Rejet du salaire minimum: Un «vote de raison», selon le président du PDC
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Rejet du salaire minimumUn «vote de raison», selon le président du PDC

En rejetant l'initiative pour un salaire minimum, les Suisses se sont adonnés à un «vote de raison», a réagi Christophe Darbellay dimanche.

A gauche, la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) estime que la campagne a été utile. Selon le président du PDC et membre du comité contre le texte, les citoyens ont tiré les conséquences du 9 février et «ne veulent plus de nouvelles expérimentations».

«Cette initiative était surtout néfaste pour ceux qu'elle entendait protéger», a poursuivi le Valaisan. Selon lui, s'il est «légitime de se battre pour de bonnes mesures d'accompagnement et un partenariat social fort», ce combat n'est pas du ressort de l'Etat.

Le conseiller national espère que «la gauche et les syndicats vont enfin se rendre compte» que la Suisse est un pays où les droits des travailleurs sont déjà solidement ancrés. «Mais je ne me fais pas d'illusions», a-t-il noté, précisant s'attendre à un autre texte allant dans le même sens que l'initiative balayée.

Une «claque pour les femmes»

Une «claque pour les femmes»: c'est ainsi que les Femmes socialistes suisses qualifient le rejet net de l'initiative pour un salaire minimum.

Dans un communiqué, elles demandent à la Confédération de prendre sans tarder des mesures pour «atteindre enfin l'égalité salariale, par ailleurs inscrite dans la Constitution».

Les Femmes socialistes suisses rappellent qu'en Suisse, 230'000 femmes gagnent moins de 4000 francs par mois et vivent, avec leurs enfants, «dans une situation de précarité». Dès lors, la section du PS regrette vivement le «non» à un texte qui aurait été un pas concret vers une égalité économique.

Plébiscite pour le partenariat social

Pour Jean-François Rime, président de l'USAM et conseiller national (UDC/FR), c'est la preuve que «les Suisses restent favorables au partenariat social.» Pour le Fribourgeois, le prochain combat dans le même domaine aura lieu autour de l'impôt sur les successions.

A gauche, la conseillère nationale Ada Marra (VD) relève aussi que le vote montre l'attachement des Suisses aux conventions collectives de travail (CCT). La peur, brandie par les opposants, d'un effondrement de l'économie, a aussi fait mouche auprès des votants, selon elle.

Pour la Vaudoise, la campagne a toutefois été utile puisque «des distributeurs comme Aldi, Lidl ou H&M ont adapté leurs salaires». «J'attends maintenant que la droite montre son attachement aux CCT lors de prochains débats touchant ce sujet».

D'autres sujets touchant aux salaires ou à la répartition de la richesse sont dans le pipeline comme le revenu universel ou l'impôt sur la succession. «Pour que ces sujets passent, il faut que la droite et le centre s'en emparent», reconnaît-elle.

«C'est aux patrons et aux employés de négocier»

De leur côté, les Verts vont désormais se concentrer la lutte à l'échelle cantonale et la généralisation des conventions collectives de travail (CCT).

Pour economiesuisse, le refus du salaire minimum est un signe clair que les Suisses ne veulent pas d'une intervention de l'Etat sur le marché du travail. «C'est aux patrons et aux employés de négocier ensemble les salaires», a dit à l'ats Heinz Karrer, le président d'economiesuisse.

Les salaires doivent être négociés par branche et par région via les CCT. Le directeur d'économiesuisse ne pense pas que les syndicats vont faire monter la pression lors des négociations.

La Société suisse des entrepreneurs (SSE) se dit soulagée devant le rejet massif du salaire minimum. A son avis, «le résultat de la votation est un signal en faveur du système dual de la formation professionnelle». «De plus, «les salaires continueront d'être fixés par branche», relève-t-elle soulagée.

Les Verts pour un renforcement des CCT

Les Verts vont se concentrer sur deux axes: la lutte à l'échelle cantonale et la généralisation des conventions collectives de travail (CCT). Si elle déplore le résultat de dimanche, la coprésidente du parti estime qu'au moins, «le débat a eu lieu».

Le «non» de ses compatriotes, Adèle Thorens le met entre autres sur le compte du fait «qu'ils sont attachés au système des CCT». C'est donc au renforcement des conventions, et à leur application à un maximum de travailleurs, qu'il faut s'atteler.

«La campagne liée à l'initiative a montré qu'un nombre très élevé de personnes ne sont pas protégées par une CCT», a commenté la Vaudoise. Ce phénomène n'est pas acceptable, selon les Verts. «Un travailleur ne devrait pas dépendre de l'Etat» pour subsister.

L'autre axe du combat des écologistes contre le phénomène des «working poors» passera par les cantons. «Dans plusieurs d'entre eux, des législations sur le salaire minimum sont en cours d'application», a rappelé Mme Thorens.

«Nous avons déjà obtenu des résultats dans plusieurs entreprises pendant la campagne, estime Girogio Tuti, président du Syndicat du personnel des transports (SEV) sur les ondes de la radio alémanique SRF. «On va prendre la droite au mot, a-t-il poursuivi, quand elle a dit pendant la campagne que le partenariat social et les CCT restent le meilleur moyen de lutter contre les salaires trop faibles.»

Un vote clair «en faveur de l'économie et du système en place»

Le net rejet de l'initiative pour un salaire minimum est «une magnifique victoire», s'est réjoui dimanche le directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM) sur les ondes de la radio SRF.

Selon Hans-Ulrich Bigler, «c'est un vote clair du peuple en faveur de l'économie et du système en place».

Il n'y a donc aucune nécessité de modifier ce système, qui prévoit une négociation du salaire entre le patron et l'employé, précise M. Bigler. Et de rappeler que les conventions collectives de travail (CCT) forment un paquet, qui comprend non seulement les rémunérations mais aussi d'autres aspects.

Même son de cloche du côté de Roland Müller, le directeur de l'Union patronale suisse: selon lui, le résultat enregistré dimanche montre que les questions salariales ne doivent pas être réglées par l'Etat mais à l'échelle de chaque branche. Le bon chemin est celui des CCT.

M. Müller s'est dit étonné de l'ampleur du refus des citoyens suisses. «C'est très réjouissant» et montre que la population a bien su faire la part des choses. Par conséquent, «nous pouvons regarder vers l'avenir en toute confiance», a souligné le patron des patrons, faisant référence à des dossiers tels que l'impôt sur les successions.

(ats)

La lutte des syndicats prendra désormais une autre forme

Les syndicats ne baissent pas les bras malgré le «non» retentissant à l'initiative pour un salaire minimum: ils continueront à se battre contre les rémunérations trop faibles. Mais cette lutte prendra désormais une autre forme. Certes, une large majorité s'est prononcée contre un salaire minimum inscrit dans la loi au niveau fédéral, a admis dimanche Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse (USS). Cela ne veut pas dire que les Suisses soient favorables à des rémunérations ne permettant pas de vivre. «Les gens veulent que ce soient les conventions collectives de travail (CCT) qui garantissent de bons salaires.»

M.Lampart évoque une «campagne difficile». Les opposants sont parvenus à créer un climat de peur, qui a lui-même conduit à l'incertitude des votants. Au contraire, l'initiative aurait permis de faire grimper les revenus de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs, affirme le syndicaliste.

Les paysans soulagés

Le non au salaire minimum est un soutien clair au «modèle qui fait la force et le succès de la Suisse» estime le PLR. Le soulagement est aussi palpable du côté des paysans, très dépendant d'une main-d'oeuvre bon marché. Isabelle Moret, vice-présidente du PLR, interprète le vote de dimanche comme un soutien clair au «modèle qui fait la force et le succès de la Suisse», a-t-elle dit à l'ats, alors qu'il avait subi un important revers avec le vote du 9 février dernier. «Un droit au travail libéral et le partenariat social sortent plébiscités après ce rejet massif du salaire minimum».

Après le non à l'initiative 1:12 et au salaire minimum, la Suisse reste sur une ligne cohérente, «ce qui supprime des incertitudes auprès des entreprises suisses et étrangères». La radicale-libérale relève aussi le vigueur du partenariat social au niveau régional. «Dans le canton de Vaud, nous avons des contrats types dans l'agriculture, l'hôtellerie et la restauration. Des solutions doivent encore être trouvées dans la vente» pas seulement dans le canton de Vaud, mais dans toute la Suisse.

Les paysans respirent

Les paysans peuvent souffler. «Nous avons besoin d'une main-d'oeuvre extra-familiale, a rappelé Jacques Bourgeois, le directeur de l'Union suisse des paysans. Les maraîchers, les viticulteurs et les arboriculteurs en sont particulièrement dépendants de cette force de travail. «Ce résultat était vital pour nous», a encore lâché Markus Ritter, président de l'USP.

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