Actualisé 23.03.2016 à 12:29

Attentats à Bruxelles«Une absence de volonté de la part de certains»

L'efficacité du renseignement, de la surveillance et de l'administration belges sont remis en cause, après les explosions meurtrières

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Deux semaines après les attentats meurtriers qui ont visé l'aéroport et le métro de Bruxelles, soixante-six blessés sont toujours hospitalisés, dont trente-sept aux soins intensifs. (Lundi 4 avril 2016)

Deux semaines après les attentats meurtriers qui ont visé l'aéroport et le métro de Bruxelles, soixante-six blessés sont toujours hospitalisés, dont trente-sept aux soins intensifs. (Lundi 4 avril 2016)

Keystone/EPA
Une quarantaine de vols sous haute surveillance sont prévus au départ et à l'arrivée de l'aéroport international de Bruxelles. (Lundi 4 avril 2016)

Une quarantaine de vols sous haute surveillance sont prévus au départ et à l'arrivée de l'aéroport international de Bruxelles. (Lundi 4 avril 2016)

AFP
Un premier avion a décollé à l'aéroport de Bruxelles depuis les attentats, tout un symbole. (Dimanche 3 mars 2016)

Un premier avion a décollé à l'aéroport de Bruxelles depuis les attentats, tout un symbole. (Dimanche 3 mars 2016)

AFP

Le 18 mars dans l'après-midi, les forces de sécurité belges capturaient Salah Abdeslam, l'homme le plus recherché d'Europe pour son rôle dans les attentats du 13 novembre à Paris.

Quatre jours plus tard, Bruxelles était à son tour la cible d'attaques djihadistes revendiquées par le groupe Etat islamique.

Les explosions à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem et dans la station de métro de Maelbeek ont fait au moins 30 morts et plus de 200 blessés. Comme en novembre à Paris, elles ont relancé le débat sur l'efficacité des dispositifs de renseignements, de surveillance et de sécurité mis en place par le gouvernement belge.

Rallonge budgétaire

Depuis que l'enquête sur le 13 novembre a révélé que les attentats avaient été en partie préparés et planifiés à Bruxelles, la Belgique a pourtant annoncé une rallonge budgétaire de 400 millions d'euros pour renforcer ses capacités en matière de sécurité.

Mais les spécialistes des questions de sécurité mettent en avant le sous-financement des services de renseignements, le mille-feuilles administratif, l'ouverture relative aux prédicateurs fondamentalistes et l'existence d'un florissant marché noir des armes pour présenter la Belgique comme l'un des pays européens les plus vulnérables à la menace.

Retard des renseignements

Selon un haut responsable du gouvernement fédéral américain, les attentats de mardi démontrent que les autorités belges «n'ont pas encore renforcé leur main» dans la partie violente qui se joue contre les djihadistes.

Sur un versant polémique, le ministre français des finances, Michel Sapin, a évoqué mardi la «naïveté» de «certains responsables politiques» belges face à la communautarisation. «Je pense qu'il y a eu une volonté ou une absence de volonté de la part de certains responsables politiques, peut-être par envie de bien faire, peut-être par sentiment que, pour permettre une meilleure intégration, il faut laisser des communautés se développer, peut-être aussi une forme de naïveté», a-t-il dit.

La Belgique a un retard considérable à rattraper en matière de sécurité. Ses services de renseignements ne comptent que 600 agents, trois fois moins qu'aux Pays-Bas, alors même que proportionnellement à sa population, le plat pays est le principal Etat pourvoyeur de djihadistes étrangers en Syrie ou en Irak.

36 agents par suspect

Or, pour surveiller un seul suspect vingt-quatre heures sur vingt-quatre sans risquer d'être détecté, les agences de renseignements doivent mobiliser jusqu'à 36 agents, observent des responsables américains et européens du renseignement. Ce ratio fait que même des agences aussi pourvues en effectif que le MI5 britannique ne peuvent suivre de près qu'un nombre limité de suspects à un instant donné.

D'après Alain Winants, qui a dirigé le renseignement belge de 2006 à 2014, la Belgique a été l'un des derniers pays en Europe à se doter de techniques modernes de collectes de renseignements et d'écoutes.

Le premier ministre Charles Michel a déjà reconnu qu'il fallait en faire plus. Or, si sécuriser totalement des cibles vulnérables comme des gares ou des aéroports est mission quasi impossible dans n'importe quel pays, la spécificité institutionnelle belge rend la tâche encore plus compliquée.

193 forces de police

La Belgique est un pays divisé avec six Parlements représentant les régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles-Capitale) et les communautés linguistiques (flamande, française, germanophone). L'existence de 193 forces locales de police et, pour Bruxelles, de 19 communes autonomes, dont Molenbeek et Schaerbeek, ne favorise pas le partage des informations.

«La Belgique est un Etat fédéral et cela a toujours été un avantage pour des terroristes. Avoir plusieurs couches de gouvernement gêne la circulation de l'information entre les enquêteurs», observait récemment Edwin Bakker, enseignant au centre d'études du terrorisme et de l'antiterrorisme à l'université néerlandaise de Leiden.

Ventes d'armes

La Belgique est aussi un carrefour des ventes d'armes au marché noir. Chaque année, selon les statistiques policières, près de 6000 armes à feu sont saisies en Belgique, presque autant qu'en France qui compte six fois plus d'habitants. La plupart proviennent des Balkans, héritage de l'armée yougoslave et des guerres des années 1990.

Les difficultés économiques et sociales dans certaines communes et certains quartiers où les musulmans sont surreprésentés sont aussi en cause, provoquant la marginalisation, le désespoir et, en bout de chaîne, facilitant la tâche des recruteurs de l'Etat islamique comme Sharia4Belgium, groupe fondé en 2010 et aujourd'hui dissous.

Selon l'OCDE, la Belgique fait partie des pays industrialisés ayant le taux de chômage des jeunes le plus élevé. Ils sont également confrontés à une forme de discrimination en raison de leur appartenance à la communauté musulmane, qui représente environ 6% de la population belge. (nxp/ats)

L'UE a «laissé la sécurité lui échapper», selon l'Australie

Tout en reconnaissant qu'il incombait à l'UE de fixer ses propres règles, Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a affirmé que les mesures australiennes de protection des frontières et de sécurité intérieure étaient «beaucoup plus fortes qu'en Europe qui, malheureusement, a laissé la sécurité lui échapper.»

Il a remis mis en cause l'accord de Schengen et la libre-circulation au lendemain des attentats de Bruxelles. France, Allemagne et Pays-Bas ont renforcé leurs contrôles aux frontières avec la Belgique dans la foulée des attaques revendiquées par l'Etat islamique.

(NewsXpress)

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