C'est une grande émotion, une peine infinie», écrit Marthe Hérou, le regard triste, dans l'un des registres posés sur des tables devant la mairie, où l'on prépare une marche silencieuse en hommage au défunt. «Je ne pensais pas qu'ils en arriveraient là, c'est très dur», confie à l'AFP la villageoise, choquée par les images de la décapitation d'un homme qui «s'était beaucoup investi dans la commune».

«Un être entier, simple, un guide»

«Nous sommes tous de la montagne. Nous avons l'habitude de perdre des amis dans des accidents. Mais là, c'est un assassinat dans des conditions horribles», dit Jean-Michel Grinda, un pilote féru d'alpinisme. Il connaissait un peu Hervé, «un être entier, simple, un guide», qui ne demandait certainement pas à devenir «un martyr international».

«Le village est en deuil. Sont également en deuil, tous les amis de la montagne», souligne le maire Henri Giuge, visiblement ému. «Nous voulons nous consacrer à ce deuil d'une façon digne». L'école du village a observé une minute de silence jeudi matin. Les villageois de cette commune de 1100 habitants devaient se rassembler en fin d'après-midi pour une marche en silence jusqu'au bureau des guides qu'Hervé Gourdel avait co-fondé en 1987 avec un ami actuellement en randonnée au Chili.

«Le village est abattu»

La famille d'Hervé Gourdel a souhaité jeudi que les nombreux rassemblements prévus en France à sa mémoire se déroulent «dans la dignité et la retenue», dans un communiqué. Le matin, un simple bouquet de roses blanches a été déposé contre la porte close, surmontée d'un beau panneau en bois : «Escapade, les guides du Mercantour». «Le village est abattu», résumait Greg, qui tient l'étal de légumes juste devant.

Quelque 90 élèves du «Lycée régional de la montagne» à Valdeblore, commune proche où est scolarisé Erwann, le fils adolescent de la victime, ont démarré vers 15h30 (13h30 GMT) une «marche blanche» de deux heures et demie pour rejoindre Saint-Martin-Vésubie par un sentier de grande randonnée. «Tout un lycée avec vous!», annonçait une grande banderole préparée avant le rassemblement. Une autre - «Tous pour Erwann et sa famille» - était recouverte de dédicaces personnalisées.

Sur un drap blanc, des élèves ont aussi dessiné au feutre le guide de montagne Hervé tenant un appareil photo, au côté de son fils. «En apprenant la nouvelle mercredi soir, ils ont pleuré, l'un d'eux est allé couper du bois pour faire sortir sa douleur, d'autres se sont embrassés», raconte le proviseur Laurent Rozand. Une quinzaine d'élèves ont consulté la cellule psychologique mise en place dans le lycée.

«Je ressens de la colère»

«C'est un hommage à Hervé Gourdel. On a choisi cette marche pour sa portée symbolique», précise Félix, un élève de Terminale. «J'ai souvent grimpé avec lui dans la montagne, c'était quelqu'un de très gentil, très calme», a confié Lou. Beaucoup d'habitants de Saint-Martin-Vésubie préféraient garder le silence jeudi alors que la tension étaient palpable. «Je ressens de la colère, je ne veux plus rien dire», glissait une commerçante.

«C'est dramatique, je n'ai pas de mots pour qualifier ces actes», dit Bernard, un ancien de la brigade de gendarmerie de montagne qui connaissait bien Hervé : «peut-être fallait-il passer sous silence l'enlèvement?». Beaucoup d'habitants s'interrogeaient aussi sur son choix d'une zone à risque. «Ce sont des fous! Il ne faut pas aller dans ces pays. Il a été imprudent», estimait Alain. «Comme il était brave, il pensait que tout le monde était brave», commentait Jean, les larmes aux yeux. (afp)

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